Un raider de droite rachète la Basler Zeitung*


Les géants Tamedia et «NZZ» étaient en lice mais c’est finalement un franc-tireur conservateur qui a emporté le morceau. Tito Tettamanti, financier de 80 ans, celui que beaucoup présentaient comme l’épouvantail parmi les repreneurs potentiels, est le nouveau propriétaire de la «Basler Zeitung» (BAZ), le deuxième groupe de presse du pays.
Président des éditeurs alémaniques, Hans-Peter Lebrument parvient à s’enthousiasmer pour une solution qui aboutit à sauver le groupe bâlois des griffes zurichoises. Pas sûr toutefois que la BAZy échappe longtemps. Tettamanti a toujours déclaré qu’il n’était pas un éditeur. Son métier est le business, il achète, revend, fidèle à son profil de raider. Lui-même se définit comme un «capitaliste visionnaire de droite». En prenant le contrôle de la BAZ, Tettamanti ne rassure pas vraiment le lectorat d’un journal se situant traditionnellement plutôt au centre gauche.
Brève carrière politique
Une affiliation politique que n’aurait pourtant peut-être pas renié Tettamanti à ses débuts. En 1959, dans les rangs démocrates-chrétiens, il devient le plus jeune conseiller d’Etat de son canton, le Tessin. Mais en 1961, alors qu’il dirige le Département de justice et police, il doit déjà démissionner. Il a favorisé un contribuable figurant parmi ses amis.
Sa carrière politique s’achevant sur un scandale, Tettamanti rebondit aussitôt dans les affaires. Il ouvre un bureau d’avocats et crée la société Fidinam avec l’appui de capitaux italiens. A la fin des années quatre-vingt, il sort de l’ombre. Il est de tous les grands coups boursiers, participant aux raids sur Sulzer, Saurer et Rieter. Parallèlement, il s’essaie à l’écriture, publiant des livres démolissant l’Etat et le fisc inquisiteur.
En 2002, c’est le même Tito Tettamanti qui enlève une épine du pied de la famille Hagemann, propriétaire de la BAZ. Il négocie la cession, à un groupe d’investisseurs proches des milieux blochériens, du groupe de magazines Jean-Frey («Bilanz», «Der Beobachter»), un boulet acquis en 1993 à grand frais par Hansrudolf Hagemann, le père de Matthias Hagemann qui vient de remettre les clés de la maison à M. Tettamanti.
Elite économique
Fruit de la fusion, en 1976, des quotidiens «Nationalzeitung» et «Basler Nachrichten», la BAZ s’était retrouvée en 2002 endettée à hauteur de 120 millions de francs. Une impasse financière que la crise n’a fait qu’accentuer. En novembre 2009, pourtant, les négociations avec Tamedia étaient interrompues. Le 5 février, la «Neue Zürcher Zeitung» (NZZ) jetait l’éponge à son tour au terme d’un dernier round. Le prix demandé par Hagemann était trop élevé, assure-t-on à Zurich.
Aujourd’hui, la BAZ ne se retrouve donc pas en territoire inconnu. Un signe de plus: on retrouve à sa présidence l’ancien président du conseil d’administration du groupe Jean-Frey, l’avocat bâlois Martin Wagner. Ce dernier a pris 25% du capital de la BAZ. C’est un ancien responsable de la banque Swissfirst dont le PDG de l’époque, Thomas Matter, évolue dans un réseau d’influence conservateur.
Matter et Philippe Gaydoul siègent au «Club de Rennweg» une «loge» de jeunes membres de l’élite économique et politique aux dents longues. Selon de bonnes sources, ce club fonctionne comme chaudron d’un groupe nommé «Les amis de la «NZZ» dont on dit qu’il serait le cheval de Troie des blochériens dans une «NZZ» traditionnellement en mains radicales. Wagner préside aussi le conseil d’administration de l’hebdomadaire «Weltwoche» aux mains de Roger Köppel, un journaliste qui aboie encore plus fort que son modèle Blocher.
L’Argovie à l’horizon?
Coïncidence? C’est Tito Tettamanti qui avait remis en selle Roger Köppel quand ce dernier était parti en Allemagne diriger le journal conservateur «Die Welt». En 2006, le financier tessinois avait offert la «Weltwoche» à Köppel à un prix d’ami.
L’arrivée de Tito Tettamanti à la BAZ signifie-t-elle aussi un resserrement des liens avec la «Mittellandzeitung», de l’éditeur argovien Peter Wanner? Le nouveau directeur des opérations de laBAZ, Roland Steffen, entretient en tout cas des rapports étroits avec la maison Wanner, nourrissant des spéculations quant à une fusion des rédactions suprarégionales.
*Article paru dans “La Liberté” du 9 février 2010

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