Pourquoi Léonard de Vinci fut un Médicis

PAR BELISAIR *

Le vendredi 26 juillet 2024, l’une des images les plus marquantes de la cérémonie d’ouverture des Jeux Olympiques d’été à Paris, les trente-troisièmes de l’ère moderne, fut la reprise par le Français Thomas Jolly de la Cène de Léonard de Vinci. Indépendamment de toute polémique – ce n’est pas le propos ici – le choix de la fresque et les réactions mondiales, de toutes sortes, ont démontré, une fois encore, une fois de plus, la place du Génie de la Renaissance dans la mémoire collective mondiale. Comme un membre de la famille de chacune et chacun d’entre nous. 

Des origines floues

Mais par la cruelle ironie du sort dont l’Histoire est si souvent capable, un des hommes les plus célèbres de tous les temps a lui-même des origines floues. Origines floues qui ont suscité de nombreuses recherches, plus ou moins sérieuses et parfois très éloignées des thèses officielles ( origine chinoise, extraterrestre…).

Carlo Vecce, universitaire italien considéré comme le plus grand spécialiste de Léonard, a ainsi révélé en 2023 avoir la preuve que Caterina, la mère du Toscan, « était une femme enlevée dans son pays d’origine dans les montagnes du Caucase, vendue et revendue plusieurs fois à Constantinople et Venise » ( Corriere della Sera, 14 mars 2023). 

Le Clos Lucé confirme depuis l’information en précisant sur de grands panneaux à l’adresse des visiteurs que « de nouveaux documents ont finalement permis d’identifier Caterina. Née en Circassie (…) à l’ouest de la Mer Noire, elle serait la fille du prince guerrier nommé Yacov, chef de clan ».

Sa mère fut une princesse slave

Le Clos Lucé, dernière résidence de Léonard de Vinci, affirmant aujourd’hui de façon certaine que sa mère était une princesse slave. Nous aurions signé des deux mains pour un tel accueil en livrant cette information dans notre roman historique publié en … 2012. Nous y écrivions que la jeune princesse slave avait probablement rencontré Pierre, le père de Léonard, au Concile de Florence en 1439. Les dates coïncident là encore avec les affirmations récentes de Vecce et du Clos Lucé, qui écrit, toujours à l’intention des très nombreux admirateurs du Maestro, que Caterina aurait été « capturée vers 1439 (…), enlevée puis vendue comme esclave à Constantinople, à Venise, puis à Florence (…) ». 

Dans notre roman, « La Vérité Vaincra », nous indiquions que cette Caterina, jeune princesse slave, n’était pas parvenue en Italie en esclave, mais protégée par des cardinaux italiens. La forme du roman nous permettant de combler les manques de ressources documentaires. Une précision fondamentale toutefois, ce roman s’intitulait en complément «  Les Médicis m’ont créé, les Médicis m’ont détruit », phrase tirée des Carnets de Léonard de Vinci. Car plus que Caterina, dont la trace a été très difficile à trouver, Carlo Vecce ne pouvant ici nous contredire, c’est le père de Léonard de Vinci que j’ai recherché à travers certaines contradictions et incohérences du récit officiel. 

Reprenons-le un instant.

Léonard de Vinci (italien : Leonardo di ser Piero da Vinci, dit Leonardo da Vinci), né le 14 avril 1452 du calendrier actuel — le 15 avril 1452, date de l’époque — à Vinci (Toscane) et mort le 2 mai 1519 à Amboise (Touraine), est un peintre polymathe toscan, simultanément artiste (…). Enfant naturel d’une paysanne, Caterina di Meo Lippi, et d’un notaire, Pierre de Vinci, il est élevé auprès de ses grands-parents paternels dans la maison familiale de Vinci jusqu’à l’âge de dix ans ( Wikipedia, 18/08/2024).

La mère, nous l’avons écrit, est donc de plus en plus connue et documentée malgré la non remise à jour du principal site de vulgarisation scientifique, du moins le plus célèbre. 

Le père, un notaire toscan?

