«C’est marrant, à chaque fois tu la fais différente, la cathédrale!»


Entre le dessin daté du 16 avril 2013 (où deux bateaux sont visibles) et cet autre « exposé » ci-dessous), plusieurs années se sont écoulées.
Notre Dame est sans doute le monument parisien que j’ai le plus fréquemment dessiné.

Aussi, quand notre « président prestidigitateur » promet de reconstruire la cathédrale, dévastée par un incendie de grande ampleur survenu le 15 avril, « encore plus belle qu’avant », j’ai tendance à penser que ce Monsieur a des goûts très spéciaux. Et il déploie, « comme d’hab’ », un surcroît de propension à manipuler ses concitoyens.

Si je dessinais presque toujours la cathédrale sur le Pont Saint Louis – en réalité, à son extrémité la plus proche du square Jean XXIII – c’est parce que son chevet avait conservé un « look » médiéval. Je me souviens d’une petite fenêtre encastrée dans la toiture encadrée par du bois et affublée d’une sorte de poulie, avec de la mousse par-dessous… Ainsi, Notre Dame avait conservé maints «détails» pittoresques témoignant de son grand âge.

Certes, Notre Dame sera « reconstruite » mais avec des matériaux, des concepts modernes qui la rendront peut-être moins belle parce qu’en rupture accentuée avec le Moyen âge dont elle l’est l’un des plus savoureux fruits spirituels et architecturaux. Et puis, Emmanuel Macron oublie de dire que si ces trésors qu’on appelle « le patrimoine » incarnent la beauté, voire la splendeur absolue, c’est pour la raison suivante : leur construction se faisait de manière plutôt empirique, s’étalant sur des décades, sans les recours aux technologies de pointe actuelles qui ne savent plus générer de la poésie et de l’esprit…

Souvent, je songe à mes dessins de la cathédrale, éparpillés à travers le monde, et qui ont pris d’autant plus de valeur qu’ils remémorent une histoire désormais en partie enterrée. D’ailleurs, ce « coin » de Paris était plaisant, charmant, avant qu’une chaîne d’attentats ne commence à décourager les touristes d’y passer.

Et puis, à cette époque, il y avait une floraison de musiciens sur le Pont Saint Louis, espace de liberté dans une ville qui ne cesse de s’embourgeoiser et de sombrer dans l’escarcelle de ces très riches citoyens qu’Emmanuel Macron chérit tant.

Je me souviens en particulier d’un guitariste chilien qui exacerbait mon inspiration avec des œuvres d’une réconfortante douceur. Puis sont arrivés des groupes de musiciens fort bien organisés, qui se sont appropriés le Pont Saint Louis. Ils ont pourri l’ambiance, monopolisant les lieux avec des sonos sophistiquées. Leur musique s’assimilait à du tapage et elle générait du stress.

Les  » petits musiciens  » n’avaient donc plus leur place. Et ce sont ceux là, les vrais artistes, que la Mairie de Paris, soucieuse de réduire à sa portion congrue l’art de la rue sous toutes ses formes, a persécuté avec obstination, les chassant peu à peu du paysage.

Parmi les autres souvenirs que je garde précieusement dans mon cœur, datant de cette époque où je croquais si volontiers le chevet de l’église millénaire…

Une petite fille qui se promenait avec son papa, un gars costaud et un peu distant, venait souvent me saluer. Elle s’avérait très bavarde et tout aussi curieuse : «C’est marrant, à chaque fois tu la fais différente, la cathédrale!», s’extasiait-elle. Désespérée à la vue de mes crayons qui s’étalaient et se chevauchaient dans le plus grand désordre, la fillette se montrait soudain autoritaire en voulant relever le défi de les remettre à leur place dans les trousses et boites prévues à cette intention,

Un soir d’août, son papa bourru « se dégela » et me proposa d’aller acheter une glace à mon intention chez Bertillon.

Un soir, une touriste américaine qui prenait une bière sur la terrasse de l’Esméralda vint me voir et m’implora de dessiner, pour elle, la cathédrale en une demi-heure. Que de stress, soudain, dans la douceur vespérale de fin de vacances, tandis que d’énormes bateaux voués à des croisières (Paris-Rouen) frôlaient l’unique arche du pont, émettant de sympathiques ronflements.

