Pourquoi pas?


Admirable, le flegme de la Commission fédérale des banques. Deux grandes banques américaines disparaissent dans un trou noir, la Bourse chute, l’action UBS dévisse, les analystes parlent d’une situation comparable aux années trente, mais tout va bien en Suisse, assure l’autorité de surveillance. La potion magique? Un “fonds d’urgence” de 70 milliards débloqué par les institutions financières. Il empêchera le système de dérailler claironne la CFB.

Pourquoi pas, après tout. Mais il est amusant de constater qu’après avoir joué pendant une décennie le jeu de la mondialisation tous azimuts, les instances officielles font comme si une muraille de Chine séparait tout à coup Wall Street des écrans de la Parade Platz. La crise, si tant est qu’elle ait jamais été déclenchée, restera confinée aux Etats-Unis, un point c’est tout. La CFB met des oeillères sur les réactions en chaîne possibles, un effet domino affectant tant les marchés des actions que ceux des matières premières, les assurances, le crédit.

Berne occulte aussi le contexte psychologique alors qu’au-delà des cotations, c’est bien de l’avenir de la première puissance mondiale qu’il s’agit. Comment réagira le lobby militaro-industriel au formidable défi qui menace les Etats-Unis de l’intérieur? Les généraux tolèreront-ils que des pays émergents comme la Chine, déjà reine des médaillés à Pékin, occupent désormais le devant de la scène?

Une fuite en avant au son des bottes et des tambours est le plus grand danger qui menace la planète. Car si l’histoire ne se répète pas, le dicton n’en affirme pas moins qu’elle bégaie. Or rappelons-nous la chronologie des années post-1929, la grande dépression, la guerre. Plus près de nous, les attentats du 11 septembre ont peut-être été récupérés par les théoriciens du complot, mais il n’en reste pas moins qu’ils ont sauvé l’Amérique d’un désastre économique. L’intervention en Irak a redonné du tonus aux indices en soudant les consciences patriotiques.

Défaitistes? Non, soyons positifs comme la CFB et rassurons-nous avec tel commentateur du “Financial Times” qui prévoit un retour à une banque plus saine, pratiquant des placements de père de famille. Un décor des années cinquante, banquier en pantoufles au coin du feu, Rintintin sur l’écran télé. Des titres Swissair à vie dans son portefeuille. Oui, pourquoi pas?

Editorial paru dans “La Liberté” du 16 septembre 2008

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One Response to “Pourquoi pas?”

  1. Artémis 22 septembre 2008 at 13:22 #

    En lisant un prospectus bancaire sur un fonds Money Market, je ne peux m’empêcher de constater combien le langage de présentation au client est devenu à la limite du bon sens. Exemples:

    – “emprunteurs triés sur le volet” (lesquels? grandes entreprises qui globalisent mais en tout cas pas les petits patrons suisses qui ont de la vision!)

    – “rendements continuellement positifs” (dans la réalité, tout à fait impossible à long terme!)

    – “placement intelligent” (au cas où on douterait de ses capacités, de quoi se valoriser en choisissant ce type de placement!)

    – “très haut degré de sécurité” (il n’y a pas de sécurité dans ce bas-monde, surtout quand il s’agit d’argent!).

    La plupart des gens pensent que, pour ne pas avoir l’air bête, en passant à côté d’une opportunité intéressante, il doivent se lancer dans ce genre d’affaire. Ce faisant, ils finissent quand même par se faire avoir.

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