Le Nobel de littérature qui roule pour Keiko Fujimori et n’exclut pas un coup d’Etat si le “modèle cubain” devait s’imposer au Pérou


PAR PIERRE ROTTET

L’écrivain péruvien et prix Nobel de littérature 2010 Mario Vargas Llosa n’en finit plus de faire allégeance à la candidate Keiko Fujimori, sortie de sa cellule en mai 2020 après un an de prison pour accusation de corruption et actuellement en liberté surveillée grâce au versement d’une caution.

Prototype d’une société péruvienne blanche et bourgeoise, soucieuse de préserver ses privilèges, Llosa et les milieux économiques roulent pour la candidate Keiko Fujimori, fille de l’ex-dictateur actuellement emprisonné pour crimes contre l’humanité, garante supposée du maintien d’un système inique.

L’écrivain demande à Keiko Fujimori de « sauver le Pérou » face à un adversaire qui menace, assure-t-il, “la liberté dans le pays”. Avec une notion de la démocratie faite à sa convenance, à géométrie variable surtout, parsemée des habituelles peurs distillées auprès des électeurs, il n’hésite pas à parler d’un possible « coup d’Etat si Pedro Castillo l’emporte et impose un modèle cubain ». De plus en plus fébrile et nerveux à l’approche du 6 juin, date du second tour, Llosa semble lui aussi sentir le vent du boulet. Celui de la défaite, qui semble se profiler.

En dépit de ses appels répétés et d’une presse à 80% favorable à Keiko Fujimori, selon une enquête menée auprès des Péruviens, mais peut-être aussi grâce à cela, un sondage publié dimanche par l’Institut péruviens des statistiques à la demande de la Républica, donne actuellement près de 11 points d’avance au représentant de gauche du mouvement « Peru Libre ».

Le professeur rural Pedro Castillo, qui ne devançait plus que de 3 ou 4 points la candidate Fujimori de « Fuerza Popular » en début de semaine passée, a en effet creusé l’écart ces derniers jours sur sa concurrente. Castillo étant crédité de 44,8% des intentions de vote, contre 34,4% à Fujimori. Samedi, de Lima aux quatre horizons du pays, des dizaines de milliers de personnes ont manifesté pour dire « Fujimori, plus jamais ! »

Ceci expliquant cela? Des apports douteux de milieux financiers pour soutenir l’actuelle campagne présidentielle de Keiko Fujimori sont actuellement soumis à enquête. Ces fonds s’ajoutent à d’autres pots de vin. Dont l’un, de 3,6 millions de dollars avéré et révélé par « La Republica » la semaine dernière, versé en secret par Romero Paoletti, patron du puissant groupe péruvien Romero, à la candidate Fujimori, alors congressiste lors de sa campagne présidentielle en 2011. Une somme du reste admise et reconnue dans le cadre d’une investigation officielle péruvienne par le même Romero Paoletti, indique le quotidien limeño. 

Le groupe Romero, que préside Romero Paoletti, derrière lequel on retrouve l’Opus Dei, est un conglomérat d’entreprises, dont Alicorp SA, la plus grande entreprise de biens et de consommation du Pérou. Ce même Romero Paoletti préside en outre la compagnie « El Pacifico-Peruano Suiza d’assurances et de réassurance vie SA », une des principales sociétés d’assurances au Pérou. Une entreprise qui appartient au groupe financier « Credicorp », une holding qui contrôle en outre « El Banco de Crédito del Peru » et « L’American international Group », que préside également Romero Paoletti.

Selon des commentaires que rapportent de Lima certains observateurs, en cas de défaite du clan Fujimori et des intérêts qu’il représente, au soir du 6 juin prochain, débutera une campagne pour dénoncer « une fraude », afin de préparer et de justifier un « coup d’Etat » avec l’appui des militaires, en particulier la « marine de guerre du Pérou », impliquée de sinistre mémoire dans le massacre de plusieurs milliers de civils innocents, enfants compris, lors de la campagne contre le Sentier Lumineux.

Pendant ce temps à Lima, Francisco Sagasti, le président actuel, en charge de la transition après les destitutions de Vizcarra – pour corruption – et de Merino, tête pensante du coup d’Etat avorté en novembre 2020 après quelques jours seulement, se contente de déclarer que son désir est de transmettre au nouveau président ce qu’il convient de faire pour le bien du Pérou. Autrement dit, ce qu’il n’a pas jugé utile de faire…

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