Circulez, y a rien à boire? (3) – Le marketing des régies


PAR BENOÎT SAINT GIRONS

Certes, nous avons de la chance à l’échelle de la planète et pouvons être fiers du travail de nos techniciens, parfaitement capables de potabiliser l’eau et de respecter les normes, merci à eux! Mais ne sommes-nous pas en droit, une fois cette quantité d’eau potable assurée, d’être un petit peu plus exigeant en matière de qualité ? Devons-nous nous satisfaire de la manipulation marketing simplement parce qu’elle est officielle ou faite au nom d’une pseudo écologie ? Oui et non car la qualité de notre eau est le premier facteur – via l’hydratation – de notre santé et de notre vitalité.

Si l’eau du robinet est d’aussi bonne qualité que cela, pourquoi alors autant de marketing? Si l’eau n’est que «potable», pourquoi les Régies essayent-elles de nous faire croire à la qualité supérieure sinon exceptionnelle de leurs eaux? Eh bien parce que cela marche! «35 % des clients déclaraient que l’eau était meilleure qu’avant alors que rien n’avait changé au niveau de la production de cette denrée» se vantait en 2014 telle cheffe de produit «Eau de…», spécialiste marketing ayant fait ses armes avec une multinationale des parfums et de la cosmétique.

Mais est-ce vraiment le rôle d’une Régie que de manipuler ainsi les citoyens (via leurs factures et taxes) tout en refusant de répondre à leurs questions qualitatives? La désinformation est-elle acceptable lorsqu’elle vient d’en haut?

Analysons quelques affirmations fantaisistes :

«L’Eau de … est locale, écologique et d’excellente qualité». Locale, certainement, mais une eau polluée et très oxydante à cause du chlore ne peut être qualifiée d’«écologique», sauf à se tromper de définition.

Du grec oikos (maison, habitat) et logos (discours), l’écologie est étymologiquement la science des conditions d’existence dans un environnement donné. Non pas les économies d’énergie (du système) mais ce qui favorise ma propre énergie. De ce point de vue, une eau alcaline et oxydante naturellement rejetée par mon organisme (qui du coup ne boit pas assez) ne peut être considérée comme écologique!

«Bonne pour la santé : contient des sels minéraux variés». Nous sommes hétérotrophes c’est-à-dire incapables d’assimiler correctement les minéraux inorganiques des eaux! Nous ne léchons pas de cailloux et devons, pour nos minéraux, passer par les végétaux. «Les effets bénéfiques de la consommation de ces eaux minérales n’ont jamais été sérieusement prouvés.» écrivait l’OMS en 2000. Au contraire, ces minéraux devront être éliminés via un surtravail des reins. « Buvez – Eliminez !  » …

«L’Eau de … est d’une qualité irréprochable, contrôlée en permanence en laboratoire». Contrôlée certes mais seulement vis-à-vis de normes de potabilité quantitatives et en berne (taux de pesticides, nitrates,…) loin donc de la définition de l’irréprochabilité, « À qui, à quoi on ne peut faire aucun reproche  » . Pas de chance donc avec cet article…

«Avec la canicule, c’est aussi une question de santé publique» a déclaré le Directeur Général des SIG lors de l’installation d’une fontaine à bulles CO2 à Genève en Juin 2022. Aucun animal ou petit enfant ne boit pourtant d’eau gazeuse, naturellement déconseillée pour la santé ou en eau de consommation courante.

Et pourquoi d’ailleurs des consommateurs préfèrent-ils l’eau pétillante? Eh bien parce qu’ils n’arrivent pas à boire avec plaisir l’eau chlorée et alcaline, oxydante et asséchante, qui leur est proposée!

Mais cette communication est pour la bonne cause, diront certains. Elle permet de limiter la consommation de bouteilles plastiques et donc de (presque) sauver la planète… Parler honnêtement de la qualité de l’eau permettrait en effet de supprimer une bonne partie du plastique mais boire de l’eau chlorée est toujours une mauvaise stratégie: on se force à boire ou on ne boit pas assez… ce qui a un impact délétère sur ma santé… ce qui me conduit à terme chez le médecin… ce qui me gave de médicaments… à l’impact écologique désastreux!

La seule stratégie écologique valable est de partir de l’eau du robinet, de la filtrer puis de lui redonner de l’énergie afin de la rendre plus douce et agréable à boire. Alors je bois suffisamment et suis correctement hydraté. Nous sommes mal en point car nous maltraitons l’eau. Améliorons enfin sa qualité et nous irons tous beaucoup mieux!

Consultant en Solutions Ecologiques, l’auteur a publié le livre « La qualité de l’eau » aux Editions Médicis, 2020Cet article est le troisième d’une série de 8.

Photo ©2022 Do

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