Tribune libre – A peine l’initiative multinationales responsables votée, les masques tombent


 Le Washington Post annonce le procès de Nestlé et de Cargill pour travail des enfants, en violation de leurs politiques internes. Bien qu’il y ait encore des incertitudes quant à l’issue du procès, la question n’est pas de savoir si Nestlé et Cargill ont effectivement violé les droits humains, mais si la loi américaine permet de poursuivre les violations commises par les entreprises à l’étranger aux États-Unis.

De même, Swissinfo cite le mouvement mondial Break Free From Plastic (BFFP) pour qui, selon la Fondation Ellen MacArthur, Nestlé et d’autres entreprises n’ont fait aucun progrès dans la lutte contre le problème de la pollution par le plastique.

Il est étonnant que ces informations sortent au lendemain de la campagne et les votations sur l’initiative multinationales responsables !  Il est également surprenant que dans cette campagne, le nom de Nestlé ait été rarement, voire pas du tout, mentionné et que ses violations n’aient pas été dénoncées à titre d’exemple, du moins ostensiblement.

Mais le plus choquant, est l’attitude de politiciens dans le débat Infrarouge de la Radiotélévision Suisse romande du 28 octobre 2020, où ils donnent Nestlé en exemple d’entreprise responsable! Alors que dans la même année, je viens de démontrer au tribunal que Nestlé a violé la loi suisse sur le travail, a violé mes droits humains, a refusé de corriger ses failles dans la gestion de la sécurité des aliments. Des failles qui ont causé  de nombreux incidents dans le monde.  Il est encore plus révoltant de constater que la direction de Nestlé, à son plus haut niveau, a participé à mon harcèlement et a mené une enquête fallacieuse. Puis, elle m’a congédiée, en raison de mes divergences d’opinion avec mon supérieur, sans même les examiner.   En outre, l’entreprise continue de refuser de réparer les dégâts. Et les auteurs de l’Initiative considèrent Nestlé comme le modèle de l’entreprise responsable ! ? Le modérateur du débat Infrarouge n’a non plus posé de question au sujet de ce gros “éléphant dans la salle“. 

Le problème que je souhaite souligner ici n’est pas de dénoncer une fois de plus les pratiques de Nestlé, car ce que je vais pouvoir dire est sans fin. Mais, pour ceux d’entre nous qui sont encore incrédules, comme je l’étais il y a quelque temps, il y a quelque chose de louche dans notre système de démocratie, même au sein des ONG sur lesquelles nous comptons pour faire contrepoids.

Pour preuve, même une initiative aussi louable que multinationales responsables nous laisse perplexe quant à sa sincérité et sa transparence. Comment une entreprise qui viole nos valeurs morales, la loi suisse, ses propres politiques et qui refuse de réparer ses dommages peut-elle être considérée comme une entreprise responsable par nos politiciens ?

Comment est-il possible que l’animateur du débat, la RTS, une chaine publique, ne soulève pas cette question ? Ni aucun autre média? Alors, qui et que voulions-nous viser avec cette initiative ? Comment se fait-il que presque aucune des nombreuses ONG qui ont fait campagne pour les violations des droits humains à l’étranger ne dénonce les violations des droits humains en Suisse ? Ou ne cherche pas à sanctionner nos entreprises qui commettent des violations sur le territoire suisse ?

Si l’initiative avait été adoptée, quelles auraient été les sanctions pour les entreprises en question si la loi suisse ne prévoit pas de sanction même quand les entreprises violent les droits humains sous la juridiction suisse ? Le tribunal fédéral vient d’ailleurs a renforcer l’impunité contre les violations des droits humains en Suisse (lire ici).  Suite à un long procès de plus de dix années, je viens de prouver que Nestlé a violé mes droits humains ainsi que la loi du travail suisse et je découvre qu’il n’y a aucune sanction ! Alors que la moindre violation des citoyens est passible de sanction.  Si cette initiative avait été adoptée, aurions-nous eu une double législation en matière de droits humains ? C’est-à-dire, aurions-nous sanctionné les entreprises pour des violations à l’étranger et non en Suisse ?

Qui aurait payé les frais de justice exorbitants ? Qui aurait vraiment bénéficié de l’initiative, à l’exception des avocats et des ONG qui respectivement auraient demandé leur rémunération et des dons ? Quel serait l’intérêt des victimes si un procès a lieu post-mortem et dure des décennies ? Pourquoi les ONG n’ont-elles pas voulu entendre et soutenir les lanceurs d’alerte qui dénoncent les violations des droits humains et de l’environnement dans le monde, ou encore soutenir une loi suisse pour la protection des lanceurs d’alerte capables de fournir des informations permettant d’agir en amont et protéger les populations?

Le focus de cette campagne a été mis sur Glencore (voir le site de l’initiative). Ceci a donné aux opposants le prétexte d’arguer que l’initiative n’est pas justifiée pour quelques moutons noirs. Ainsi le contre-projet a gagné et on produira encore des rapports. Alors que comme le soulève le “Washington Post”:  “Malgré des années de promesses de l’industrie du chocolat, le travail des enfants reste très répandu dans les exploitations de cacao“. Donc nous restons toujours au point zéro. Ces entreprises peuvent continuer à violer nos valeurs. Elles ne seront ni sanctionnées en Suisse, ni aux USA, et encore moins ailleurs.   Vive la liberté ! 

Pour d’autres réflexions sur le sujet, lire ici

Qui est capable de m’entendre ?

Yasmine Motarjemi, Nyon

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