Génie méconnu, l’architecte Grisel disparaît dans l’incendie qui ravage le chantier de l’œuvre de sa vie, le Musée d’Art Contemporain. La justice enquête. Elle interroge les principaux témoins, des pompiers, l’assureur, l’ex-épouse, la maîtresse. Fuite maquillée en suicide? Les enquêteurs se perdent en conjectures, peu importe, finalement.
Ecrivain vaudois confirmé, Charles-Edouard Racine maîtrise l’art de noyer le poisson dans une réflexion alambiquée sur l’urbanisme et ses acteurs, ballottés au gré des modes et des conventions. L’architecte utopiste coule son spleen tout au long du récit parsemé de références au Corbusier, mythe inaccessible dont on sait pas si l’exemple déprime ou sublime. Se pourrait-il que les instances suprêmes attributives de mandats se fussent trompées de modèle? Avec ses constructions en poupées russes cubiques révolutionnaires, adaptables à souhait, le concept Grisel ne surpasse-t-il pas celui du créateur de Chandigarh?
D’une lettre à l’autre envoyée aux femmes qu’il a aimées, le protagoniste s’épanche sur sa vision de la ville qui « bouge, parle, mange et pue des pieds… ». Mots de vérité crue mais aussi de tendresse, lancés comme autant de bouteilles à la mer déchaînée, insensible.
Christian Campiche
« L’Architecte » par Charles-Edouard Racine, Éditions d’en bas, 2024, 85 pages.


