Tribune libre – Troupes russes, hors d’Ukraine! Troupes US et de l’OTAN, hors d’Europe!


À l’heure où ces lignes sont écrites, personne ne sait sur quoi va déboucher l’inadmissible invasion de l’Ukraine par l’armée russe. Tout est possible. Mais il y a un certain nombre de choses que l’on sait.

On sait que les peuples n’ont aucun intérêt à la guerre. Pas plus pour celle de Poutine contre l’Ukraine aujourd’hui, que pour toutes autres. Le travailleur russe n’est pas l’ennemi du travailleur ukrainien, qui n’est pas l’ennemi du travailleur russe. Le travailleur français, britannique, italien ou suisse n’est l’ennemi ni du travailleur russe, ni du travailleur ukrainien, ni du travailleur des États-Unis.

On sait que tous les gouvernements poussent à l’escalade guerrière. Au point de départ, il y a eu la volonté de l’administration américaine de renforcer l’encerclement militaire de la Russie en poussant à l’adhésion de l’Ukraine à l’OTAN. Une adhésion considérée par le gouvernement russe comme une menace, s’agissant du plus grand et du plus peuplé des pays d’Europe frontaliers de la Russie. Sur cette base, l’escalade s’est enclenchée, dans laquelle Poutine a franchi un nouveau cap avec l’ordre donné aux troupes russes de rentrer sur l’ensemble du territoire ukrainien.

On sait aussi qu’il n’est pas question ici du droit des peuples. L’impérialisme américain a montré ce que signifie pour lui le droit des peuples, en Afghanistan, en Irak, en Libye et partout où ses interventions ont dépecé les nations, disloqué des pays entiers, permis le massacre de populations civiles et poussé à l’exil des millions et des millions d’hommes, de femmes et d’enfants.

Le gouvernement russe n’a rien à lui envier et l’a prouvé à de nombreuses reprises. En particulier, il y a un mois, lorsque les troupes russes sont intervenues au Kazakhstan pour écraser la révolte ouvrière. Remarquons que ni Biden, ni l’Union européenne, ni aucune des puissances capitalistes n’a protesté contre cet écrasement sanglant d’ouvriers soulevés contre les conséquences des privatisations. Il est vrai que pour faire passer les privatisations au Kazakhstan comme en Russie, comme dans l’Union européenne ou aux États-Unis, tous les gouvernements aux ordres des marchés financiers et des multinationales sont prêts à faire cause commune.

Pour justifier l’intervention de ses troupes, Poutine dénonce l’existence de l’Ukraine comme une conséquence de la révolution de 1917. Elle devrait être rebaptisée « l’Ukraine Vladimir Ilitch Lénine », ironise-t-il. Hommage involontaire rendu par Poutine, cet ancien nomenclaturiste – agent de la police politique du stalinisme reconverti aux joies de la privatisation mafieuse – à la révolution ouvrière en Russie. C’est bien elle, en effet, qui a libéré les nationalités opprimées de l’ancien empire tsariste et ouvert la voie à une Ukraine indépendante. Par ce rappel, Poutine dit aux puissances capitalistes occidentales : « Nous sommes dans le même camp, celui de l’oppression des peuples et de la lutte contre le socialisme, ne vous trompez pas d’adversaire. »

On sait qu’il ne s’agit pas davantage de défense de la démocratie et des libertés car, de l’Arabie saoudite au Qatar, en passant par de nombreuses dictatures, on connaît les alliés des « démocraties occidentales ».

Enfin, on sait que l’irruption d’une guerre à l’est de l’Europe est une aubaine. Une aubaine pour l’industrie d’armement qui connaît un essor considérable dans le monde, grâce à des budgets militaires en constante expansion, notamment aux États-Unis et, effet collatéral, une aubaine pour les multinationales américaines du gaz et du pétrole, et leur production de gaz de schiste.

Pour toutes ces raisons, quiconque prétend se situer dans le camp de la paix et de la démocratie et défendre les intérêts des travailleurs et des peuples se doit de combattre résolument l’ordre pseudo-démocratique fondé sur le régime de la concurrence de tous contre tous. Ce qui signifie de combattre tous les gouvernements qui tirent leur légitimité du maintien de l’ordre bourgeois fondé sur l’exploitation d’une gigantesque majorité de l’humanité par une infime minorité de capitalistes et d’oligarques, détenteurs des moyens de production, accapareurs des ressources naturelles et fauteurs de guerre. Car la guerre, c’est leur affaire, ils en profitent et, quand pour des raisons politiciennes, leurs gouvernements et institutions décident de sanctions, comme c’est actuellement le cas, celles-ci s’arrêtent toujours là où la réalisation de leurs propres profits serait menacée. Dans ce domaine, les sanctions qui ont la cote dans ces milieux-là sont connues. Ce sont celles dont les terribles conséquences s’abattent toujours sur les peuples, on l’a vu à Cuba, en Iran, au Vénézuela… Peut-on soutenir les gouvernements et les institutions supranationales, au premier rang desquelles l’Union européenne, qui décident de telles sanctions et prétendre, dans le même temps, défendre les intérêts des peuples et des travailleurs ? Poser la question, c’est y répondre !

La seule position conforme aux intérêts de la classe ouvrière et de l’internationalisme, c’est : pas un sou pour les fauteurs de guerre, pas un centime pour les aventures militaires à l’est de l’Europe, ou ailleurs ! Troupes russes, hors d’Ukraine ! Troupes de l’OTAN, hors de Pologne, de Roumanie, de Lituanie, de Lettonie et d’Estonie ! Non à la guerre et à l’exploitation ! Non à l’union sacrée derrière l’Union européenne inféodée à l’administration US ! Autodétermination des populations russophones du Donbass ! Poutine dégage !

Michel Zimmermann, militant ouvrier, Genève

Photo ©2022 Le Médusé

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