A Paris, une marée de manifestants contre les rudes mesures « macroniennes » anti-Covid


PAR YANN LE HOUELLEUR, Texte et photos

Les rues étroites, à sens unique, reliant le boulevard Saint Germain aux quais de Seine sont empruntées habituellement pas des badauds et par des touristes en quête de belle architecture. Or, le samedi 18 juillet, elles ont vu des flots de citoyens défiler. Des pancartes mouchetées de slogans choc surfaient sur cette foule quelque peu inopinée. Notamment : « Respect des libertés individuelles » ; « Help us to stop Macron’s dictatorship » ; « Pauvre France, réveille toi, on nous tue », etc.

Ce ne sont pas moins de 150.000 citoyens, certains venus de provinces lointaines, qui ont témoigné, dans les rues de Paname, leur inquiétude quelques jours après une allocution lourde de conséquences du président Macron. Le regard aussi affûté qu’une épée, sur un ton martial, celui qui va convoiter un second mandat au printemps prochain a tenté l’épreuve de force. Prétextant la remontée des cas d’infections dûes au variant Delta, fort virulent, il a ordonné l’adoption  – que devront entériner les députés cette semaine –  d’un « pass sanitaire ». Pourtant, plusieurs mois auparavant, le chef de l’Etat avait déclaré, la main sur le cœur, qu’il était opposé à la vaccination obligatoire. Une fois de plus, toute une frange de la société française s’estime trahie, alors que la classe politique, dans son ensemble, est discréditée ainsi que le démontrent les taux d’abstention aux récentes élections départementales et régionales. M. Macron a hissé la France au rang des pays les plus répressifs en matière de lutte contre la pandémie. Conséquence de ce pass sanitaire : à compter du 1er août, les restaurateurs et les commerçants qui accueilleront dans leur espace des consommateurs non vaccinés s’exposeront à des pénalités exemplaires. Et par la suite, les employeurs qui auront parmi leurs employés des non vacciné seront passibles d’une année de prison et de 45 000 € d’amende.

Parmi les reproches faits par les opposants à cette mesure inédite : fracturer davantage une société française craquelée et fragmentée toujours davantage au gré d’interminables polémiques qu’exacerbent les chaînes d’information en continu. Pour ridiculiser cette effervescence contestataire (en réalité, des rassemblements de la même nature se sont déployés dans maintes villes), des commentateurs politiques et des élus ont montré du doigt les quelques manifestants, très minoritaires, qui esquissaient des comparaisons avec le régime hitlérien, quand les Juifs étaient affublés d’une étoile jaune. Comparaisons certes très abusives, mais qui voisinaient avec des réalités décriées de manière plus pragmatique. Par exemple, dans ces défilés, de nombreux employés du corps hospitalier clamait leurs inquiétudes. La polémique au sujet du caractère obligatoire de la vaccination anti-Covid a pris racine, en réalité, dans la méfiance très vive qu’une partie des aides soignant nourrissent à l’encontre des vaccins. Selon les estimations, un tiers d’entre eux n’auraient pas subi « la piqûre de rigueur » et ils exposeraient les patients dits vulnérables à des risques de contamination. Dans le cortège parisien, Claude, un infirmier, résumait une situation devenue intenable : « Dans plusieurs hôpitaux parisiens, les fermetures de lit de réanimation se poursuivent pour deux raisons. D’une part, le gouvernement continue à faire des économies et d’autre part un nombre important de mes collègues ne supportent plus la pression, présentant leur démission. » Lors d’un débat sur le plateau de CNews, un éminent professeur, chef du service réanimation d’un grand hôpital parisien, admettait : « J’ai du mal à recruter du personnel qualifié. »

Selon l’un de ses confrères,  interviewé au micro de Sud Radio, il y aurait 5300 lits de réanimation, seulement, dans toute la France. « Notre système de santé est trop petit », a-t-il mentionné.

