PAR PIERRE ROTTET
Or donc le Venezuela a réélu Nicolas Maduro, l’homme qui a pris les commandes du pays après le décès de Hugo Chavez, survenu le 5 mars 2013. Avec l’aide de la fraude? L’opposition l’affirme, le recours à la triche étant hélas fréquent sur le continent.
Son troisième mandat, Nicolas Maduro l’exercera aux dépens de l’ex-ambassadeur Edmundo Gonzalez Urrutia, qui espérait mettre fin à 25 ans de chavisme. Urrutia a remplacé pratiquement au pied levé María Corina Machado, la leader de l’opposition, mais déclarée inéligible par la justice de Caracas en juin 2023.
Nicolas Maduro est aux Vénézuéliens ce que la présidente péruvienne, l’usurpatrice Dina Boluarte, ainsi que son Congrès, sont au peuple péruvien. La comparaison n’est en rien anodine. La pratique de l’autocrate et marionnette de l’extrême-droite Boluarte est à peine moins éloignée de la démocratie que celle de Maduro. Et c’est peu dire.
Des politiciens refoulés au passé peu reluisant
Cela dit, abstraction faite du résultat, l’élection vénézuélienne a révélé certaines ambigüités médiatiques. En témoigne cette dépêche de l’AFP faisant mention d’un groupe de « personnes politiques déclarées persona non grata » par Caracas. Et comme telles refoulées du pays. Le groupe comprenait, citons au mot près la dépêche : « Mireya Moscoso (Panama), Miguel Angel Rodriguez (Costa Rica), Jorge Quiroga (Bolivie) et Vicente Fox (Mexique), fervents critiques du gouvernement Maduro ».
L’Agence de presse se garde de révéler le passé politique de ces personnages. Il est peu reluisant. Pour demeurer poli! Tous placés à l’extrême-droite, ou peu s’en faut, de l’échiquier politique au moment où ils exerçaient le pouvoir dans leur pays. Tous avec nombre de casseroles attachées à leurs basques, pour corruption et j’en passe. Des chantres du néolibéralisme qui ont doublé, voire triplé le nombre des laissés-pour-compte dans leur pays, tout en multipliant et en asseyant les fortunes des possédants.
Mireya Moscoso
Commençons par la panaméenne Mireya Moscoso, accusée de corruption. Tancée en 2004 lorsque la presse révèle qu’elle a dépensé des centaines de milliers de dollars, voire des millions, aux frais de l’État. En vêtements et bijoux de luxe pendant sa présidence, entre 1999 et 2004. Elle offrira une amnistie au terroriste Luis Posada Carriles, condamné à huit ans de prison pour avoir organisé au Panama une tentative avortée d’assassinat sur la personne du leader cubain Fidel Castro.
Miguel Angel Rodriguez
Miguel Angel Rodriguez, président du Costa Rica, de mai 1998 à mai 2002. Corrompu ! Confondu pour avoir reçu de gros pots-de-vin de la Société française Alcatel, en échange de juteuses adjudications de contrats dans le domaine des télécommunications. Néolibéral à outrance, il passe dans l’histoire du Costa Rica pour avoir démantelé l’État social – alors une référence en Amérique latine – et les acquis sociaux des classes sociales les plus démunies de ce pays d’Amérique centrale.
Jorge Quiroga
Jorge Quiroga, vice-président de la Bolivie. Il succédera à Hugo Banzer Suárez de triste mémoire, comme président bolivien du 7 août 2001 au 6 août 2002. Quiroga s’est rapidement imposé sur la scène politique bolivienne. Ministre des finances à 29 ans, vice-président à 37, il sort à 41 ans de l’ombre d’Hugo Banzer, responsable d’une dictature militaire sanglante dans les années septante. Quiroga libéral convaincu et pratiquant, imprégné de culture nord-américaine, n’a pas su affronter la réalité sociale d’un pays dans lequel on compte 70 % de pauvreté. Laquelle touche surtout des « campesinos » de langue aymara, délaissés et discriminés par l’élite politique blanche.
Vicente Fox
Vicente Fox, président mexicain du 1er décembre 2000 au 30 novembre 2006. Un très proche de l’Américain Bush Jr. Avec lui, il soutient en 2002 l’établissement de « L’US Northern Command », un des onze « Commandements unifiés de combattants » dépendant du département de la défense des États-Unis, mettant ainsi son propre pays sous la tutelle militaire de Washington. Fox appellera les Argentins à voter en faveur de Javier Milei peu avant l’élection de ce dernier, en décembre 2023. Un Milei tellement à droite qu’à côté de lui, un Bolsonaro ou un Trump passent pour être des gauchistes. Une comparaison exagérée? A peine!
