Les abstractions du XXe au Musée de Pully


PAR PIERRE JEANNERET

La réouverture des musées met en joie et le Musée d’art de Pully y contribue en présentant un florilège de la Fondation Gandur pour l’Art. Dans une démarche de médiation, son site offre une bienvenue mise en bouche avec une visite virtuelle, guidée par Laurent Langer, conservateur.

Cette riche exposition comporte 75 œuvres. Elle propose un parcours à travers les tendances plurielles de l’abstraction picturale, pendant une période qui correspond plus ou moins aux Trente Glorieuses.

On constate en effet une effervescence artistique après la Seconde Guerre mondiale. Dans les années cinquante, ce sont les États-Unis, plus précisément New York, qui s’affirment comme porte-parole de l’art abstrait. Et l’exposition fait dialoguer les travaux réalisés de ce côté-là de l’Atlantique avec ceux produits en Europe.

Le trait, les aplats et la tridimensionnalité

Le visiteur est accueilli au premier étage du musée par une grande toile de Hans Hartung, où tachisme et coulure de peinture à dominante bleue créent un effet d’une grande intensité. Puis c’est Georges Mathieu, dont l’œuvre est caractérisée par la rapidité du trait. On appréciera aussi la touche épaisse des tableaux du Canadien Jean-Paul Riopelle, aux vives couleurs posées au couteau. La tendance géométrique est représentée par Georges Poliakoff, avec ses larges aplats de couleurs. 

Bien qu’ils aient donné lieu à d’innombrables posters que chacun a pu voir, les travaux de Victor Vasarely constituent l’un des moments forts de l’exposition. La très grande rigueur de ses toiles, leur limitation à deux ou trois teintes, leurs effets de trompe-l’œil, parfois l’usage d’éléments légèrement en relief, continueront longtemps à séduire un large public. La présentation propose aussi des pièces en trois dimensions: les «sculptures cinétiques» d’Alexander Calder et de Jean Tinguely.

Soulages, Dubuffet… Olitski

Une salle est réservée aux œuvres sur papier. On peut y admirer des encres de chine de Pierre Soulages et Jean Dubuffet, connu pour avoir proposé le concept d’Art Brut et constitué le fonds de la collection qui se trouve à la Fondation éponyme de Lausanne. Quant à Henri Michaux, il a réalisé tant ses dessins que son œuvre écrite sous l’influence de substances hallucinogènes. Antoni Tapiès, lui, joue à la fois sur les couleurs et sur le traitement de la toile, en utilisant notamment des enduits sableux. 

D’autres artistes recyclent dans leurs tableaux des morceaux de toile collés. L’originalité de plusieurs travaux provient aussi de l’usage de nouvelles techniques: truelle, spatule, couteau ou lame de rasoir remplacent le traditionnel pinceau. Simon Hartaï, dans son Manteau de la Vierge, obtient des effets de relief en recourant au pliage de la toile.

Plus on progresse dans l’exposition, plus on s’achemine vers la nudité la plus totale, comme le montre la toile entièrement brune de Jules Olitski. Certaines œuvres de la tendance dite «minimaliste» portent bien leur nom…

Bref, que l’on adhère ou pas à ces diverses formes de l’art abstrait contemporain, l’exposition pulliérane permet de les connaître ou de les revoir et de se forger ou de réalimenter ensuite son jugement personnel sur celles-ci.


Calder, Soulages, Vasarely… Abstractions plurielles (1950-1980). Collection de la Fondation Gandur pour l’Art, Musée d’art de Pully, jusqu’au 21 novembre (pause estivale du 27 juin au 7 septembre 2021).

Domaine Public

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