Les vraies raisons d’une mort atroce


François B. était directeur général de la filiale brésilienne d’un équipementier de la région Centre. Jusqu’au jour où cet homme réputé intègre et doué d’un réel sens de l’honneur a reçu une lettre de licenciement l’accusant des pires exactions. Une machination odieuse qui visait à se débarasser de lui. Et qui s’est terminée par un drame, à Jundiai (près de la ville de São Paulo), la semaine dernière.

Il a ingurgité un litre d’alcool pour se donner le courage nécessaire… Puis il a saisi un révolver. Coup de feu! Quelques heures plus tard, son épouse, Adriana, a découvert le cadavre.

Ainsi s’est terminée, abruptement, la vie de François B., à Jundiai, dans la banlieue de São Paulo. Un drame survenu le mardi 3 février 2009.

Il avait le même âge que l’auteur de cet article, né à l’aube des années soixante. Doué d’une force physique assez exceptionnelle, riche d’une personnalité faite de convictions inébranlables, forgée dans une éducation plutôt stricte, François aurait pu vivre encore longtemps. Mais il a été victime d’une conspiration à laquelle se sont associés des patrons peu scrupuleux, en France, et des affairistes, en Amérique latine, plus particulièrement au Brésil.

Officiellement, un suicide. Mais la réalité est bien plus complexe et je la connais trop bien pour l’affirmer, sans peur d’être  – si nécessaire –  attaqué à mon tour par les hyènes qui ont contribué à pousser François B. dans ses derniers retranchements. Cet ami très cher a été pris dans le tourbillon fatidique de machinations devenues monnaie courante dans le monde toujours plus sulfureux des entreprise: le harcèlement moral.

Très simple. Quand des dirigeants d’une boîte, petite ou grande, veulent se débarrasser d’un collaborateur qu’ils jugent encombrants, ils recourent à ce genre de pratiques infectes, mais très efficaces. Des manipulations destinées à frapper de plein fouet ce qu’il y a de plus fragile (en vérité) chez un être humain: le sens de l’honneur, l’amour propre. Cela s’apparente à de la torture morale, sous couvert de reproches et d’accusations fallacieuses. Patrick, un avocat basé en Europe, confirme ce «phénomène de société»: «Des “exemples” comme celui-ci vont se reproduire de plus en plus avec la crise, la dépression, la récession. J’ai connu des gens très hauts qui ont tout perdu, certains ont conservé leur vie, d’autre pas, finalement, cela tient toujours à très peu de choses ….

François B. avait tenté sa chance à São Paulo au début des années 90. En sa qualité d’expatrié entré au Brésil par la petite porte, il avait connu la galère: prof de français, collaborateur de ce que l’on appelait alors le Poste d’Expansion Economique (aujourd’hui : Mission éco et financière), etc. Avec sa personnalité forte, son refus de se prêter au jeu des magouilles et de flatteries qui ont si souvent cours dans les communautés françaises à l’étranger, il ne s’était pas fait que des amis.

Mais il devait finir par se hisser dans la sphère des «gens respectables », quelques années plus tard, après en avoir bavé. Il fut embauché par un équipementier, une PME de la Région Centre qui souhaitait développer son activité en Amérique du Sud. Et François, nommé directeur de la filiale à São Paulo, connaissait le marché automobile comme sa poche. Grâce à lui, à son sens commercial et à son intelligence plutôt brillante, cette PME réussit à conquérir des parts de marché à faire rougir la concurrence. Selon sa veuve, Adriana, il avait travaillé pendant douze ans pour la PME.

Fin 2007, alors que je me trouvais à Paris, dans une situation peu enviable, il m’a invité à déjeuner dans un resto fort simple et il me confia sa joie d’avoir été reconduit dans ses fonctions alors que la situation économique, déjà, accusait un certain essoufflement. A vrai dire, la PME qu’il représentait au Brésil paraissait connaître des difficultés: c’est tout au moins ce que j’avais cru comprendre.