Les Français sont confrontés à une dégradation vertigineuse des services publics, à commencer par les soins dispensés par le secteur public. Député élu dans la Seine Saint-Denis, le communiste Stéphane Peu s’alarmait lors d’un débat télévisé : « Dans mon département, l’un des plus touchés par la pandémie, on ne cesse de fermer les agences de l’assurance maladie. Il devrait en subsister une dizaine contre une centaine quelques années auparavant. »

Ce qui effraie le plus le gouvernement Macron, acquis à un libéralisme effréné, c’est l’hypothétique recrudescence des hospitalisations découlant de la remontée des cas de contamination. Le nombre de lits dans les hôpitaux du secteur public pourrait alors s’avérer être insuffisant, donnant un surcroît de crédibilité aux opposants à ce démantèlement des services publics enclenché et même « encouragé » lors des gouvernements antérieurs. Alors que la France a vu sa dette s’alourdir à cause de la pandémie qui n’en finit plus, son président et ses ministres s’évertuent à dire que la vaccination est le remède le plus efficace contre une aggravation, redoutée de toute part, de la situation économique. Prenons l’exemple des cafetiers-restaurateurs, si ébranlés par les confinements successifs : « La plupart d’entre nous ploient sous des crédits supplémentaires et nous avons déjà beaucoup de mal à survivre compte tenu de la baisse de la fréquentation touristique », déclare le gérant d’une brasserie dans le 6ème arrondissement. En nous obligeant à contrôler nos clients, pour savoir s’ils sont vaccinés, on va nous priver de toute une partie de notre clientèle. Nous avons payé un lourd tribut à la crise, et nous ne voyons pas le bout du tunnel. »

Enfin, le gouvernement n’ignore assurément pas que les mesures coercitives prises à la veille du 14 juillet vont fractionner ses opposants. Pour faire bonne figure et ne pas être accusé de saboter l’économie, la plupart des élus de gauche comme ceux de la droite et du centre, nuancent leurs critiques à l’encontre de l’Elysée. Tout juste déclarent-ils que les annonces de M. Macron démontrent une constante improvisation et des lacunes dans la lutte contre la Covid et ses variants.

Les seuls à se prononcer ouvertement contre le gouvernement sont les élus réputés « très à droite » ainsi que l’indiquent les têtes pensantes de la manifestation parisienne déployée samedi dernier. Le député Nicolas Dupont-Aignan, président de Debout la France (il s’était rallié à Marine Le Pen en 2017), a été très applaudi par les participants à ce défilé, tout comme l’énigmatique Florian Philippot. Cet énarque, qui a fait partie de l’entourage du souverainiste Jean-Pierre Chevènement (opposé tout comme lui à l’euro et à Maastricht), a pendant longtemps été le numéro deux du Front national devenu le Rassemblement national. Au lendemain de l’échec de Mme Le Pen battue dans les urnes par Emmanuel Macron il a fondé le mouvement Les Patriotes. Néanmoins il a connu un cuisant échec lors de nombreux scrutins électoraux. Vraisemblable candidat à l’élection présidentielle l’année prochaine, il n’hésite pas à traiter M. Macron de « tyran » (sic).

Décidément, la France est fissurée par des « obsessions idéologiques ». Au moment même où le cortège s’immisçait dans la quiétude des ruelles de Saint Germain, une autre manif battait son plein dans un tout autre quartier. Elle était organisée par Jérôme Rodrigues, l’une des principales figures des Gilets Jaunes qui dénonçait la main mise de l’extrême droite sur cette méga manifestation au cœur de Paris. Frustration, déliquescence de l’économie, sentiment d’angoisse croissant au sein de la population, abondances des frustrations : il se pourrait que des mouvements de contestation comparables à ceux des Gilets jaunes ne ressurgissent à quelques mois d’une échéance électorale de premier plan. Cela effare très certainement M. Macron et les siens, à l’heure où la France est plus que jamais la cible de redoutables menaces internes et externes.

L’auteur, artiste et journaliste bénévole, vit à Gennevilliers, dans les Hauts-de-Seine

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