Il y a des coupures d’électricité en Chine, nous dansons tous sur une corde raide


PAR BERNARD ANTOINE ROUFFAER

Il y a des coupures d’électricité en Chine. En quoi cette information nous concerne-t-elle, me direz- vous ? Je répondrais que ce fait nous intéresse très directement, et que les conséquences qui en découlent peuvent avoir un effet considérable sur notre vie économique. Vie économique qui, pour une société aussi matérialiste que la nôtre, est de la plus haute importance.

Il y a donc des coupures d’électricité en Chine, à grande échelle, touchant dans une mesure variable, 20 des 34 provinces et juridictions que compte ce pays. Et l’industrie n’est pas épargnée par cet ennui. Il est toujours un peu difficile, au pays de la statistique « aménagée », de connaître exactement les dessous d’une affaire, mais de ce qui ressort de l’opinion d’observateurs attentifs, la volonté du gouvernement chinois de contrôler la production de charbon – ceci dans le but d’atteindre les objectifs qu’il s’est fixés en matière de réduction de production de co2 – a joué un rôle important. Pékin a décidé de fermer un certain nombre de mines et de resserrer son contrôle sur les autres. Ce secteur économique est, en Chine, très libéralisé ; les prix du charbon destinés aux centrales thermiques suivent les fluctuations de la demande. Pékin a aussi limité, avant 2020, l’installation de nouvelles capacités de production en matière de centrales thermiques. L’électricité d’origine thermique représente encore 63,2 % (chiffre de 2020) de la production chinoise. Mais si le commerce du charbon est libre, le prix de l’électricité, lui, est réglementé par les Autorités. Cette politique de l’État central a donc réduit la marge de manœuvre des producteurs de courant électrique. Quand le propriétaire d’une centrale thermique vend son électricité moins cher que ce que lui coûte sa production, il a tendance à couper le courant…

Or, après l’arrêt brutal de l’économie mondiale causé par la crise de la Covid-19, en 2020, son redémarrage en 2021 a suscité une forte hausse de la demande de biens, dont la Chine « usine du monde » par la grâce de l’esprit d’aventure capitaliste, était priée de fournir une grande partie ; d’où augmentation brutale de la consommation d’électricité. Sans grande marge de manœuvre pour absorber ce choc, les lignes rouges ont été atteintes, et les délestages ont débuté. Une partie du parc industriel chinois (44 % selon Nomura) est désormais entravé.

L’Occident va donc manquer de jouets à Noël. Et de quelques autres choses encore… La rareté des biens cause généralement la hausse des prix. Et la hausse des prix est l’un des éléments de ce que les économistes nomment «l’inflation». On sait à quel point les formidables politiques d’émissions monétaires des grandes banques centrales, en Occident, depuis 2008, ont, en créant une augmentation quantitative des masses de liquidités, préparé le terrain à ces hausses de prix.

Or, l’objectif assigné aux banques centrales est, aussi, de lutter contre la perte de valeur de la monnaie, qui déstabilise les fortunes et, quand elle atteint un niveau trop important, gène l’économie. Combattre l’inflation est une nécessité pour la Federal Reserve aux USA ou la Banque centrale européenne à Francfort. Et comment s’y prennent-elles généralement, le cas échéant ? En augmentant les taux directeurs de leurs prêts au système bancaire privé ; ce qui pousse ces banques privées à augmenter, à leur tour, les taux d’intérêts des prêts qu’elles consentent aux États, aux entreprises et aux particuliers. Les entreprises se financent plus difficilement, les particuliers souffrent… et les États commencent à se faire beaucoup de soucis pour les colossales dettes qu’ils traînent comme un boulet.

Pour le dire simplement, les États européens, ou même celui des USA, pourraient bien se trouver dans l’incapacité de faire rouler leurs dettes si une trop forte hausse des taux devaient rendre trop coûteux l’obtention de nouveaux prêts destinés à rembourser les anciens… Car les États les mieux établis font, désormais, de la cavalerie. Premier danger. Très grave.

Mais il y a un second péril lié à ces hausses potentielles des taux d’intérêt : les cours des bourses mondiales, aux USA, en Europe, ne sont arrivés si haut que parce que l’abondance de liquidités disponibles depuis 2008 permettait d’alimenter sans cesse cette formidable escalade. Si les banques centrales devaient couper le robinet de liquidités, la chute pourrait être brutale ; ce serait la très forte correction, sinon le krach.

Nous dansons tous sur une corde raide.

Le Destin attendait-il l’Occident dans les recoins d’une mine de charbon chinoise ? Nous verrons.

Alter ego, Encre sur papier de Livia Balu

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