Un navire suisse perd 13 fûts toxiques en mer


Battage médiatique autour du «Safmarine Léman». Le nom du navire suisse a résonné durant tout le week-end dans les flashes radio et journaux télévisés français. En cause: la perte, le 7 décembre 2006, de 13 fûts contenant des produits toxiques dans l’océan Atlantique entre le Cotentin et le sud de la Bretagne.

Ces bidons métalliques de 200 litres restaient introuvables hier. «Ca m’étonnerait qu’on les repère prochainement, tant la mer est démontée. Ils sont de couleur noire et se confondent avec le gris-vert des eaux», commentait hier le commandant Jean-Marie Figue, officier de communication de la Préfecture maritime de l’Atlantique à Brest.

Un avion des douanes française a survolé la zone où les bidons sont passés par-dessus bord. Une zone qui est immense, le capitaine du navire ne sachant pas exactement où il a perdu les fûts, qui ont été chariés par les vents et courants particulièrement violents ce week-end.

Sept des treize tonneaux contiennent de l’isopropanol et six du toluène. Si elles ne devraient avoir que peu d’impact sur le milieu marin et ne constituent pas un risque de pollution, ces substances sont nocives pour l’être humain. L’isopropanol est un produit explosif, très dangereux pour les voies respiratoires, alors que les vapeurs du toluène sont hautement irritantes.

Au fait, à qui incombe la responsabilité de cet incident? «Voyez avec l’armateur», répond-on du côté de la Préfecture maritime de l’Atlantique. Les barils sont tombés du «Safmarine Léman», en provenance d’Anvers et en route vers le Portugal. Ce porte-conteneurs de 140 mètres de long, construit et enregistré en 2005 au registre des navires suisses, appartient à SCL Léman AG, une société basée à Berne. La gestion du bâtiment est assurée par Enzian Shipping AG à Schlieren (ZH). «Nous ne sommes que les propriétaires. Nous louons le bateau à Safmarine», explique au bout du fil son directeur, Peter Woodtli.

Propriété du groupe A.P. Moller, Safmarine est l’une des plus grandes sociétés d’armateurs de la liaison nord-sud, et la plus importante sur la ligne de l’Afrique. Les 40 navires porte-conteneurs loués ou dont Safmarine est propriétaire transportent annuellement plus de 600.000 tonnes dans 93.000 conteneurs. Parmi les produits acheminés: des voitures, des tracteurs ou encore des produits chimiques.

Pour Peter Woodtli, toutes les mesures de sécurité ont été respectées. Comme le prévoit la réglementation, les fûts remplis de produits chimiques ont été placés sur le pont du navire et solidement amarrés par des professionnels. «On n’a pas le droit de transporter des produits dangereux dans les cales», note Peter Woodtli, qui insiste sur la violence de la tempête vendredi: «Les vagues atteignaient 12 mètres de haut. La vitesse du convoi a été ralentie au maximum.» Une fois remarquée, la perte a été signalée par l’équipage aux autorités maritimes et aux pays côtiers (France, Espagne et Portugal).

Alors, à qui la responsabilité? S’il existe un règlement international sur la pollution des mers, son application est problématique. En effet, les différents acteurs d’un tel incident se renvoient la balle. En l’occurrence SCL Léman et Enzian Schipping sont responsables de la sécurité du transport, et Safmarine de la cargaison à proprement parler. Est encore intervenue l’entreprise spécialisée qui s’est vu confier le chargement et l’arrimage des fûts. De quoi pimenter l’enquête des autorités, qui ont inspecté le bâtiment à son arrivée samedi soir à Viana Do Castelo au Portugal.

A noter que la chute de barils ou de conteneurs du pont de navires marchands est «monnaie courante» durant les tempêtes, regrette Jean-Marie Figue. En février 2006, quatre navires avaient perdu 184 conteneurs en 48 heures au large des côtes françaises.

Article paru dans “La Liberté” du 12 décembre 2006

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