L’ère des surprises


D’une certaine façon, le dernier article de Christian Campiche, «2016 année underdog», fait suite à celui que j’ai posté il y a juste une année, que j’avais appelé «2015 année charnière».

PAR BERNARD WALTER

Le monde se trouve dans une phase mutante. L’ère du nucléaire et du numérique a bouleversé le monde. Ce qui nous paraissait annoncer des aubes radieuses, les pouvoirs magiques et infinis dont nous étions les bienheureux détenteurs, ces conquêtes du génie de l’homme sont devenus des bulles qui nous glissent entre les mains et dont nous ne savons pas quand et comment elles vont éclater.

Ls seule certitude qui nous reste, c’est que l’ère des certitudes est terminée, même si ceux qui nous gouvernent, industriels, financiers, militaires ou politiques, font mine de ne s’apercevoir de rien.

Il faut s’en rendre compte, la lecture des événements passe par la conscience que le monde est en mutation. Les oiseaux, les insectes mutent sous l’effet des changements climatiques et magnétiques, mais pas seulement eux. Tout ce qui vit est sous influence, et nous aussi, les humains.

Je crois que c’est une donnée essentielle à voir si on ne veut pas être complètement dépassé par ce qui se passe.

Pour l’espèce humaine, ce changement se perçoit d’abord sur le plan psychologique. Mais qui peut dire dans quelle mesure notre physiologie elle-même n’est pas affectée par toutes ces ondes qui nous traversent et ces bruits qui sans cesse troublent l’ordre des choses d’antan pour créer une espèce de nouvel ordre?

L’«underdog», que je ne connaissais pas, c’est donc l’outsider, celui qu’on n’attendait pas. Et effectivement, c’est ce «chien venu d’ailleurs» qui va revenir nous mordre, jusqu’à ce que l’on comprenne qu’il y a vraiment quelque chose à changer. Non pas aux surfaces, mais dans le fond, de «fond en comble», comme on dit.

La première apparition ahurissante de l’«underdog» du temps «postmoderne», il faut la situer bien sûr à ce fameux 11 septembre, les avions dans les tours à New York, dont on dirait, à entendre les trompettes de l’idéologie américaine, qu’il constitue l’événement le plus effrayant de l’époque (c’est oublier le Vietnam, l’Irak, et bien d’autres).

Ce 11 septembre pourtant, c’est un point de référence où tout a tourné, où s’est ouverte la cage de ces chiens dont on ne sait plus que faire.

Il convient de revenir sur les élections cruciales aux USA et en France, lesquelles elles aussi sont placées sour le sceau de la surprise.

Tout d’abord aux USA. Personne il y a quatre ans n’aurait imaginé pareil scénario, l’élection de ce milliardaire un peu dégénéré, quelle chose inouïe! On sait que tout est possible aux USA, mais à ce point?

Mais n’oublions pas Bernie Sanders. Qui aurait prévu l’irruption de ce personnage au plus haut niveau de la politique américaine? Jamais on n’avait vu un candidat aussi marqué à gauche, ce qui en faisait, à n’en pas douter, un «communiste» aux yeux de bien des citoyens américains. Et lorsqu’il s’était profilé en opposant d’ Hillary Clinton, tous le voyaient écrasé d’avance. C’était un candidat dont la fonction était de promouvoir certaines idées, mais rien de plus. Or plus les élections approchaient, plus l’écart entre les deux diminuait. Que Sanders ait finalement obtenu plus de 40% des voix lors de la primaire indique bien des signes de profonds changements. Sans compter qu’il se dit avec une certaine insistance dans les milieux progressistes que le résultat de cette primaire est douteux, qu’en réalité c’est Sanders qui aurait dû être proclamé vainqueur. Et rien ne dit que si Sanders avait été en finale contre Trump, il aurait perdu le match.

Comment expliquer de tels résultats?

Aux USA, si Trump l’a emporté, c’est dû très fortement au rejet profond qu’inspire Clinton aux yeux de beaucoup de citoyens. Les gens ne croient plus aux paroles, les discours des vieux chevaux de la politique, depuis Obama et Hollande, on les croit moins, voire plus du tout, c’est devenu du vide vide vide. Et puis toutes ces casseroles qui se traînent, ces politiciens qui ont affaire à la justice, ces procès qui s’achèvent comme des rivières dans le désert, les gens en ont assez. Alors ne subsiste que l’image. Et cette image, on la veut neuve et vierge, et elle doit avoir les apparences de la vérité. Toute la force du populisme est de faire croire à ces vertus. Il est certain que l’absence de passé politique constitue dans de telles conditions un avantage déterminant. Personne ne peut dire qu’un politicien sans passé visible a trahi ses promesses puisqu’on ne l’a pas vu en action. A ce titre, le principe d’alternance a toute son importance: il est important de se démarquer des gouvernants précédents, donc de ne pas faire partie de leur chapelle. (Sur cette question, Sarkozy avait assez habilement brouillé les cartes en engageant dans son équipe des gens de l’équipe adverse). Et finalement, plus que les programmes, ce sont pour un populiste les grandes déclarations générales qui comptent, du genre: «Je serai le président de tous, je vais redonner au pays sa grandeur, je vais refaire fonctionner le pays, je vais réparer ce que les politiciens sortants ont endommagé, ce qu’ils ont détruit, ce qu’ils n’ont pas su faire.» Et ainsi de suite.

