Pour que la population accepte le poisson, ne faudrait-il pas assainir l’eau dans laquelle il est cultivé? Lettre ouverte à M. Mauro Poggia


Lettre ouverte /Recommandée

Monsieur Mauro Poggia,
Conseiller d’Etat genevois en charge de
la Sécurité, de la Population et de la Santé Département de la sécurité, de la population et de la santé (DSPS)
Rue de l’Hôtel-de-Ville 14
Case postale 3952
1211 Genève 3

Nyon, le 23 Octobre 2021

Objet : La crise COVID-19

Cher Monsieur,


Je me réfère à votre aimable lettre du 28 septembre et à vos explications détaillées sur la gestion de la crise de la COVID.

Je ne souhaite pas abuser de votre temps, mais sachant combien vous êtes occupé, je souhaite vous remercier chaleureusement pour avoir pris le temps de me lire et de me répondre. Je tiens également à m’expliquer au cas où je me serais mal exprimée et vous aurais induit en erreur avec mes propos. Je ne cherchais pas à remettre en question la gestion de la crise de la COVID dans son ensemble.

Il y a quelques années, dans un contexte plus large (hygiène alimentaire), j’avais moi-même plaidé en faveur de certaines mesures préconisées dans la gestion du COVID. Par exemple, dans le livre Les Invisibles (ci-joint), écrit pour les enfants de 6 à 99 ans, j’avais tenté de faire découvrir aux lecteurs le monde invisible des microbes (dont les virus), les risques sanitaires plus ou moins graves selon les vulnérabilités, les modes de transmission et les mesures d’hygiène telles que le lavage des mains et l’auto-confinement en cas de maladie. Si tout n’est pas dit dans ce roman scientifique qui par ailleurs a reçu l’aval des experts, il a le mérite d’offrir une opportunité de discussion avec les enfants et de leur éducation sanitaire sur la base de la compréhension des risques. Le livre avait bien été accueilli par les enfants, mais, malheureusement, les ministères de l’éducation auxquels j’avais envoyé un exemplaire ont estimé qu’un tel enseignement n’est pas nécessaire en Suisse.

Avec ma lettre, je cherchais à contextualiser le débat d’Infrarouge sur la question de la réticence de la population à se faire vacciner et débattre sur la racine de cette problématique. Je voulais souligner que pour convaincre les indécis, la stratégie consistant à sanctionner les non-vaccinés ou à les inciter par de l’argent, comme a récemment suggéré M. Berset, et à les stigmatiser était contre-productive.

A mon avis, il faut aller plus loin dans l’analyse de la raison de leur refus et la compréhension de leur perception. Je crois que dans une démocratie, où nous sommes fiers d’avoir la liberté d’expression, nous devrions respecter les opinions diverses et ne pas étiqueter les gens et les réduire à des « conspirationnistes » comme le font certains médias.

Il est certain qu’en raison des pressions et des menaces de l’État, certaines personnes se sentiront obligées de se faire vacciner. Cependant, ce qui n’est pas fait par conviction et volonté, mais par obligation, n’est pas durable. Une situation qui aura des répercussions à long terme et qui développera des comportements d’opposition, et donc des effets négatifs plus conséquents.

La question que l’on doit se poser est la suivante : peut-on pêcher en eau trouble et polluée ? Je suis d’opinion que pour comprendre la partie de la population réfractaire, il faut regarder plus loin que dans le manque de confiance dans le vaccin lui-même. La méfiance au vaccin résulte du manque de confiance dans notre système de gouvernance. Ainsi, peu importe les arguments scientifiques, la perception et l’acceptation des risques sont autres. C’est la leçon de toutes les crises sanitaires.

Lorsque j’examine le profil des personnes peu enclines à se faire vacciner, je constate qu’une partie d’entre elles sont des personnes qui ont fait l’expérience de l’injustice sociale, de la corruption du système, du manque de transparence. Ainsi que de l’ostracisation de ceux qui dénoncent les crimes et les violations de nos valeurs et de nos droits, comme Julian Assange. De l’impunité des personnes au pouvoir, des situations de conflit d’intérêts et de la connivence des États et des organisations étatiques avec le secteur privé. A ce sujet, je vous invite à voir ma lettre à M. Bill Gates.

En résumé, pour que la population accepte le poisson, ne faudrait-il pas assainir l’eau dans laquelle il est cultivé ?

