Le journal numérique et artistique Franc-Parler souffle ses deux bougies en banlieue parisienne


Créé en avril 2020 à Gennevilliers, dans la banlieue parisienne, le journal numérique Franc-Parler, partenaire d’infoméduse, célèbre ses deux ans d’existence avec une édition spéciale. Au menu, entre autres pépites d’actualité: Le portrait d’Anne, invalide bretonne qui peint malgré ses douleurs permanentes, des regards français sur la guerre en Ukraine, une analyse du livre d’Eric Sadin sur les dangers liés aux plateformes numériques, une assemblée générale houleuse au sein de la Maison des Artistes…

Le fondateur de Franc-Parler, le journaliste et dessinateur de rue franco-suisse Yann Le Houelleur porte un regard acéré sur le monde de l’information. L’année 2022, il l’anticipe comme celle d’ « une grande explosion… sociale mondiale avec des émeutes partout comme le laissent à penser les événements survenus en Corse… ».

Celui qui se définit comme « profondément humaniste », déplore la perte des valeurs de la gauche, « vendue aux forces d’un libéralisme débridé, comme ce fut le cas pendant le déplorable mandat de François Hollande. La politique n’est plus une affaire d’idéologie mais elle est une lutte féroce pour la conquête des territoires et quels que soient les partis dont ils sont issus nombre  d’élus cèdent trop souvent aux pressions des lobbyistes et des corrupteurs. Je suis plutôt tenté de penser que la vraie frontière en matière politique est celle entre le souverainisme et le mondialisme. Nos Etats doivent reprendre la main sur la gestion de leur propre destin ».

« Quand on prétend agir en qualité d’homme libre, la seule valeur qui compte, poursuit le journaliste, c’est sa conscience, sa volonté de résister aux pressions consuméristes qu’on nous inflige. C’est pourquoi des initiatives telles que celle menée par infoméduse sont exemplaires; on peut lire ce journal gratuitement, sans avoir à passer par le péage ‘abonnement’. Je fais un peu la même chose, vendant des dessins pour certains promus dans Franc-Parler afin de financer celui-ci ».

Cœur réputé généreux, d’une fibre aisément révoltée par les injustices, Yann Le Houelleur a souvent plongé dans la précarité et même des maladies de toutes sortes dues, en partie, aux trahisons et jalousies infondées qu’il a subies. Il a déjà vécu à la rue (peu de temps, fort heureusement) et il sait combien la liberté, à commencer par la liberté de penser, tient à un fil dans un univers où il déclare militer « à sa manière » pour « un monde meilleur où les gens ne soient pas obligés d’avoir du fric et une position privilégiée dans la société pour s’exprimer ».

Cœur vaillant, le journaliste-artiste ne recule pas devant l’adversité pour faire passer ses idées. « Je n’autorise pas cette société malade à me jeter à la poubelle parce qu’à mon âge et en raison de ma condition sociale il me faudrait fermer ma grande gueule », insiste-t-il. « Et je me donne pour mission d’encourager  à travers certains articles le droit à la citoyenneté, me sentant très proche des jeunes qui, contrairement à ce que laissent à penser trop souvent les médias, sont formidables, nombre d’entre eux étant désireux de participer activement à la reconstruction d’un monde que la génération des baby boomers, obsédée par la notion de confort, à saboté d’un point de vue humain, culturel et aussi spirituel » .

Quant au statut juridique de son journal, il est fragile, très fragile. La meilleure façon de l’aider à survivre et poursuivre son journal : lui acheter de temps en temps des dessins qu’il éprouve autant de joie que de peine à réaliser dans l’espace public.

Yann Le Houelleur en plein travail créatif à Paris, mars 2022. Photo DR

Le voici qui résume à l’attention d’infoméduse sa vision de l’information audiovisuelle, celle qui conditionne les jugements de millions de Français:

Les grands médias sont devenus pour certains des puissances occultes qui prétendent nous aider à nous forger une libre opinion alors qu’ils appartiennent pour la plupart à des oligarques, ou même des Etats. Mais en réalité, on nous vend avant tout des pubs, des tonnes de pub, qui ne contribuent aucunement à l’amélioration de notre santé mentale, et j’en veux pour preuve que pratiquement aucune de ces pubs ne s’enracine dans le secteur culturel. La culture est souvent absente de ces chaînes commerciales. Ma conviction est qu’il existe encore de nombreuses formules et concepts à tenter en matière de médias, pour autant qu’on se refuse à penser qu’un « grand média » est un organe de communication (et de formatage des esprits) devant nécessairement compter sur un public très large. L’obsession pour l’audience, c’est une absurdité quand on se montre soucieux de la liberté d’expression. Par ailleurs, il est si facile aujourd’hui, pour peu qu’on dispose d’un minimum de notoriété, de dire qu’on possède sa chaîne youtube. Il en existe énormément en France se livrant une certaine concurrence et je note, abasourdi, que ce sont toujours les mêmes invités qui s’expriment, au fil d’interviews interminables.

Propos recueillis par Christian Campiche

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One Response to “Le journal numérique et artistique Franc-Parler souffle ses deux bougies en banlieue parisienne”

  1. Martin de Waziers 18 mars 2022 at 05:09 #

    Fier de vous deux, chacun d’un côté ou l’autre du Jura pour oser poursuivre la liberté de pensée, la qualité des mots, le partage de la vérité. Merci Christian, merci Yann pour votre persévérance en la matière ! Cheers to you both, Martin

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