Mais quelques mois plus tard, ce fut la douche froide : un courrier en recommandé avec accusé de réception, signé de la main des dirigeants de l’entreprise, accusant François B. des pires exactions et manquements à ses devoirs, avec licenciement sur-le-champ.

Ce courrier, François B.  me l’a montré, à mon retour à São Paulo, où je me consacre actuellement à un projet artistique et culturel. Les trois pages sont tellement surchargées de reproches et d’accusations, certaines comportant même des allusions à sa vie familiales, que cela «sent» la grosse cuisine scabreuse destinée à empoisonner le destinataire par tous les moyens possibles. Avec, principalement, les ingrédients de la mauvaise foi et de la calomnie. L’artillerie lourde, par excellence. Le but n’est pas seulement de justifier le recours à une procédure de licenciement sans recours apparent mais avant tout de démoraliser totalement la victime et de lâcher à ses trousses une meute d’ennemis, plusieurs d’entre eux invisibles. Pour ne pas dire «exécuteurs de ces basses œuvres».

Il existe à São Paulo comme dans une autre ville d’Amérique du Sud un groupuscule de Français qui ont suivi de près la mise à mort morale (puis physique…) de François B.. Des gens très respectables, dont on serre la pince dans les cocktails en échangeant avec eux des cartes griffées de noms d’entreprises ou de cabinets spécialisés censés avoir bonne réputation. Pourtant, des gens qui fonctionnent avant tout au «fricomètre», n’hésitant pas, le cas échéant, à accroître leur chiffre d’affaires en participant au dépeçage de bêtes frappées à mort par de répugnantes machinations et manipulations. Si ces compatriotes tombent sur ces lignes, ils sauront très bien ce dont je parle. Et je suis prêt à en dire un peu plus, pourquoi pas ?

Toujours est-il que François, selon sa veuve, la Colombienne Adriana (qui m’a longuement expliqué son atroce suicide et attiré mon attention sur certains points fort délicats) a continué à être la cible de harcèlements ces derniers mois. Ce que nie, bien sûr, un Français fort au courant des lâchetés commises, au Brésil même, contre le défunt. Cynisme, volonté de se donner à bon prix bonne conscience? Adriana en sait pourtant davantage que ces gens… Elle affirme que récemment, l’avocat à São Paulo défendant les intérêts de la PME dont François B. était le directeur général, avait exigé que celui-ci fournisse à nouveau la photocopie de notes de frais dont les ex-employeurs contestaient, avec une obstination incroyable, le bien fondé.

«Mon mari s’est donné la mort car il était tombé dans une dépression dont il ne parvenait pas à sortir, témoigne Adriana. Le matin, quand il se levait, il ressassait toutes ces accusations portées contre lui, semblait revivre les moments de cette guerre des nerfs à laquelle on l’avait soumise. Il avait toutefois confiance dans la capacité de ses avocats, en France, de laver son honneur perdu, et d’ailleurs, il n’était pas le seul directeur dans cette entreprise à avoir subi de tels sévices».

Je sais, pour l’avoir fréquenté, pour avoir suivi son «ascension» puis sa descente aux enfers, que François B. était un homme qui agissait en fonction de principes et de convictions inébranlables. Il avait horreur des petits cercles où l’on magouille, où l’on s’adonne à l’exaltation des vanités inutiles. Pendant ses heures extra-professionnelles, il pratiquait le parachutisme, certains sports de combat, la musculation. C’était un homme doué d’une force admirable. Et pourtant, il s’est donné la mort, dans sa maison, condamné depuis plusieurs mois au chômage, ayant tout perdu, ou presque. Pourquoi? Parce que rien n’est plus fragile que l’amour propre, l’honneur personnel, le psychique. Ceux qui ont bombardé François d’accusations odieuses le savaient fort bien. Ils ont réussi leur coup: le souiller moralement, le faire saigner intérieurement, avec l’appui d’hommes de main sur place.

Honte aux assassins de François B. !  Sa dépouille a été transportée en France. Il repose dans un cimetière Burie, petit village de la Charente-Maritime, son département natal. Et dire qu’il avait toute la vie devant.

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