La dépêche de l’AFP, faisait en outre état du refoulement à l’aéroport de Maiquetía, près de Caracas, de dix députés et eurodéputés du Parti populaire espagnol, des nostalgiques du franquisme, souvent alliés au Parlement avec le mouvement extrême Fox. Elle notait aussi la présence de deux autres personnages, un député colombien et un autre équatorien. Du même bord politique!
L’anecdote de la fausse info d’agence
Impossible à ce stade de finir cette « Lettre a un ami » sans une anecdote révélatrice de la manière de travailler qu’ont parfois les grandes agence de presse. Pour avoir exercé mon métier de journaliste pendant longtemps en qualité de correspondant à Lima, j’en sais quelque chose. Je travaillais dans les locaux de l’AFP, sise à l’époque à la rue Jiron Lampa, dans le vieux Lima. Je vous la narre brièvement.
Une après-midi, le directeur de l’Agence me tend un communiqué émanant du palais présidentiel affirmant qu’une colonne du Sentier lumineux – mouvement maoïste de guérilla – avait massacré un village de campesinos dans la Sierra péruvienne. Un communiqué aussitôt transformé en dépêche destinée au monde. Sans vérification aucune. Communiqué que je me refusai de transmettre aux médias suisses, le temps de vérifier l’info. Le lendemain soir, j’interviewais l’unique survivante de ce massacre. Une tuerie d’État perpétrée en toute impunité par l’armée. Par les hommes de la « marina de guerra » du Pérou. Deux jours après, l’AFP se voyait obligée de rectifier. Mais la fausse info avait fait son chemin dans l’opinion publique…


Il est quand même assez étonnant que la plupart des observateurs « interdits de séjour » au Venezuela soient de droite, d’extrême-droite ou conservateurs. N’y avait-il donc aucun observateur de l’UE ou de l’ONU ? Enfin, si des observateurs dits « de gauche » étaient présents, ont-ils des commentaires à faire sur le déroulement de ces élections ?
Je trouve assez désagréable cette façon qu’ont certains auteurs d’articles publiés par Infoméduse de ne pas répondre aux questions des lecteurs. On se demande si c’est volontaire ou non, s’il y a un refus de dialogue ou bien s’il s’agit d’une attitude désinvolte doublée d’arrogance à l’égard de celles et ceux qui posent des questions relatives à l’article publié.
Très personnellement, mais je ne suis sans doute pas le seul à formuler de telles réserves, je pense que l’auteur de cet article fait la part trop belle à une détestation de tout ce qui peut évoquer l’extrême droite, et il faudrait d’abord nous expliquer ce qu’est véritablement cet extrémisme de droite. Du journalisme à l’art du pamphlet, il n’y a qu’un pas. Noyée dans un déluge de détails, cette phrase a retenu mon attention: « La pratique de l’autocrate et marionnette de l’extrême-droite Boluarte est à peine moins éloignée de la démocratie que celle de Maduro. » Le correspondant au Brésil que je fus et le journaliste que je reste ne peut que poser la question suivante: en quoi Maduro est-il éloigné de la démocratie: et c’est là où réside une info restée sans réponse. Le scandale, en ce qui concerne le Venezuela, ce ne sont pas tant les liens de personnalités politiques déclarées persona non grata par Caracas mais le maintien au pouvoir, à Caracas même, de dictateurs et de tyrans baignant dans le marxisme dont nous aimerions savoir comment elles ont pu laisser basculer dans la pauvreté extrême un pays qui avait tout pour s’extraire du sous-développement grâce à d’extraordinaires ressources pétrolières. Ce serait ça, la vraie info: avoir pillé la compagnie PDVSA pour financer des programmes sociaux sans précédent à des fins électoralistes. Ainsi que je le rappelle dans le journal numérique Franc-Parler: PDVSA a été si mal gérée qu’elle n’est plus en mesure d’investir dans la modernisation de des équipements, d’où une baisse drastique de la production. A l’arrivée au pouvoir d’Hugo Chavez (1999-2013), PDVSA produisait plus de trois millions de barils par jour. En janvier 2022, la production avait chuté à un million de barils par jour. Cher Monsieur Pierre Rottet, seriez-vous disposé à rédiger un papier à ce sujet, un sujet si délicat qui montre à quel point la gauche excelle dans l’art de la déformation de certaines réalités? Par avance, MERCI.