Un autre soir, une concitoyenne s’exclama : « C’est drôle comme vous la représentez, la cathédrale. Vous lui donnez un air un peu monstrueux, avec des vitraux qui ont l’air de gros yeux de chouette et des arcs boutant ressemblant aux tentacules d’un insecte. »

Parfois, songeant à cet épouvantable incendie qui a failli mettre à bas l’édifice tout entier, je serais tenté de dire que la cathédrale a été entraînée dans un cercle peu vertueux, souillée par un monde où la charité semble s’évaporer. Cet incendie ne serait-il pas la conséquence logique d’une déliquescence rapide, dans une France où elle n’a plus vraiment sa place parce que les autorités de notre pays – M. Macron y compris – s’efforcent d’éradiquer les racines chrétiennes de notre pays?

Quant à Mme Hidalgo, qui semblait épouvantée par la vue de la cathédrale dévorée par les flammes tout en accordant une interview à BFM-TV, je me demande si elle prend le temps, certains jours, d’aller se recueillir dans une église pour réfléchir un peu à cette injure faite à Dieu qu’est la culture de la vanité, de la manipulation et de l’ambition exacerbée.

Ce constat vaut pour tous les élus qui se répandent en lamentations et raisonnements plus ou moins tortueux sur le rôle de Notre Dame dans l’histoire de France. Une France devenue (à maints point de vue) si pauvre et si endettée qu’elle n’a même plus la capacité d’entretenir décemment son patrimoine.

Un authentique scandale: des gouvernements étrangers sont amenés à voler au secours du gouvernement pour restaurer tant de bâtiments mal entretenus et décatis. Il y a bien longtemps, hélas, que la France n’appartient plus aux Français.

Le mardi 16 avril 2019, alors que je faisais ce dessin d’une cathédrale amputée de sa flèche et de sa toiture de grande envergure, des jeunes gens sont venus me parler. Comme beaucoup de Parisiens soucieux d’échapper aux manipulations grotesques des médias, ils se déclaraient choqués que tout à coup, à la suite d’un incendie ultra médiatisé, un déluge de fric s’apprête à s’abattre sur la cathédrale alors que jusqu’à ce jour on manquait cruellement d’argent pour réparer les injures imputables au temps.

Mais la foi, la spiritualité ont sans doute très peu de place dans le logiciel de chefs d’entreprise décidés à participer à la restauration de la cathédrale. Bernard Arnault, par exemple, a compris que la cathédrale génère un important flux de touristes qui passent aussi volontiers dans ses magasins bourrés d’objets hors de prix qu’entre les piliers de Notre Dame adoucis par les éclats de lumière émanant des vitraux.

Il ne reste plus qu’à espérer que la toiture de la cathédrale ne sera pas refaite aux couleurs dont « se parent » les sacs à main, les valises signées LVMH qui rappellent le caca d’oie ou de pigeon…

Yann Le Houelleur

P.S. : Si vous désirez acquérir un ou plusieurs dessins de Notre Dame, tels que ceux présentés ici-même, n’hésitez pas à me faire signe. Je les mets en ventes volontiers, et nul doute qu’ils prendront de la valeur au fur et à mesure que le souvenir de « l’ancienne cathédrale » s’effritera.

mon mail: chaudslesmots@yahoo.fr

06 89 58 71 34

Par ailleurs, ces dessins, ainsi que de nouveaux croquis de la cathédrale en l’état actuel (privée de sa charpente et de sa flèche) seront mis en exergue lors de l’exposition « Paris et Banlieue » prévue à Gennevilliers pendant la seconde quinzaine de mai. Le vernissage aura lieu le 18 mai. Une invitation vous sera transmise si vous m’adressez un courriel ou un texto (voir ci-dessus)

Un grand MERCI à Jacqueline Cléro, présidente des Républicains de Gennevilliers, qui accueille cette expo dans des locaux superbement rénovés. YLH

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