Le père? Officiellement, il s’agit de Pierre de Vinci, notaire important à Florence comme la majorité de ses ancêtres, sauf son père  Antonio qui choisit d’être fermier. Cet Antonio élève Léonard comme son fils et est même présent au baptême de Leonardo, à la différence des parents du futur Génie italien. Antonio qui signe justement l’Acte de Baptême, aujourd’hui la propriété de la ville d’Amboise, document officiel issu d’un livre notarial familial, voilà qui ne laisse pas de surprendre. Mais ce n’est pas la seule surprise, et nous avons tenté de faire preuve de « rigueur obstinée », ce sont des mots de Leonard, tout au long de nos recherches afin de comprendre et éclairer  les contradictions et manques du récit officiel. Nous avions déjà rendu compte une première fois de nos théories et de notre roman dans un article paru en juillet 2015 dans InfoMéduse.

Nous laissons le lecteur curieux y redécouvrir ou découvrir les éléments multiples m’ayant conduit à élaborer cette hypothèse très audacieuse et pour laquelle il est quasiment impossible de découvrir une preuve « officielle ». Nous avons pourtant décidé de livrer dans mon nouveau roman paru en février 2024, sous le titre de «Léonard de Médicis» (Librinova), et sous le nom de Belisair, un nouvel élément, quasiment une preuve. Ce roman reprend en partie seulement le premier.

Nous répétons souvent à nos étudiants, quel que soit leur âge, que le contexte est le meilleur ami de l’historien. Nous n’aurions jamais cru que cette phrase était également à prendre au sens propre. Nous avons écrit plus haut, et il y a 12 ans, que Caterina avait probablement rencontré Pierre, le père de Léonard, au concile de Florence, en 1439. Mais nous évoquions Pierre de Médicis, le fils de Cosme et père de Laurent le Magnifique, au surnom bien moins glorieux de « Pierre le Goutteux », né en 1416 et mort en 1469. Pas le notaire Piero da Vinci, qui étonnamment, ou pas, rejette (une seconde fois, après le baptême, soit à deux des moments les plus sacrés de l’existence, naissance et mort) son fils Léonard, déjà très connu alors, de son testament. 

Les portraits des Médicis

Cortège des Mages, vision idéalisée de Laurent le Magnifique, Benozzo Gozzoli, Florence, 1459

Pierre de Médicis, grand amateur des arts, est à l’origine de la superbe fresque en l’honneur de sa famille, à Florence, réalisée par un très proche, Benozzo Gozzoli, dans la Chapelle des Mages du palais Medici-Riccardi. Le Cortège de Gaspard, sur la face est,  est ainsi une version idéalisée du jeune Laurent, à tel point que l’image servit de couverture au livre de Jack Lang sur Le Magnifique.

Mais les experts ont établi que cette fresque contenait justement les portraits les plus remarquables, celui de Cosme, la figure vénérable, celui de Pierre, derrière. Mais aussi, bien plus réalistes, et conformes à leur âge d’enfants, les portraits de Laurent et son frère Julien, placés devant un Gozzoli quelque peu hautain et qui n’hésite pas à fixer le spectateur. Si Léonard de Vinci est un Médicis, il doit donc être sur la fresque… Encore un peu de patience. Intéressons-nous d’abord aux rapports quelque peu ambigus entre Laurent dit le Magnifique et Leonardo. Quasiment le même âge et le même attrait pour les arts ou presque et des liens si ténus, voire inexistants. Le critique d’art Serge Bramly se pose même la question, et de facto nous aussi. Pourquoi si peu de proximité, commandes, liens? Une raison inconnue, une jalousie réciproque?

Un garçon à la figure si triste…

Détails de la fresque Est du Cortège des Mages, avec les représentations de Cosme, de Pierre, de Laurent, de Julien de Médicis, de Gozzoli, et de Léonard….

Ils devraient pourtant être proches, et ils le sont, pour Gozzoli au moins, intime de Pierre. La réponse est sous nos yeux, comme pointée par l’oreille droite du cheval blanc, au centre. Ce garçon derrière Laurent (coiffe rouge),  et Julien (coiffe rouge clair) derrière Laurent et Julien (les deux portant coiffe rouge), si discret, indiscernable d’emblée, à la figure si triste, est d’après nous Léonard de Vinci, ou Leonardo da Vinci da Medici…

* L’auteur de ce texte est un professeur d’histoire-géographie agrégé  vivant et travaillant dans le Limousin. Après avoir signé en 2012 le livre « La Vérité Vaincra » aux éditions Hugues de Chivré sous le nom d’Abel Arias, il publie cette année  «Léonard de Médicis», une version complétée aux éditions Librinova ( autoédition), sous le nom de Belisair.

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