Je suis arrivé pour la première fois à Budapest en juin 2002.
A peine descendu du train, dans la fournaise estivale de la gare de Keleti, j’ai eu un sentiment de liberté et de créativité incroyable.
23 ans plus tard, je suis toujours à Budapest et mes premières intuitions n’en finissent plus de se vérifier.
Depuis une quinzaine d’années, à chacune de mes conférences, interviews, rencontres à l’étranger, on me demande : mais que fais-tu en Orbanistan ? Comment un décroissant comme moi peut-il survivre dans une Hongrie qui semble suffoquer ?
Difficile de répondre, tant l’image de la Hongrie n’a rien à voir avec mon quotidien, tant l’image du pays a été malmenée par un Orban aussi cynique en politique qu’habile en communication. Il ne s’agit ni de romantiser ni d’ignorer qu’Orban a une base électorale, certes minoritaire mais forte.
Un écosystème incroyable
Mais elle est bien loin de représenter la Hongrie que je connais bien et que j’aime. Cette Hongrie attachée à la liberté comme elle avait pu le montrer par le passé notamment en 1848 et en 1956.
Cette Hongrie, j’y vis depuis des années, en particulier à Budapest, au sein d’un écosystème incroyable, fait de solidarité et de créativité, de fêtes et de célébrations. Sans le vivre, il est difficile d’expliquer cette âme particulière et cette saveur liberté magique qu’elle procure.
Ce samedi 28 juin, toutes les caméras d’Europe étaient braquées sur Budapest et la Pride.
Quelle Hongrie allions-nous voir, celle rabougrie, toujours plus minoritaire, mais sur-représentée dans les médias depuis 15 ans ?
Ou celle que je connais bien et qui me rend heureux, dans laquelle j’ai fait ma vie ?
Une journée historique de communion, de joie, de paix
Avec cynisme, avec calcul politique minable, Orban a annoncé au début de l’année que la Pride n’aurait pas lieu. Il souhaitait diviser le pays, il l’a réunit. Il souhaitait aussi pousser la Hongrie toujours plus loin de l’Europe, il a refait de Budapest la capitale de celle-ci et de la liberté.
Hier à Budapest, on a partagé une journée historique, une journée de communion, de rire, de joie, d’embrassades, de paix mais aussi de combat pour l’état de droit, la liberté et la tolérance.
Hier à Budapest, un message d’espoir a été envoyé à toute l’Europe. Ces minorités rétrogrades ne doivent plus pouvoir imposer leur médiocrité rétrograde.
Hier à Budapest, j’ai eu plus que jamais la joie et la fierté d’être budapestois !
Merci Budapest, merci la Hongrie.
Vincent Liegey, Budapest


