Lettre de Lima – La répression semble devenir l’arme favorite du gouvernement actuel


Or donc l’hiver lance une ultime offensive en Suisse et dans d’autres ailleurs, en Europe notamment.

PAR PIERRE ROTTET

Une misérable colère qui prend son pied pour faire la nique à un climat plus que conciliant en cet hiver. J’ai bien évidemment pensé à toi avec ces températures dites «ressenties» de moins 15 degrés et plus, assure-t-on. Surtout que moi, par ici, sur les bords du Pacifique, je vis avec des températures – toujours aussi «ressenties» – , mais de 30 degrés.

C’est peu dire que l’été est chaud. Chaud et même bouillant dirais-je, comme la scène politique, avec les étudiants qui descendent dans la rue pour protester contre une loi scélérate. Un machin invraisemblable qui se moque des jeunes, imposé par le clan fujimoriste, majoritaire au congrès.

Tiens-toi bien, ils entendent faire travailler les étudiants – les apprentis – gratuitement pendant 3 ans dans des entreprises. Et ce 20 heures par semaine, en dehors de leurs cours dans les instituts techniques… Qu’ils doivent en plus payer pour les intégrer, au moyen d’un versement d’inscriptions. De mensualités ensuite. Pas donné, la plupart du temps. De sacrés sacrifices pour les familles.

Décidément, une partie du clan fujimoriste se sent pousser des ailes avec le nouvel allié trouvé en la personne du président Kuczynski. L’homme du deal: «ma grâce accordée à Fujimori contre ma non-révocation». Celui qui n’arrête pas de prétendre le plus sérieusement du monde que ses malheurs liés à sa crédibilité et aux demandes répétées de destitution ont pour origine les communistes qui sont aussi nombreux au Pérou que des gouttes de pluie dans le désert. J’exagère à peine!

La réponse des étudiants ne s’est pas fait attendre. Le centre du vieux Lima a en effet été ces jours le théâtre de manifs, violemment réprimées par les forces de l’ordre, les CRS Péruviens, qui ont la violence et le mépris des autres en commun avec leurs collègues français. Ou espagnols lorsqu’ils se déplacent en force à Barcelone!

La répression du pouvoir n’empêchera sans doute nullement d’autres rassemblements de se constituer, pour marcher sur le palais présidentiel ou le congrès, afin de dénoncer cette loi d’ores et déjà qualifiée de «loi de l’esclave juvénile». Lima et d’autres villes résonneront des protestations pour réclamer l’abrogation d’une loi que même Trump n’aurait pas osé imaginer. C’est dire!

L’ancien président Humala, alors étiqueté à gauche, qui l’était sans doute autant que l’ex-président français Hollande, s’était déjà essayé à ce petit jeu, il y a 4 ans. Le 16 décembre 2014, pour bien montrer à la droite conservatrice qu’il n’avait de la gauche que l’image trompeuse que d’aucuns lui prêtaient, il édictait une loi qui visait à «promouvoir l’accès des jeunes au marché du travail et à la protection sociale».

Louable intention! Sauf qu’elle s’accompagnait d’une fourberie à l’encontre des jeunes et d’un royal cadeau pour les employeurs, qui voyaient leurs charges largement réduites au détriment de ces mêmes jeunes. Des manifestations massives s’en suivirent. Des dizaines de milliers de jeunes dans la rue durant plusieurs semaines obligèrent le régime d’alors à faire marche arrière. Histoire de contraindre le pouvoir à mettre cette loi aux oubliettes. Jusqu’à ces derniers jours. Le président Kuczynski la ressortant pour la remettre sur le tapis. La promouvoir. Mais en pire.

C’est peu dire que cette loi est largement controversée. Et dénoncée ces jours par ce qui subsiste de la gauche. Et par des groupements politiques encore suffisamment lucides. Sans compter que montent actuellement aux barricades les gens critiques qui ne manquent pas au Pérou. Comme Jorge Toyama, avocat du droit du travail, pour qui cette loi est inconstitutionnelle. La Constitution, lance-t-il, interdit explicitement le travail gratuit à ce niveau. «Les seuls bénéficiaires de cette loi sont les instituts techniques et les entreprises. Le législatif, martèle-il, a approuvé une loi qui s’apparente clairement à une figure proche de l’esclavagisme».

La répression semble devenir l’arme favorite du gouvernement actuel pour museler les protestations. Il y a une dizaine de jours, bardée comme des rambos, la police nationale s’en est allée déloger quelque 3000 «envahisseurs de terrain» dans le district de Villa Salvador, au sud de Lima. Ne cherche pas la nouvelle dans tes journaux, qui en auraient fait avec raison sans doute la «une» s’il s’était agi du Venezuela. La presse ici en a timidement parlé, mais sans trop insister. Pour l’oublier! Pourtant l’affrontement a fait 34 blessés dont 4 grièvement. Mais aussi un mort. Un mort… par balle tirée en pleine tête par les forces de l’ordre.

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