CFF, la fin d’une histoire d’amour


Les CFF réalisent des affaires en or dans l’immobilier, leur caisse de pension affiche une performance parmi les meilleures de Suisse.

PAR CHRISTIAN CAMPICHE

Les CFF savent faire de l’argent. Mais les CFF ne savent plus rassurer la population. «Les CFF bougent la Suisse». Après l’accident ferroviaire de Daillens, le slogan placardé sur le site internet de l’ancienne régie fédérale amène à se demander si les CFF veulent faire de l’humour ou bien s’ils pratiquent le cynisme.

Les CFF bougent tellement la Suisse que celle-ci en est toute sens dessus dessous. Pendant plusieurs jours, les utilisateurs de la ligne Neuchâtel-Genève n’ont pas su à quel saint se vouer. Ils ont cherché en vain des informations rapides et fiables.

Pas de chance pour CFF Cargo. La filiale chargée du transport de marchandises venait de réaliser un exercice très satisfaisant: un bénéfice de 33 millions, qui n’est pas pour rien dans l’accentuation de la couleur noire tartinée sur les résultats financiers enregistrés l’an dernier par les CFF. Le Conseil fédéral a applaudi mais sans plus. Il réclame une amélioration de la productivité dans le transport des voyageurs. Avec quel effectif du personnel? Et surtout quelle motivation?

Ces questions restent ouvertes comme celle de savoir si les objectifs de rentabilité sont compatibles avec la sécurité de la population. Des voix politiques se sont élevées non sans raison après le déraillement de Daillens.

Genève et Vaud se demandent combien de temps ils devront subir quotidiennement le passage de bombes roulantes sur un territoire très peuplé. «Le pari sur la chance n’est plus tolérable», s’insurge la ministre Nuria Gorrite.

Très longtemps, le parcours des CFF a été une histoire d’amour avec les Suisses. Combien de temps encore?

Chronique parue dans GHI du 29-30 avril 2015.

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3 Responses to “CFF, la fin d’une histoire d’amour”

  1. yasmine Motarjemi 1 mai 2015 at 09:53 #

    « Un article très pertinent. Une analogie de ce que j’ai vécu avec Nestlé (voir l’article de la Méduse du 26 décembre 2013).

    Une belle performance économique alors que des négligences se produisent dans le domaine de la sécurité ou autres. A part l’accident de déraillement de Daillens, l’exemple parlant est l’accident du glacier express il y a quelques années qui montre une culture de gestion de risques défaillante. Pire, on met le problème sur le dos du chauffeur de train alors que les instructions de la direction était un des facteurs principaux qui ont conduit à l’accident.

    J’ai vu de nombreuses enquêtes dans l’industrie agro-alimentaire. Malheureusement, la plus part de ces enquêtes sont superficielles et ne montent jamais à la source des problèmes, i.e. les failles latentes. Par-là, j’entends des décisions que la Direction prend au mépris de la sécurité et qui conduisent à des fragilités dans le système de gestion de risque. Cette notion est nommée le concept de « Swiss Cheese » . Il a été avenacé par le psychologue anglais James Reason, expert des accidents organisationnels . Son application dans le domaine agro-alimentaire a été expliquée dans un chapitre du mon livre « Food Safety Mangement » (voir chapitre 40 : Incident and Root Cause Analysis, pages 1017-1036), publié par Academic Press, Waltham, Massachusetts, en 2014 »

  2. Hay Denyse 1 mai 2015 at 11:08 #

    Les aventures d’une pendulaire Neuchâtel – Genève:
    Samedi dernier, premier jour de la catastrophe, l’annonce de la suppression des trains en direction de Genève n’était pas suivie de conseil du personnel des CFF Informations. Par miracle, un couple âgé m’a conseillé de passer par Berne….ce que j’ai dû faire plusieurs fois dans la semaine.
    Aujourd’hui il y avait enfin des employés en jaune, charmants, qui me disent: “alors le concept du jour c’est de passer par Yverdon etc……”. J’ai éclaté de rire en entendant ce mot de concept et s’en est suivi une conversation à bâtons rompus avec ce monsieur sur les économies de personnel que les CFF font, sur la mise en place tardive de bus de remplacement etc….
    Car au final, qui sont les lésés dans tout cela: les employés CFF et les voyageurs.

    Et qui règle tout cela? Quelques dirigeants, j’imagine, qui s’arrangent pour envoyer au casse-pipe leurs dévoués employés…..Et pour quelle raison? La sacro-sainte politique économique actuelle de faire du chiffre! Mais faire du chiffre pour qui? A qui ça profite? Et pourquoi pareille mentalité? L’argent ne peut remplacer les contacts humains n’est-ce-pas? Ou bien vivons-nous déjà dans Matrix CH?

  3. Bernard Walter 1 mai 2015 at 19:15 #

    Un de mes amis dit: la finalité des CFF, ce n’est plus de transporter des personnes, c’est de faire de l’argent.

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