Après quatre scrutins, les cardinaux ont élu le successeur du pape François. Il s’inscrit dans sa continuité après en avoir été un proche collaborateur. Natif de Chicago, le plus latino des Américains, ce religieux de 69 ans a passé 20 ans au Pérou, constituant un pont entre Nord et Sud. Il poursuit la quête des périphéries, démarrée en Europe de l’Est avec Jean-Paul II, passant par l’Allemagne de Benoît XVI et touchant, 1ère fois au Sud, l’Argentine de François.
Alors que ce dernier nous a quitté à Pâques, le conclave élit, un 8 mai-armistice WWII, ‘un bâtisseur, un pasteur, un qui incarne le visage d’une Église samaritaine’. Robert Francis Prevost était celui-ci, de par ses 20 ans de mission sacerdotale auprès des déshérités des régions où il exerçait. Des origines Euro à sa naissance US, il incarne l’extension du centre vers les périphéries et pourrait marquer l’ouverture vers un successeur asiatique ou africain.
Grand expert du droit canonique
L’Ordre de Saint Augustin auquel il appartient est un mendiant, contemplatif et apostolique. S’il s’inscrit dans un certain progrès (pro-gressus, la marche en avant), Léon XIV est un des grands experts du droit canonique ce qui rassurera les conservateurs. D’ailleurs, imitant la salutation propre à St François, ‘Pace e Bene’, le Pape a ouvert sa 1ère allocution par : ‘La paix soit avec vous ! Que ce premier salut de paix puisse habiter vos cœurs, vos familles.’
En ces temps de guerres et profonde polarisation, le conclave voulait aussi ‘un Pape de la miséricorde, de la synodalité et de l’espoir’. Léon XIV a abondamment cité l’Exhortation apostolique de François, Evangelii gaudium, dans son 1er discours aux cardinaux qui sont ‘un grand réconfort dans l’acceptation d’un fardeau qui est manifestement bien au-delà de mes forces’ : primauté du Christ, sensus fidei, mission, conversion, piété, dialogue commun !
Question sociale primordiale
Si je m’étais permis de surnommer François de PAPE F (Paix, Amour, Pardon, Espérance, Fraternité), il semblerait que Léon XIV s’inscrive dans sa suite ; n’est-il pas allé, dans la foulée de son élection, s’incliner devant la tombe du défunt ? Aussi à la suite de Léon XIII, avec l’encyclique historique Rerum novarum, qui avait, dès le 19ème s., abordé la question sociale, développée dans la Doctrine Sociale de l’Eglise et le respect de la dignité humaine.
En 1891, Léon XIII dénonce le collectivisme, encourage la propriété privée, gage de l’ardeur au travail et de la prospérité de tous, dans le respect de chacun ! Avec la financiarisation de la fin 20ème s., la question sociale est devenue primordiale ; la révolution numérique et l’IA bouleversent l’économie et la société. Léon XIV veut encourager les disciples du Christ à agir par amour inconditionnel et en missionnaires de la Bonne Nouvelle, comme au Pérou.
Léon XIII a une autre influence, celle de sa dévotion à ND du Bon Conseil, qu’il partage avec toute la famille augustinienne à laquelle appartient Léon XIV. Avec douceur et méditation des deux cœurs de la Vierge à l’Enfant, l’icône de Genezzano apporte transformation intérieure, par la lumière, l’écoute et le discernement. Léon XIV a marqué le coup en allant la prier ; son blason papal montre aussi la fleur de lys mariale et le Sacré-Cœur de Jésus sur une Bible.
Rameuter de vrais pasteurs
Léon XIV, un pape tout en synthèse, héritier de François pour fédérer l’Eglise et le monde, a conservé sa devise épiscopale comme papale : in illo uno, unum, soyons un dans l’unité (de Dieu). Si le dialogue œcuménique a également été évoqué par les Cardinaux, la date de Pâques commune cette année à tous les chrétiens conservera-t-elle ce caractère à l’avenir ? Et les 1700 ans du 1er grand concile à Nicée, mi-mai, sera-t-il l’occasion de marquer l’unité ?
Léon XIV peut s’appuyer sur son ancien rôle au Dicastère pour les Evêques pour avoir leurs soutiens indéfectibles dans les diocèses qu’ils administrent. Sa vie missionnaire audacieuse l’a préparé à rameuter de vrais pasteurs. Son humilité et sa sérénité transparaissent dans son visage et vont pacifier les foules, à l’image de ses premiers mots. Sa participation active à la synodalité des 3 dernières années augure bien d’un Pape Pasteur, primus inter pares !
©Martin de Waziers, Bruxelles


