Béton métal, pavés cristal, Huser chante Mai 68


Dessin Jean-Pierre Huser

 

Béton métal, pavé cristal. Il y a une quinzaine d’années, un vieux pote m’a refilé cette chanson écrite au crayon par votre humble serviteur sur un vieux papier chiffonné.

PAR JEAN-PIERRE HUSER

Je l’avais, je pense, écrite sous le toit de ma piaule avec son vasistas qui donnait miraculeusement sur le toit de la Sorbonne. Comme les bombes lacrymogènes m’empêchaient souvent de rester chez moi, je m’envolais alors sur la Sorbonne pour écouter voir et entendre un monde qui était en train de changer. Souvent je passais chez ce copain qui faisait partie des potes de Renaud. Ce dernier habitait pas loin de la Mouffe où il y avait également Coluche et toute la bande du futur Café de la Gare avec Romain Bouteille et bien d’autres.

Je chantais quelques fois avec tout ce monde souvent à la Méthode, chez Maurice à la Vieille Grille, ou au Concert Pacra Boulevard Beaumarchais. J’étais déjà un peu intégré dans le quartier mais toujours très timide, c’est dans ma nature, même si j’étais déjà engagé dans une maison de disques, vu que j’avais été finaliste en 1964 des « Relais de la chanson française ». Aussi j’essayais dans cet événement subit et incroyable de me rapprocher de certains détails concernant surtout la vie d’artiste dans laquelle j’étais plongé. Ce pourquoi d’ailleurs j’avais choisi de vivre dans la métropole.

Mai 68 pour moi fait partie d’une grande délivrance et un accès à la culture par la dite « contre-culture » de l’époque, au coeur d’un orage mondial exceptionnel. Il faut aussi savoir que baigner dans un tel événement nous conduit à ne plus savoir du tout si c’est « lui qui nous fabrique ou nous-même qui le faisons ». Tout flottait pour moi déjà dans mon esprit avec des chansons comme « Desolation Road  » de Bob Dylan. Très jeune, j’ai décroché vite fait de mes pâturages et de mes parois d’ombres et de glaces, où la vie vous encorde et vous attache durement le corps et la tronche. J’y retournais juste l’hiver afin d’enseigner le ski et revoir mes potes de là-haut ainsi que ma douce mère des montagnes. Après l’hiver, c’était « On the road Again » et ceci du printemps à l’automne, en courant, en marchant et en volant. Cela m’a donné une certaine idée, dirais-je, sur les bases réelles de notre société démontable.

Aucune force politique n’a marqué réellement ma vie. J’avais juste la volonté de décrire un monde pictural poétique et social pour exister « autrement » pour ne pas dire « réellement ». J’ai participé tout au début à des biennales et autres. J’ai gagné des prix pour mon audace avant-gardiste. Mais j’ai vite compris que dans ce lieu de culte hyper-privilégié, on était très loin d’une réalité sociale qui me tenait à coeur. J’ai peu à peu découvert que dans ce monde bellement privilégié, l’image s’ordonne et se fabrique en « mosaïques fantômes ». Alors, j’ai repris ma guitare et je suis remonté dans ma chambre de bonne! J’habitais dans une chambre de bonne au Boulevard St-Michel alors que mai 68 battait son plein!

 

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