Menaces de grève chez easyJet à Genève?


Sous la houlette de la section syndicale SSP-VPOD, le personnel de cabine d’easyJet-Suisse envisage une grève pour les fêtes de fin d’année 2018/19, si aucun accord ne s’avère possible. A Genève, easyJet représente 46% du trafic aérien.

Il est assez rare que du personnel se mette en grève en Suisse. La dernière en date qui fut retentissante a été celle des employés du groupe de presse Tamedia, en solidarité avec leurs collègues du quotidien Le Matin lors de sa fermeture. Si  les employés d’easyJet en France ont parfois débrayé, une telle éventualité ne s’est, pour l’instant, pas encore présentée en Suisse.

Ce ne sont donc pas les pilotes qui sont en grève, mais bel et bien le personnel de cabine (hôtesses, stewards, maîtres de cabine). Selon Jamshid Pouranpir, secrétaire syndical SSP-VPOD à Genève Aéroport, le déclencheur de la grogne des employés d’easyJet est le rythme de travail de plus en plus accéléré, sans compensation, ni sur des salaires, ni des temps de repos. «Il arrive que, de plus en plus, le personnel doive faire jusqu’à quatre rotations dans la même journée. Le travail du personnel naviguant est beaucoup plus dur que celui du personnel au sol, ne serait-ce qu’en raison de la pressurisation à bord des avions», explique Jamshid Pouranpir, qui ajoute «chez easyJet, ce ne sont pas seulement les cadences de travail qui augmentent, mais aussi les temps d’escale qui diminuent, avec parfois seulement 25 minutes entre l’arrivée d’un avion et de son nouveau départ. Il faut aussi compter sur les retards des vols ou leurs déviations vers d’autres aéroports. Lorsque, par exemple, un vol est dérouté sur Milan ou Lyon, l’employé qui était censé rentrer chez lui à 23h00 risque parfois d’arriver à la maison seulement à 3 heures du matin, et il se peut que le même jour l’employé doive embarquer à 17h00 avec un dérèglement des heures de sommeil et du rythme alimentaire. Il faut ajouter à cela des problèmes de sous-effectifs dus souvent aux maladies du personnel surmené. Les salaires ne sont pas adaptés à ces nouvelles conditions de travail. Le personnel de cabine est de plus en plus mis en « stand-by », à savoir à la disposition de la compagnie pour partir au pied levé dès que cela est jugé nécessaire. L’été 2018 a été le pire jamais connu par le personnel».

Les négociations ont été rompues depuis la mi-octobre 2018. Après deux rounds de discutions, une pétition et une manifestation devant les bureaux de la direction genevoise organisées en septembre, la direction fait la sourde oreille face aux revendications du personnel et se défausse sur la direction londonienne. « La chose est totalement inacceptable », déclare Jamshid Pouranpir. «on ne peut pas nous renvoyer à Londres alors qu’easyJet est inscrite juridiquement à Genève. Il n’y a aucun lien organique entre les employés suisses d’easyJet et ceux de l’Angleterre. L’argument est donc irrecevable. Pour ce qui concerne l’aménagement du temps de travail, on nous renvoie aux calendes grecques en expliquant qu’il n’y a pas urgence». Si le non de la direction d’easyJet Genève reste poli, c’est néanmoins une fin de non-recevoir. Il prévient que «la fin de l’année risque d’être chaude».

Le SSP-VPOD, constatant un dialogue de sourds,  vient de saisir la Chambre de relations collectives du travail, instance de conciliation cantonale qui tentera de mettre les deux parties  d’accord. Cette tentative de compromis est une première étape prévue par le droit suisse. Une ultime négociation avec la direction d’easyJet devrait avoir lieu fin novembre.

Contrairement à ceux de Ryanair, les employés de Genève sont soumis au droit suisse, easyJet ayant une personnalité juridique helvétique, donc en accord avec les normes sociales identiques à celles des autres compagnies aériennes.

Selon les dépêches de l’ATS reprises par plusieurs journaux, la direction d’easyJet indique qu’elle discute « régulièrement » avec les équipages et leurs représentants syndicaux pour essayer de trouver une solution appropriée, estimant être un employeur responsable et affirmant que ses conditions d’emploi et ses heures de travail contractuelles étaient comparables à celles pratiquées par d’autres compagnies aériennes en Suisse. Elle se veut, d’autre part, rassurante envers les passagers, affirmant qu’aucune grève n’était prévue en Suisse pour l’instant.

A Genève, le SSP-VPOD est signataire des conventions collectives de travail de Dnata, easyJet, ISS, Priora FM, SR-Technics et Swissport et le principal partenaire syndical avec Genève Aéroport.

Gérard Blanc/Je pars

Sources : ATS, SSP-VPOD, Le Courrier

 

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