« A ce jour, 95% des Suisses se trouvant au Pérou ont été rapatriés »


PROPOS RECUEILLIS PAR PIERRE ROTTET

Infoméduse: Roland Brun, vous êtes Consul général de Suisse à Lima. Vous avez 46 ans, vous êtes entré au DFAE en avril 2000 et vous êtes en poste à Lima depuis 2017. Racontez-nous votre rôle dans ces rapatriements. 

Roland Brun : Mon rôle et celui de mon équipe commence par la prise de contact avec les voyageurs suisses bloqués en territoire péruvien. Ce contact se fait essentiellement par e-mail et téléphone, mais aussi grâce à l’application « Travel Admin », mise en place par le DFAE. Cela à travers un formulaire en ligne d’inscription aux vols. Nous analysons ensuite cas après cas l’information de chaque personne inscrite: âge, situation médicale, le lieu de séjour au Pérou… L’équipe consulaire s’occupe en outre de répondre aux questions et aux doutes des voyageurs suisses bloqués, de les guider, de communiquer les informations au moyen de différents canaux de communication. Cela tout en poursuivant l’enregistrement des personnes désireuses de partir.

Dans des conditions difficiles, j’imagine, vu la situation particulière…

Une des difficultés principales à affronter est d’atteindre tous les voyageurs suisses bloqués au Pérou, de leur fournir les informations nécessaires. L’énorme quantité de questions auxquelles nous devons répondre est aussi un autre grand défi, étant donné que nombre de ces questions et problèmes ne peuvent se résoudre qu’au cas par cas.

Parvenir à regrouper toutes ces personnes disséminées sur l’ensemble du territoire péruvien relève de la performance ?

Nous avons réalisé une opération entièrement par bus sur tout le territoire péruvien, avec 13 bus déployés dans le pays. Au total, ces bus ont parcouru 10’000 km avec des arrêts dans plus de 40 localités, du Nord au centre du Pérou, en passant par le Sud. Au-delà de Lima, la plupart des voyageurs se trouvaient entre Cusco, Arequipa, Piura, Ancash et La Libertad. Une autre opération de récupération par bus a été organisée du côté de l’Amazonie péruvienne, afin de ramener à Lima des personnes qui se trouvaient à Pucallpa et à Oxapampa, située dans la Haute jungle péruvienne. Dans certaines régions isolées comme Tarapoto ou Iquitos (Amazonie) les voyageurs suisses ont pu être évacués grâce à l’aide de pays amis, avec qui nous appliquons des principes de réciprocité et de coopération entre pays.

J’imagine que des sésames ont été nécessaires pour franchir les multiples barrages routiers contrôlés par les forces de l’ordre… 

Les personnes ont pu circuler librement depuis leur point de départ jusqu’au point de rassemblement (n. de la rédaction : Colegio Pestalozzi, à Lima) grâce à une autorisation délivrée par l’ambassade avec l’accord préalable des autorités. Les coordinations avec la police nationale, les différents ministères et autres autorités locales peuvent être complexes, mais nous n’avons pas eu de problème particulier. Les forces de l’ordre ont été coopératives.

Ce qui a requis d’innombrables échanges entre vous et les autorités… Sans parler du problème lié aux visas, aux passeports pour sortir du pays de façon inédite ?

Ce sont les autorités péruviennes qui se sont occupées pour ensemble des vols de rapatriements du processus migratoire à l’aéroport (réd. militaire), avec une évaluation de nos voyageurs, de leurs conditions et de leurs passeports. Pour le reste, nous avons été en constante communication avec les autorités. Ce sont des processus qui sont inédits pour tout le monde, les permis prennent donc du temps à se réaliser. Heureusement, nous avons pu compter avec l’appui de ces mêmes autorités.

Combien de Suisses rapatriés pour l’instant? Combien d’avions affrétés, y compris pour le vol Lima/Zurich du 13 avril ?

Trois vols, tous avec la collaboration de la compagnie suisse Edelweiss, organisés par le Centre de gestion des crises du DFAE en coordination avec l’Ambassade de Suisse au Pérou. Le premier est parti de Lima direction Zurich le 25 mars, le second le 31 mars. Le troisième s’apprête à décoller. Un total, de 818 passagers, dont 715 voyageurs vivant en Suisse, sont partis sur ces trois vols.

Quelques étrangers ont donc bénéficié de ces vols ?

Pour les vols de rapatriement, la priorité a certes été accordée aux voyageurs suisses et aux voyageurs étrangers vivant en Suisse. Reste que des citoyens d’autres pays européens ont également été ramenés avec ces vols organisés par le DFAE dans le cadre de la coopération avec nos partenaires européens. 230 passagers ont été rapatriés lundi 13 avril, parmi lesquels 170 suisses. Les autres venant d’horizons les plus divers : Allemands, Autrichiens, Français, Hollandais, Norvégiens, Britanniques et Belge… Cela dans un esprit de réciprocité à souligner, puisque nous sommes actuellement en train de coordonner la possibilité de placer certains voyageurs suisses dans des vols de pays européens – à ce jour, 95% des voyageurs suisses se trouvant au Pérou ont été rapatriés.

L’ensemble du personnel de l’ambassade a été en grande partie mobilisé, je présume?

Pratiquement tout le personnel de l’ambassade l’a été. C’est un travail réalisé en équipe. Il n’aurait pas été possible sans l’apport de chacun et sans le soutien des services du DFAE à Berne. Sans compter l’appui de la direction et d’employés du Colegio Suizo Pestalozzi pour la mise à disposition des infrastructure du collège, lieu de rendez-vous du ralliement, ni le travail des membres du personnel de la sécurité de l’ambassade de Suisse à Lima.

Photo Arnaud Sapin: Sur le tarmac de l’aéroport de Lima, l’avion rapatriant les Suisses, lundi 13 avril 2020.

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