Lettre de Fribourg à un ami lecteur – De la bonne bouffe, du cholestérol, des médicaments et de leurs effets indésirables


Te l’ai-je assez dit?

PAR PIERRE ROTTET

La meilleure bouffe ne serait qu’insipide ingurgitation et insignifiante saveur avec des convives qui font la gueule autour d’une table.

Avec des snobinards, des coincés de la conversation et du rire. De la vie. Si! Je confirme! Ca existe! Partager mon cassoulet et ma bouteille avec eux ne risque pas de m’arriver. D’autant que je ne les fréquente pas, tu t’en doutes. Crois-moi, mieux vaut un cervelas, un filet mignon ou un spag alle vongole, par exemple, partagés avec des amis, plutôt qu’un festin de roi goinfré avec des pisse-froid.

Elle te surprendra d’autant plus, ma lettre, qu’après ma chronique sur la Sicile, consacrée au soleil, aux bons vins, à la convivialité, à ce que la mer et la terre offrent généreusement à tes papilles gustatives, je te parle aujourd’hui des « conséquences ». Enfin… aux supposées conséquences, devrais-je écrire. T’as deviné: le cholestérol, dit-on! A son dépistage, si tu préfères.

Personnellement, j’incline à dire que le mercantilisme et le fric à tout prix des milieux, enfin, certains milieux, de la santé, du haut en bas de l’échelle ont opté pour faire la chasse tous azimuts au cholestérol. Cela pour la plus grande convenance – voilà que je me mets à coincer mes mots, ma pensée – autrement dit pour le plus grand bonheur des tirelires des pharmas, qui produisent à coups de milliards de bénéfices des millions de miraculeuses pilules qui le combattent.

Enfin, qui le combattent supposément. Surtout si l’on songe que ces mêmes petites pastilles sont à même d’éventuellement infliger, à ton corps défendant, note bien, de multiples effets indésirables. Secondaires. Soit des troubles plus insupportables et innombrables que le médicament est censé guérir, contrôler. Un peu comme si les maux possibles, dus à ces dits effets indésirables – à en croire les notices explicatives qui accompagnent le médicament –s’avéraient pire que le mal combattu. Le cholestérol donc.

Je sais pas si t’as un jour été confronté une fois à un taux de cholestérol un peu plus élevé que d’habitude, que la normale, mettons… décelé par ton toubib traitant grâce à des analyses sanguines qui permettront à ladite toubib d’y aller de sa médicale constatation… «Un peu élevé, votre cholestérol!».

Non? Contrairement alors à un pote après une visite médicale. Faut dire qu’il n’est pas un de mes potes pour rien, vu qu’il aime la table. Et les débats à n’en plus finir qui s’arrosent à coups de lampées bien dosées qui accompagnent discussions et plats, porteurs de potentiels cholestérol. Mais de ce truc, il s’en tape. Comme moi d’ailleurs. Ce qui ne l’a pas empêché, après consultation pour une autre histoire de santé chez sa toubib préférée, d’aller troquer à la pharmacie du coin l’ordonnance contre le médicament prescrit.

Loin de moi l’idée d’engager ici une polémique qui oppose toubibs ou «spécialistes» sur le cholestérol et les médicaments en lien avec cette sacrée chose, soit une molécule mise au point dans les années 80 qui, dit en passant, a généré pas moins de treize prix Nobel. Enfin, on a bien décerné un de ces prix, de la paix pour être précis, à des gens comme Kissinger, Obama et tant d’autres misérables anomalies.

Bref, pour en revenir à mon sujet, à la fin du mois de septembre dernier, la TV romande a consacré une large enquête au sujet du cholestérol qui, manifestement, à en croire l’émission, et pas que, divise les scientifiques tout en mettant à mal les multinationales qui se couvrent d’or. Sans oublier de couvrir de ce même précieux métal les actionnaires desdites multis… Aux dépens des caisses maladies? Et donc des assurés. Toi. Moi!