En France, du côté de la primaire de droite, la surprise a été grande. François Fillon, en dépit de son passage de premier ministre chez Sarkozy, inspire le respect, il n’a pas eu maille à partir avec la justice, il reste poli et digne, garde son calme et n’est pas prétentieux. On dirait que son programme ultralibéral importe peu!! Et puis il «présente bien». Il est vrai que les gens n’ont tout simplement plus envie d’avoir en permanence sur leur écran une tête qui leur est devenue insupportable. Après Sarkozy, ils ont peut-être envie maintenant d’avoir pour président une personnalité dont ils peuvent être fiers et qui leur semble représenter dignement leur pays.
A gauche, Hollande a été assez malin pour se retirer d’une course pour lui perdue d’avance. La primaire de gauche risque bien elle aussi de nous réserver des surprises. Maintenant que Hollande n’est plus là, j’aurais tendance à penser que la cote de Vals va baisser: plus besoin de montrer au Président qu’on n’en veut plus.

Alors place à un visage nouveau? Montebourg par exemple…

Un autre élément de cette campagne, dont on ne parle pas beaucoup me semble-t-il, c’est l’énorme coupure entre «les élites» et la population. C’est, de la part de MM. et Mmes de la haute politique, leur ignorance de la réalité du terrain. Allez marcher en France! Vous y verrez à quel point dans bien des régions sont abandonnés villages et campagnes. Ce que j’appelle «zones sinistrées». Lors des régionales de 2015, un petit reportage très frappant a montré comment un village entier a voté Le Pen, parce que ce petit village avait été ignoré de tous, sauf du Front national. Sur le plan de l’intérêt manifesté pour les gens du peuple partout dans le pays, Le Pen et Mélenchon me paraissent à leur avantage. Et désormais, d’ici aux élections, aucune campagne ne peut plus combler ce genre de handicap.

Lors de la primaire finale, on aura sans doute, outre Fillon et le candidat de la gauche social-démocrate, Mélanchon et Marine Le Pen. Et là aussi, bien fin qui peut dire ce qui va se passer. La cote de Mélanchon est en train de remonter. Enfin une vraie gauche se fait à nouveau entendre! Mélanchon a en partage avec Le Pen un verbe libre et franc, et cela va attirer à tous deux nombre d’électeurs.

Alors quel underdog pour l’année prochaine en France ?

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5 Responses to “L’ère des surprises”

  1. Bernard Walter 5 décembre 2016 at 07:23 #

    Je dois repréciser une chose : il est clair pour moi que tous ces mouvements d’extrême-droite, en France le Front national, c’est la peste. Mais hélas, c’est l’héritage de la social-démocratie, laquelle a tout fait pour qu’on en arrive là. Et je ne peux pas incriminer les classes populaires de voter pour les fascistes, eux qui ont été abandonnés de la gauche. Depuis Mitterrand, le plus redoutable politicien de droite depuis 1945, la situation, de ce point de vue, est catastrophique. Il semble qu’on ne peut plus qu’assister au désastre. Seul un énorme mouvement de résistance populaire, fait de mille résistances convergentes, pourrait changer la face des choses. Et sur le plan politicien, seule une vraie gauche anticapitaliste peut accompagner une telle lutte. Puisse un Mélenchon être l’underdog incarnant un certain espoir.

  2. Lecerf 7 décembre 2016 at 10:01 #

    Il est certain que Mélenchon est l´homme de la situation ! La semaine de 30 heures, la retraite à 55 ans, le Smic à 2000 Euros et la Sécu gratuite pour tous : ce sera le paradis sur terre… un peu comme à Cuba dont notre Jean-Luc national est un fervent contempteur. Putain encore six mois !!!… J´ai hâte !!…

  3. Bernard Walter 7 décembre 2016 at 12:24 #

    Vous avez dit “contempteur” ? On pourrait vous donner le conseil de surveiller votre vocabulaire.
    Je pense que ce n’est pas digne de l’excellente Méduse qui nous accueille.

  4. Lecerf 7 décembre 2016 at 13:44 #

    Vous avez raison : j´aurais dû écrire “admirateur”…. Je le copierai cent fois.

  5. Christian Campiche 12 décembre 2016 at 16:24 #

    Un candidat intéressant: Jacques Nikonoff, économiste altermondialiste, ancien dirigeant d’ATTAC et du Mouvement politique d’émancipation populaire (M’PEP), président du Parti de la démondialisation (Pardem).

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