“Sauver Lavaux”. Un aparté


Un Conseil d’Etat en pétard avec le journal local. Le dernier incident du débat sur «Sauver Lavaux III» illustre une ambiance empreinte de nervosité.

PAR PIERRE KOLB

Encore que la nervosité ne soit pas forcément celle dont parle le quotidien «24 heures». Cette publication, qui occupe une position ultra-dominante sur la majorité des terres électorales vaudoises, s’est fendue, samedi 17 novembre 2012, d’un titre qui a fâché le Gouvernement vaudois au point que celui a demandé un rectificatif et le retrait de l’article litigieux du site internet!

La nervosité dont parle cet article serait faite de tensions au sein du Gouvernement au sujet de l’initiative «Sauver Lavaux», troisième de ce nom, dont Franz Weber réclame avec force qu’elle soit soumise au peuple, compte tenu des délais légaux. On aurait d’une part l’écologiste Béatrice Métraux, favorable à l’initiative et en charge du dossier depuis l’été dernier, souhaitant un oui de l’exécutif, mais n’obtenant pas une majorité par respect pour le rejet catégorique de ladite initiative par les trois ministres de droite, lesquels peuvent espérer voir leur point de vue l’emporter au niveau du Grand Conseil, où la droite est majoritaire.

De fait, le Gouvernement a décidé d’examiner la variante d’un contre-projet, ce qu’il a annoncé vendredi 16 novembre. Cela n’exclut pas que les divergences gauche-droite soient plausibles. Mais le Conseil d’Etat bien sûr ne les confirme pas, ses délibérations étant couvertes par le secret. C’est contre la thèse d’une prise de bec que le chancelier, signataire de la demande de rectificatif, s’insurge. Non, l’exécutif ne s’est pas «écharpé», la discussion a été sereine ainsi que l’a déclaré la ministre Métraux. Le chancelier précise en appui le fait que la discussion n’a donné lieu à aucun vote. Il ajoute que tout s’est fait en séance ordinaire, qu’il n’a pas fallu de séance spéciale, au contraire de ce qu’avance le quotidien.

Un journaliste n’ayant pas les pouvoirs d’Asmodée, il ne peut rendre compte de ce genre de délibérations qu’au terme de recoupements. La vigueur du démenti gouvernemental donne à penser qu’ils n’ont pas été suffisants. Cela reste à voir en fonction d’une réplique du journal. Dimanche, on ne trouvait pas l’article incriminé dans le site de «24 heures» sauf dans la version numérique (PDF) réservée à des abonnés. Mais on ne trouvait pas non plus trace d’un rectificatif, ni mention du litige. Les journaux n’aiment pas publier des rectificatifs et, si un refus s’avère juridiquement scabreux, cherchent souvent à négocier une porte de sortie sous la forme d’un nouvel article sur la question. Ce qui peut prendre du temps.

Quoiqu’il en soit, cet incident survient dans un contexte tendu, celui de l’initiative «Sauver Lavaux». Troisième du nom: en 1977, Franz Weber avait réussi à faire inscrire la protection du célèbre vignoble dans la constitution vaudoise. Mais par stupidité ou, sans doute pour certains, perfidie, cette mention avait été gommée par les auteurs de la constitution de 2002. Franz Weber avait réagi au quart de tour, lançant une nouvelle initiative populaire acceptée en 2005. Les polémiques ont ressurgi à la suite de l’approbation de projets contestables, notamment celui d’un parking à St-Saphorin. D’où l’initiative «Sauver Lavaux III». Plus stricte au point de transformer le vignoble en une sorte de Ballenberg, affirment les opposants.

Un contre-projet indirect a été adopté sous la forme d’une nouvelle loi d’application, entrée en vigueur l’été dernier. Crédible? Ca se discute, et dans la discussion le fait que le rapporteur de majorité, au parlement, était un avocat héraut des milieux immobiliers, n’aide pas. La toute récente victoire de Franz Weber sur le plan suisse (les résidences secondaires) constitue en outre un avertissement sérieux à l’intention des autorités vaudoises. Et justifie que le Gouvernement cherche une issue dans un éventuel contre-projet constitutionnel. Une fois cette exploration terminée, on passera au débat de fond. L’incident de ce week-end sera probablement oublié, même s’il reste intéressant sur le plan des relations entre le pouvoir et les médias.

Dans son édition de lundi 19 novembre, le journal a publié le rectificatif, mais sous la rubrique “Courrier des lecteurs”, sans autre lettre de lecteur cependant, avec un titre clair “L’initiative de Franz Weber ne crée pas de tensions au sein du Conseil d’Etat”. Une manière subtile de laisser passer la protestation mais sans l’assumer explicitement. Déviation en corner. Enfin, le Conseil d’Etat demandait le retrait de l’article incriminé du site internet, ce qui a été fait sauf pour l’archive de type PDF à accès réservé. Enfin le journal ne parle plus de sa version des faits.

Article paru dans “Courant d’Idées

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