La TV posait alors la question: “Doit-on à tout prix prescrire des statines pour réduire le risque de maladies cardiovasculaires?” Le documentaire “Cholestérol, le grand bluff” soulevait avec pertinence une nouvelle fois la question. Pour ton info, les statines sont utilisées comme médicaments pour baisser la «cholestérolémie» de personnes qui risquent une maladie cardiovasculaire… ça fait beaucoup de monde sur cette terre, t’en conviens. Donc un sacré paquet de fric.

Il y a trois ans déjà, le livre de Philippe Even « La Vérité sur le cholestérol » contestait, développement et interprétation scientifiques à l’appui, l’intérêt des statines dans la prévention des accidents cardio-vasculaires. Le pamphlet du médecin français avait fait l’effet d’une véritable bombe dans les milieux de la santé… En donnant un sacré coup de bâton dans la fourmilière de la pharma. Sans compter que, dans son bouquin, Philippe Even ébranlait nombre de certitudes sur la dangerosité supposée du cholestérol.

N’attends pas de moi que je me connecte à cette polémique. Je n’ai, et c’est là un euphémisme, aucune compétence pour le faire. Ni le temps de me perdre en de vaines lectures de ceux qui s’expriment et se divisent sur la question. A tort, à raison… M’en fiche, à dire vrai. En revanche, je cultive cette faculté de me passionner pour la curiosité… Entre autres. Ne zappe pas. Lis la suite…

Or donc mon pote s’est vu prescrire un médic. Des pilules qu’il a bien voulu ingurgiter à raison d’une pastille quotidienne pendant une vingtaine de jours. Jusqu’à l’apparition de maux largement inhabituels; d’un soupçon sur la réelle efficacité de la «dragée» qu’il faisait quotidiennement passer avec un coup d’eau. Une bonne raison, somme toute, pour prendre la décision d’arrêter unilatéralement son «traitement médical». Stop. Basta!

Dix jours après sa décision de faire passer à la trappe les pastilles encore contenues dans son écrin, les maux indésirables avaient disparus. Faut dire que mon copain avait soudain eu la bonne idée de lire minutieusement le papier blanc, tu sais, la notice destinée aux patients, bien pliée dans les boîtes de médicaments. En portant sa patience jusqu’à la rubrique des «effets secondaires possibles», à des degrés divers.

Je me suis également obligé à cette gymnastique indigeste mais tellement édifiante. Et là, ici, ci-dessous, je ne fait que reproduire textuellement et au mot près ce que tu peux y lire, toi aussi désormais:

«Troubles du système immunitaire; rares: réactions d’hypersensibilité y compris angio-oedème; troubles du système nerveux central; fréquents: céphalées, vertiges; troubles gastro-intestinaux; fréquents: constipation, nausées, douleurs abdominales; rares: pancréatite; affections cutanées et des annexes; peu fréquents: prurit, rash et urticaire; troubles musculaires, du tissu conjonctif et osseux; fréquent: myalgie; myopathie (y compris myosites) et rhabdomyolyse; troubles généraux; fréquent: asthénie».

A cette impressionnante liste s’ajoutent quelques autres effets secondaires. Et non des moindres: rénaux, musculaires, hépatiques et troubles du système nerveux central…
Bon d’accord. Il se peut qu’un patient sur 100, ou sur 1’000 « seulement », peu m’importe le nombre du reste, soit affecté par l’un ou l’autre effets secondaires. Multiplié par autant d’effets indésirables, ça fait déjà un bon paquet de patients qui, pour se soigner en vue de prévenir une maladie cardiovasculaire, se retrouvent au final avec une kyrielle de maux inexistants auparavant. Faut l’faire! Non?

Attends, l’histoire de mon pote n’est pas terminée. Haro sur le cholestérol: le combattre à tout prix. C’est du reste ce que veulent fabricants, distributeurs et vendeurs – voire complicité des cabinets de médecine – en r’filant sur le marché le produit miracle qui est supposé rendre la vie dure à ce machin.

