Dans une France en plein naufrage, un pèlerinage sans précédent (1/3)

L’état de santé de l’Eglise catholique dans l’Hexagone a longtemps préoccupé ceux qui s’inquiètent de la montée en force de «religions concurrentes». Elle semble regagner un peu du terrain perdu, ainsi qu’en témoignent la progression du nombre de baptêmes et le succès remporté, il y a peu, par un pèlerinage organisé à Argenteuil, une ville de la banlieue de Paris.


Argenteuil, la Basilique Saint-Denys. Dessin ©2025 Yann Le Houelleur

Par Yann Le Houelleur, à Argenteuil (Banlieue de Paris)

Considérée comme « la fille ainée de l’Eglise», la France  est en train de vivre une certaine prise de conscience, lourde de conséquences. La déchristianisation observée tout au long des décades écoulées n’irait-elle pas de pair avec un effondrement du niveau culturel ? Tout se passe comme si, conformément aux brusques changements démographiques,  la religion musulmane boutait hors de ses terres le catholicisme, celui-ci souffrant également de la vitalité des églises protestantes. «Si rien n’est fait pour inverser les choses, la chrétienté aura déserté toute une partie de l’Europe », s’est inquiété le roumain George Simion, interrogé par la rédaction de la chaine de télé CNews. Chef de file de l’Alliance pour l’Unité des Roumains, un parti de la droite souverainiste, il était jusqu’à dimanche soir le grand favori dans la course électorale à la présidence de la Roumanie.

La déferlante de l’immigration qui effraie bon nombre d’Européens donne du carburant à ceux qui tirent la sonnette d’alarme quant aux déséquilibres sociaux-culturels causés par l’influence croissante de la communauté musulmane en Europe, sachant que notre vieux continent a été façonné par des siècles de foi chrétienne. Cela ne fait que raviver des tensions voire des confrontations dans plusieurs pays, en particulier la France.

Une longue liste d’actes odieux

La fille ainée de l’Eglise est désormais le théâtre d’une passe d’armes acharnée entre ceux qui redoutent une «christianophobie» rampante et ceux, à commencer par le parti d’extrême gauche LFI, qui dénoncent l’islamophobie. L’Eglise catholique est la cible de moult offensives plus ou moins coordonnées : religieux menacés de violences abominables (un prêtre, Jacques Hamel, a même été assassiné en 2016, dans la banlieue de  Rouen),  critiques acérées contre le réseau des écoles catholiques, actes ignobles de profanation d’églises et de cimetières, campagnes visant à décrédibiliser le clergé dans le cadre de la lutte contre la pédocriminalité, etc.

Pourtant, ces dernières années, dans l’Hexagone, un nombre record de baptêmes a été enregistré. A Pâques, 10.000 personnes ont été baptisées. Les médias, souvent si prompts à  décortiquer des statistiques, font état d’une progression de 45 %.

«Famille chrétienne» a publié, en date du 10 avril 2024, un article intitulé «le nouveau bond  spectaculaire des baptêmes d’adultes et d’adolescents». Un court extrait : «En l’espace de deux ans, les chiffres du nombre de baptisés ont donc doublé. Treize diocèses enregistrent même une progression supérieure à 100 %, qu’il s’agisse de territoires urbains, ruraux ou de villes moyennes.»

Une renaissance encore frêle de l’Eglise semble se confirmer dans un pays où elle a souvent été si maltraitée, à tel point que l’espoir fut grand de voir un cardinal français accéder aux plus hautes fonctions lors du Conclave en 2025. Jean-Marc Aveline était un proche du pape François qui l’avait promu cardinal de Marseille en 2022, ce qui lui valait d’être considéré comme l’un de ses probables successeurs. Il avait préparé la visite papale à Marseille, un méga évènement couronné de succès qui fut l’un des derniers déplacements hors l’Italie. Mais dans l’Hexagone, le clergé et les croyants peuvent se consoler de ce revers en apprenant que Léon XIV, porte un nom aux résonnances éminemment français, Robert Francis Prevost, et que du sang tricolore coule dans ses veines : né en 1955 à Chicago, le nouveau souverain pontife est le fils d’un père d’origine tout à la fois française et italienne.

Entre réconfort et déception

Tout se passe comme si l’évolution actuelle d’une France constamment, au cours de son histoire, au bord de la révolution devait susciter une double réaction auprès du Saint-Siège : le réconfort et la déception.

Déception d’abord : le dynamisme de la communauté catholique et la profusion de médias qui militent en faveur de la foi (le quotidien «La Croix» édité par Bayard Presse, la chaine d’info en continu CNews, Radio Courtoisie, etc.) n’ont pas empêché le parlement de valider une loi sur la fin de vie contraire au dogme de l’Eglise en la matière. Il en avait été de même lors de la promulgation du «mariage gay» pendant le mandat de François Hollande.

Le pèlerinage de la Sainte Tunique à Argenteuil se déroule à un rythme irrégulier. Photo YLH



Réconfort ensuite : dans toute la France foisonnent des pèlerinages, dont plusieurs de grande ampleur, parmi lesquels celui de la Sainte Tunique à Argenteuil qui se déroule à un rythme irrégulier.
Pendant trois semaines, à cheval sur les mois d’avril et de mai, des dizaines de milliers de fidèles ont afflué vers la basilique Saint-Denys qui héberge cette relique si précieuse. Et pour cause : des analyses (pollens, tissage, groupe sanguin) très poussées ont démontré que la tâche de sang demeurée intacte était authentique. En laine de mouton, la tunique aurait donc été portée par le Christ au pied de la Sainte Croix, en vertu de la description faite par les Evangiles.

Un service d’ordre impressionnant

L’un des bénévoles au service de l’Ordre du Saint-Sépulcre, que nous avons interrogé dans la basilique même, à la suite d’une messe en latin, nous a expliqué : «La Sainte-tunique est si fragile que nous bannissons les photos faites à l’aide d’un flash. Bien évidemment on ne saurait la toucher ou même l’effleurer de la main. En temps normal, elle est conservée, enroulée, dans un local à proximité de l’autel. La légende veut que cette pièce d’une valeur inestimable ait été interceptée, à une époque si lointaine, par l’Empereur Charlemagne qui l’a confiée à sa fille… »

Dès lors, on peut comprendre les raisons pour lesquelles un nombre impressionnant de policiers et de soldats ont veillé au maintien de l’ordre dans toute la ville d’Argenteuil pendant ces trois semaines à haut risque. Police Nationale, police municipale, CRS (Compagnies républicaines de sécurité) en provenance de toute la France), Soldats de l’Opération Sentinelle patrouillant dans les rues des grandes villes, agents de sociétés de sécurité privées : jamais auparavant Argenteuil n’avait été le théâtre d’un tel déploiement d’hommes en uniforme portant  – signe des temps – des armes.

Jamais auparavant Argenteuil n’avait été le théâtre d’un tel déploiement d’hommes en uniforme.
Photo YLH

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