La Hongrie a un nouveau président

Par Bálint (Valentin) Géza Basilides *, Cserszegtomaj

Comme signalé dans un article précédent, le nouveau gouvernement se sépare des personnalités qui pourraient bloquer le changement de régime. C’est dans ce cadre-là qu’une tragi-comédie s’est déroulée.

Premier acte

Le 12 avril, Péter Magyar président de TISZA, dans son discours de victoire électorale, dit entre autres :

… ceux qui étaient les piliers et les marionnettes du système doivent se retirer de la vie publique.

Son message adressé au chef de l’État :

J’appelle Tamás Sulyok,  à me demander de former, en tant que chef du parti vainqueur, un gouvernement  puis à quitter son poste!

De plus, Magyar n’a pas seulement appelé le chef de l’État à démissionner, mais également une dizaine d’autres dirigeants d’organes ou d’organisations de l’État, comme par exemple le procureur général ou encore le président de la Cour constitutionnelle. Il a déclaré qu’il valait mieux qu’ils partent de leur plein gré, car sinon ils seraient destitués. Il a également promis de rétablir l’indépendance de ces institutions, ainsi que le système de freins et contrepoids. La Hongrie redeviendrait une alliée solide au sein de l’UE et de l’OTAN. Les Hongrois de l’étranger pourraient eux aussi compter sur le gouvernement Tisza.

Deuxième acte

Le 9 mai, lors de son discours d’intronisation, il remet ça :

J’appelle les dignitaires de droit public et les dirigeants d’institutions qui sont devenus – ou ont toujours été – les serviteurs politiques de l’ancien régime à assumer leurs responsabilités, à se retirer, à démissionner dès aujourd’hui ou au plus tard le 31 mai, et que « Tamás Sulyok soit le premier à le faire.

Il a reproché au président de la République de n’avoir rien dit au cours des deux dernières années, ni face aux écoutes illégales de Viktor Orbán, ni face au harcèlement des juges ou des citoyens, et qu’il ne s’était pas mobilisé pour la cause de la protection de l’enfance, et qu’

il n’avait pas réussi à s’exprimer même lorsque le Premier ministre déchu a déversé, à coups de milliards de fonds publics, une haine guerrière sur tous les Hongrois. Il n’a pas opposé la moindre résistance à l’arbitraire juridique ; comment pourrait-il désormais incarner l’unité nationale ? À mon avis, en aucune façon – il est temps de partir, tant qu’il en est encore temps,

a-t-il déclaré en regardant droit dans les yeux Tamás Sulyok, qui l’a écouté jusqu’au bout, mais semblait visiblement mal à l’aise ; un petit sourire embarrassé s’est même dessiné au coin de ses lèvres lorsqu’il a entendu cette mise en garde.

Troisième acte

Le 22 juin 2026, aucune des personnes visées par Péter Magyar n’a démissionné et le premier ministre débute ainsi son intervention :

Forts du mandat reçu, nous entamons aujourd’hui la libération de la Hongrie de la mafia et lançons l’opération Feu purificateur.

Et le 17ème amendement est lancé. Il prévoit entre autres :

Le mandat du président de la République en exercice prend fin, et l’Assemblée nationale élit un nouveau chef de l’État dans un délai de 30 jours.

Quelques jours sont nécessaires pour que le parlement l’approuve. La proposition doit être adoptée par les voix des deux tiers des députés (ce qui ne pose pas de problème car TISZA a plus que 2/3 des sièges), et le président de la République doit la signer dans un délai de cinq jours. Et là c’est paradoxal : le président doit signer une loi qui supprime son mandat.

Quatrième acte

Le 19 juillet, Tamás Sulyok signe l’amendement et du coup met fin à son propre mandat de président. L’intérim est assumé par la présidente du parlement,  Ágnes Forsthoffer.

Un acte raté 

Le 20 juillet, sans consulter ses partenaires, Péter Magyar propose à Judit Polgár, (joueuse d’échec, depuis l’âge de 15 ans grand maître international, personnalité très aimée et respectée en Hongrie) le poste de présidente de la république. Elle refuse.

Les critiques pleuvent. Magyar s’excuse de s’être laissé emporté par son enthousiasme.

Cinquième acte

Le 11 août 2026, András Baka, 73 ans, est élu par le parlement. Le 19 août (un jour avant la Fête nationale), il va entrer en fonction. Cette fois il y a eu un large débat au sein de TISZA. M. Baka est un juriste de haut vol, une personnalité reconnue aussi sur le plan international. Il a une longue carrière de professeur et de juriste. En 2011 il a été destitué par le FIDESZ de son poste de président de la Cour suprême car il s’oppose à la politisation de la justice.

Donc un homme droit et respectable. Tout pourrait aller au mieux si son élection ne reflétait pas la division politique de la Hongrie. 140 oui (les députés de TISZA), 6 non (l’extrême droite), les membres du FIDESZ et de KDNP n’ont pas participé car selon eux l’ancien président a été renvoyé illégalement.

Dommage ! Il semble qu’il y ait des points de vue aussi irréconciliables qu’au temps de l’Affaire Dreyfus.

* Artiste-peintre et écrivain vivant en Hongrie et ayant des attaches en Suisse.

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Un commentaire à “La Hongrie a un nouveau président”

  1. Marc Agron Ukaj 10 septembre 2026 at 14:40 #

    Merci !

    Avec Valentin, c’et toujours limpide. Un grand observateur et un excellent vulgarisateur. Une belle plume.

    Merci

    Marc Agron

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