Un peu naïvement sans doute, arguant du fait que ledit médicament avait causé des dégâts dans son organisme, dégâts collatéraux s’il en est; que les douleurs et maux endurés des jours durant avaient progressivement disparu depuis qu’il avait décidé de suspendre le traitement, mon pote est rentré chez lui l’autre jour. Avec, dans sa poche, une autre ordonnance, toute propre et bien neuve pour un autre medic dont la mission thérapeutique, tu le devines, est également et bien entendu d’aider à baisser la «cholestérolémie». Comme disent les gens de la profession. C’que j’en dis, moi, vois-tu… Je constate. Simplement. Et pour une fois je me borne à le faire, sans trop en rajouter. Hormis ce qu’il faut, pour au moins ne pas trop m’éloigner des coups de gueule et de critiques… De mes indignations…

Quelques jours après, mon pote m’a donné à lire la notice qui figurait dans la boîte cartonnée d’un nouveau médicament, qui répond à un nom prophétique en 10 mg. Je me suis attardé sur le texte. Sur ce qui ressemble fort à une ritournelle qui pourrait bien passer pour de l’acharnement, du copier-coller par rapport à l’autre. Celle de la mise en garde à propos du machin-truc.

A la rubrique « information destinée aux patients », en me penchant attentivement sur le sous-titre « Quels effets secondaires le produit peut-il provoquer? », j’ai laissé traîner mon regard… Et comme précédemment, je me contente de citer, sans rien retrancher. Ni bien entendu ajouter. Hormis la conclusion. Sans guillemets.

Des guillemets que j’ouvre du reste… « Les effets suivants ont été rapportés fréquemment: inflammation de la cavité bucco-pharyngée, douleurs de la gorge et de la région laryngée, saignements de nez, douleurs articulaires ou musculaires, crampes musculaires, gonflements des articulations, douleurs dans les membres, maux de tête, taux de sucre trop élevé dans le sang, diarrhées, troubles digestifs, constipation, nausées, ballonnements et réactions allergiques.

Les effets indésirables suivants ont été rapportés occasionnellement: douleurs abdominales, perte de cheveux, éruption cutanée, démangeaisons, douleurs du dos et de la nuque, faiblesse musculaire, troubles de la sensibilité (fourmillements, douleurs, insensibilité des mains et des pieds), vertiges, insomnie, fatigue, états de faiblesse, malaise, vomissements, perte d’appétit, troubles du goût, renvois, douleurs thoraciques, bourdonnements d’oreilles, cauchemars, taux de sucre trop bas dans le sang, prise de poids, rétention d’eau dans les extrémités (p.ex. gonflement des chevilles), troubles de la vue et fièvre».

Tu le constates, un ensemble de maux qui te font regretter de ne pas être en forme physiquement. A bien y réfléchir, et je m’en voudrais d’être pessimiste, voire macabre, le cumul de ces maux te rapproche assurément bien plus du cercueil que de la bonne forme… Un comble pour un médicament qu’il m’insupporterait d’avaler.

J’ai conseillé à mon pote d’oublier ce nouveau produit. J’sais pas s’il m’a écouté. Vu qu’mon boulot n’est pas… enfin. Moi j’écris, n’est-ce pas?

Parce qu’à tous ces problèmes, énumérés, étalés, s’en ajoutent d’autres. Tu me permettra cette digression d’une inversion des deux paragraphes de cette liste d’effets secondaires possibles. Une inversion qui me permet une conclusion à ma lettre. Histoire de me faire plaisir. Enfin, quand je dis plaisir… . Reste que je l’écris à dessein, ce mot, compte tenu de la conséquence théorique de l’ultime énumération des troubles envisageables. Dont l’un, rédhibitoire à mes yeux…

Paragraphes inversés, donc. Le suivant étant le dernier, et vice-versa… «Les effets indésirables suivants ont été rapportés très rarement: troubles de la mémoire, perte du goût. Réactions d’hypersensibilité, par ex. au niveau de la peau (taches rouges, papules) et ruptures de tendons».

Et enfin l’avant dernier paragraphe devenu ultime: «Les effets indésirables suivants ont été rapportés très rarement: tendinites, jaunisse, rétention d’eau, surtout au niveau du visage»… et je te le donne en mille: «impuissance»…

De là à penser que les fabricants de ce médicament sont associés à ceux qui produisent le viagra… Et si dans l’histoire, c’est bien l’ensemble des patients qui se faisaient baiser?

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