A-t-on oublié cette notion fondamentale de la relation humaine ? La première chose qui vient à l’esprit est celui de l’intergénérationnel ; je ne parle pas du vouvoiement mais d’égards de rigueur ou de courtoisie. A l’ère d’une égalité à tout-va, on a tendance à abaisser ses gardes et se reposer sur un certain laisser-aller, non que ce soit une simple discipline acquise mais plutôt une honnête bienveillance de voisinage qui s’accorde avec la civilité et la citoyenneté.
Re-specto en latin veut dire regarder avec attention, si possible avec le sourire qui permet de montrer à l’autre son ouverture à l’écoute, son désir du dialogue, sa concentration naturelle ! On y fait souvent référence en terme de légitimité (rôle ou fonction), pouvoir (père ou patron), ou autorité (sachant ou hiérarchie), mais le respect doit s’appliquer dans tous les domaines de la vie et cela s’apprend tôt dans l’éducation (parents), l’instruction (maître) ou l’élévation.
Dignité sereine
Sur ce dernier thème, il est fondamental de réaliser que le respect est une forme de regard vers le haut, y c. quand il s’agit du plus petit d’entre nous : il est question de dignité sereine que l’on donne à toute nature, humaine, animale ou environnementale. Les deux seraient-il synonymes ? Si l’on pense élévation, oui, car la dignité implique considération, honorabilité, mérite. Cependant, le respect s’il se perd peut précipiter le déclin de la civilisation moderne.
Depuis la nuit des temps, le respect est associé à la paix, une valeur que l’on prône de plus en plus pour rétablir l’équilibre. On respectait son ennemi, et si on l’avait vaincu, on le traitait avec classe ; messieurs les Anglais, tirez les premiers, aurait-dit un officier français lors de la Bataille de Fontenoy en 1745 ! Il en va des plus jeunes respectés par les anciens, e.g. dans la palabre des africains : si les sages échangent, la tribu, dans son ensemble, peut assister.
Le mot Gaïa
A notre époque où nous parlons climat, il manque le mot Gaïa, même s’il est sous-jacent au dilemme de l’humanité. Le respect ne démarre pas avec la COP, conférence annuelle, mais dans le respect de soi, son logement ou quartier, sa ville ou nation, la terre et l’univers. Il est aussi facile de jeter un papier que de prendre la peine d’en ramasser un pour le mettre dans une poubelle. Les Respectables chantaient «Un P’tit Geste Pour Changer L’monde», 2013.
Homme ou femme, amour ou haine, jour et nuit, si tout est dualité dans le monde, le respect est ce doux équilibre qui permet de cultiver le juste milieu comme le clame George Brassens et ses déboires avec la gent féminine ! Mais, à propos, cela commence par le respect pour soi qui renforce estime et confiance ; se respecter soi-même, c’est accepter de ne pas être vilipendé injustement, bousculé à merci, envoyé dans les cordes sans raison, tenir debout…
…Fondement de l’autorité que chacun représente dans son environnement immédiat, que ce soit les aïeux ou, mieux, la descendance, celle à qui l’on va transmettre de bonnes valeurs et qui se doit d’en bénéficier dès le plus jeune âge. Aretha Franklin le chantait si bien dans l’air bien connu «Respect» ! C’est un fondement du mariage et de la tribu ; c’est au-delà de son ipséité, la marque de son identité tout particulièrement auprès de ceux qui comptent le plus.
Comme un salut militaire
C’est un regard, selon l’étymologie, c’est un geste comme un salut militaire, c’est une place relative par rapport à l’autre. C’est une courtoisie comme de tenir la porte à une femme ou se lever et donner sa place à quelqu’un qui a pris de l’âge: age before beauty, diront les anglo-saxons avec une pointe d’humour. Et j’ose répéter que cela passe par la case personnelle, car on ne peut négliger ce premier regard bienveillant, prémisse de notre paix intérieure.
Sobriété, humilité, écoute sont des piliers du respect que l’on doit à l’autre. Savoir se mettre à sa place, avant de le critiquer, comme on peut facilement le faire sur un conducteur trop lent jusqu’à voir que c’est un vieux. Vous m’aurez compris, nous ne sommes pas seuls dans ce monde et, si la vie est un long et beau chemin, autant le jalonner de plus beaux éléments dont on pourra faire des pierres blanches et se retourner en se respectant pour son tracé !


