Foeny, mon aïeul allumeur de réverbères à la Sagne


PAR CHRISTIAN CAMPICHE

La crise énergétique et climatique est l’aiguillon d’une conférence organisée par les Archives de la Ville de Lausanne le 8 novembre 2022 sur le thème de l’éclairage public dans la capitale vaudoise. Tiendront le crachoir Jean-Jacques Eggler, archiviste adjoint et Stephan Henninger, responsable de l’éclairage public aux Services Industriels de Lausanne. « Depuis quand l’éclairage public existe-t-il dans nos rues? Comment a-t-il évolué jusqu’à nos jours? »

Des questions pertinentes qui ont tôt fait de replonger le soussigné dans le souvenir d’une mention généalogique consacrée à son arrière-grand-père Félix-Louis, dit Foeny. « Bourgeois de Ste-Croix, né à la Sagne le 8 février 1838, allumeur de réverbères à la Sagne. C’était avant l’installation de la lumière électrique ».

Allumeur de réverbères. Cet aïeul titillait déjà mon imagination quand, tout jeune, je feuilletais ladite généalogie. Je me le représentais tel Quasimodo errer en solitaire dans le brouillard ou le froid mordant des crépuscules jurassiens. Sur l’échelle de la précarité, il me semblait que l’on ne pouvait pas tomber plus bas qu’un allumeur de réverbères, même haut perché. Je me trompais. Je n’avais pas encore pris connaissance des explications du dictionnaire.

Un allumeur de réverbères ou falotier était une personne dont le métier consistait, l’heure venue, à parcourir les rues dotées de réverbères et à les allumer. Cette profession est apparue avec l’éclairage public, pendant la révolution industrielle, et s’est éteinte avec l’avènement de l’éclairage électrique.

L’allumeur de réverbères inspirait les meilleurs goguettiers, tel Emile de la Bédollière, auteur de cette flatteuse description datée de 1842:

L’Allumeur de réverbères a besoin d’une certaine dose d’adresse manuelle pour descendre chacune de ses lampes aériennes, enlever les mèches consumées, nettoyer la coquille, étaler le coton afin qu’il s’imprègne d’huile, allumer au milieu de la rue, encombrée de voitures au risque d’être écrasé par un cocher maladroit, et lancer dans l’espace un phare éblouissant. Voilà une opération compliquée, qui exige du savoir-faire et peut occuper l’intelligence.

« Au risque d’être écrasé par un cocher maladroit »…?… Il ne croyait pas si bien dire, l’Emile. Foeny est mort le 17 juillet 1917 des suites d’un accident de chemin de fer. «Atteint de surdité, il n’entendit pas venir le train Yverdon-Ste-Croix au passage à niveau des Charrières et fut tamponné par la locomotive». L’histoire ne dit pas toutefois s’il était en train d’allumer un réverbère.

Un allumeur de réverbères allume un bec de gaz en Suède, en 1953. Image saisie sur wikipedia.

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