«On peut bien sauver l’UBS, mais le prochain krach sera encore plus violent»


«Dans un système d’économie de marché, les pertes découlant de l’effondrement d’une banque sont à la charge de ses propriétaires…
PAR CHRISTIAN CAMPICHE
Les banques insolvables ne doivent pas être maintenues à flot avec l’aide de la banque centrale. En pareil cas, la garantie d’une institution étatique serait dangereuse». Qui s’exprimait ainsi, il y a près de dix ans, le 30 novembre 1998? Le Conseil fédéral, répondant à une interpellation au Conseil national!
S’inquiétant des pertes affichées par l’UBS au lendemain de sa fusion avec la SBS, le député thurgovien Wilfried Ernest Gusset demandait s’il était possible d’imaginer, pour maintenir la crédibilité de la place économique et financière suisse, que la BNS puisse être contrainte de soutenir l’UBS ou le Credit Suisse avec ses réserves en or et en devises.
«Risques considérables»
Constatant que «l’existence des grandes banques n’est pas mise en péril», le gouvernement précisait alors qu’«une aide de l’Etat pourrait tout au plus entrer en ligne de compte lorsque des risques considérables (…) pèsent sur la stabilité du système bancaire dans son ensemble et que les coûts économiques d’une liquidation dépasseraient nettement ceux d’un soutien étatique».
Manifestement, ces conditions semblent réunies aujourd’hui puisque le parlement devra se prononcer dans quelques jours sur un plan de sauvetage de l’UBS, prévoyant, on le sait, un soutien financier massif à la banque grâce à un prêt de 54 milliards de dollars octroyé par la BNS, auquel s’ajoute l’apport de 6 milliards par la Confédération. Soit, au total, une somme dépassant le budget national. La Réserve fédérale américaine donnera un coup de main dans un premier temps mais la BNS n’en sera pas moins tenue de la rembourser. D’où cette question capitale: où la BNS puisera-t-elle l’argent? Dans ses propres réserves monétaires?
A fin octobre 2008, les réserves monétaires officielles de la Suisse s’élevaient à 81,73 milliards de dollars, selon Werner Abegg, porte-parole de la BNS. Le chiffre est supérieur à l’estimation donnée par le FMI sur son site: 73,457 milliards dont 37,9 sous forme de devises et 29,5 d’or. Mais dans les deux cas, il demeure relativement modeste en comparaison internationale et surtout mesuré à l’importance du système financier suisse.
En 2006, avant le vote sur l’initiative populaire Cosa, prévoyant d’affecter à l’AVS le bénéfice de la BNS, les responsables de l’institut d’émission le soulignaient à l’envi: la Suisse est en queue de peloton, loin derrière la Chine, le Brésil, l’Inde, mais surtout de concurrents comme Singapour. Le message à la population était clair: ne touchez pas aux réserves de la BNS!
Le danger à long terme…
Aujourd’hui, près de trois ans après le rejet de Cosa, les responsables sont moins minimalistes. «Il est faux d’affirmer que les réserves monétaires de la Suisse sont faibles. Il est juste, par contre, de dire qu’elles ne sont pas excessives», nuance Werner Abegg.
Dès lors que se passerait-il si la BNS se retrouvait avec 60 milliards d’actifs non réalisés sur les bras? Sera-t-elle contrainte d’utiliser ses réserves? Le porte-parole de la BNS concède que «cette possibilité existe». Mais il ajoute aussitôt qu’elle ne lui semble pas réaliste. «Le portefeuille n’est pas composé seulement de titres sans valeur. Il rapporte un cash flow d’environ 500 millions de francs chaque mois. Comme la période qui a été fixée pour permettre la réalisation des actifs se situe entre huit et douze ans, nous avons la possibilité d’attendre, ce qui n’est pas le cas des banques commerciales», commente-t-il. Douze ans, cela laisse certes le temps à l’économie de reprendre des couleurs dans le sillage d’un nouveau cycle haussier financé par la planche à billets américaine. Mais rien ne dit non plus que l’échéance ne tombera pas au lendemain du prochain tsunami.
Professeur honoraire d’économie à l’Université de Fribourg, Walter Wittmann est de ceux qui prévoient, dans quelques années, l’événement qui mettra tout le monde d’accord. En juin 2007, avant le déclenchement de la crise des «subprime», n’avait-il pas déjà écrit un ouvrage anticipant l’effondrement actuel des marchés? Dans nos colonnes, deux mois plus tard (17 août 2007), il se déclarait choqué par l’intervention des banques centrales qui soutenaient le marché, le même scénario qu’en septembre 2001.
Un jeu très dangereux
Aujourd’hui Walter Wittmann analyse avec scepticisme l’injection massive de monnaie pour sauver le système. «Nous aurons une récession en 2009, puis, si tout va bien, une reprise grâce à l’opium distribué au malade par l’Etat. Tant que les gens accepteront les dollars imprimés aux Etats-Unis selon l’habitude prise en 1971, après l’abandon de la convertibilité du dollar en or, on évitera la véritable dépression. Mais ce jeu très dangereux ne pourra se poursuivre indéfiniment. Il nous mènera à un nouveau krach, encore plus grand que le krach actuel».
La Liberté” du 4 décembre 2008

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