Il y a ensuite la question de la sécurité des vaccins, elle-même, que vous avez abordée dans votre lettre. Mon point de vue est que pour garantir la sécurité/l’efficacité d’un agent proposé à la population, nous devons disposer des données nécessaires. Dans ce contexte, les données des laboratoires elles-mêmes ne sont pas suffisantes. D’abord, parce que les laboratoires peuvent faire des erreurs ou sous la pression du temps et la concurrence court-circuiter les recherches, ou encore manipuler les données, comme cela s’est produit à de nombreuses reprises. Ensuite, le monde réel peut être différent des conditions des recherches dans les laboratoires, et c’est cette campagne de vaccination à grande échelle qui nous apportera la réponse dans quelques années.

Également, comme vous le savez, pour certaines maladies, les effets négatifs peuvent apparaître après plusieurs années. Les données d’une année ne sont donc pas suffisantes pour connaître tous les faits concernant la sécurité du vaccin à long terme. Comme la question de « Post Marketing Surveillance (PMS) » et le système de « Vaccine Adverse Event Reporting System (VAERS) » auquel vous faites allusion. Même avec des maladies classiques, connues de longues dates, les systèmes de surveillance ne sont pas toujours fiables et parfois même sujette à de fausses interprétations comme j’ai fait l’expérience avec les médecins cantonaux vaudois (Voir ci-joint page 4 de l’article Food safety: What is the Role for Gastroenterologists? ). Alors, avec un nouvel agent pour lequel a priori on ne connaît pas ses effets adverses et on les découvre au fur et à mesure de la vaccination, il est normal que, dans une si courte durée, le système de surveillance des effets indésirables ne soit pas encore tout à fait au point. L’article de US Centers for Disease Control and Prevention Understanding vaccine safety information from the Vaccine Adverse Event Reporting System (ci-joint) donne plus de précision sur ce sujet et indique que les informations récoltées peuvent être biaisées et incomplètes.

Enfin, il y a toujours cette question épineuse à laquelle on n’a pas encore répondu à la population : Qui garantit le vaccin ?  L’industrie pharmaceutique ou l’Etat ? Comment un citoyen suisse peut-il porter plainte contre un géant comme Pfizer en cas d’effets négatifs graves ? Quelles sont les possibilités de recours dans de tels cas, dans l’état actuel du système judiciaire ? Des questions qui demandent l’examen de notre système de gouvernance et des leçons pour l’avenir.

Pour les raisons ci-dessus mentionnées, j’apprécie qu’en Suisse, le vaccin ne soit pas obligatoire et qu’il soit mis à la disposition des personnes pour qui le rapport bénéfice/risque est favorable ou qui se sentent plus rassurées par la vaccination. En même temps, j’espère qu’avec une telle politique on respecte la décision des citoyens qui préfèrent s’abstenir pour les raisons citées ci-dessus. Car la santé est un état complet de bien-être physique, mental et social et ne consiste pas seulement en une absence de maladie ou d’infirmité (OMS).

Je reste à votre disposition pour développer ces questions. Je vous prie de recevoir, cher Monsieur, mes respectueuses salutations.

Yasmine Motarjemi, PhD

P.S. Cher Monsieur, vu l’importance et l’actualité du sujet dont nous débattons je souhaiterais diffuser mon opinion plus largement et Infoméduse le journal en ligne de M. Christian Campiche l’accepterait. J’espère que vous n’y verrez pas d’inconvénient.

CC : M. Christian Campiche, Rédacteur-en-chef de l’Infoméduse

Pièces jointes :

Le livre : Les Invisibles. Elstir Editions, 2010

Articles:

Varricchio, F. et al. Understanding vaccine safety information from the Vaccine Adverse Event Reporting System. Pediatr Infect Dis J. 2004 Apr;23(4):287-94.

Motarjemi, Y. Food safety: What is the Role for Gastroenterologists? An Editorial from a WDHD 2011 Steering Committee Member. World Gastroenterology News. Vol. 16, Issue 3, September 2011.

Motarjemi, Y. Vaccin contre le COVID-19, la lanceuse d’alerte vaudoise Yasmine Motarjemi écrit à Bill Gates. Infoméduse 27 Mai 2020 (incl. Public Perception and Trust in time of COVID-19).

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