Le robot ordurier et la Conseillère fédérale

PAR CHRISTIAN CAMPICHE

Comment doit réagir Mme Keller Sutter à une injure sexiste du « chatbot » américain Grok? Cette question, l’auteur de ces lignes l’a posée par pure curiosité, et non sans une pointe de provocation, à un robot concurrent, la plateforme chinoise d’intelligence artificielle DeepSeek. La réponse fuse en cinq points: la ministre helvétique serait bien inspirée de

. réagir avec calme et fermeté
. demander des explications officielles en tant que membre du Conseil fédéral
. engager ou soutenir une action juridique pour atteinte à l’honneur
. saisir l’occasion pour un débat public
. ne pas donner d’écho inutile au contenu insultant.

L’affaire fait grand bruit dans le monde anglo-saxon où l’ancienne présidente de la Confédération n’est pas inconnue après son échange musclé avec Donald Trump au sujet des droits de douane, le 31 juillet 2025. Le déclencheur du scandale est un utilisateur de Grok, l’agent conversationnel aux mains de l’industriel Elon Musk. Sur le réseau dit social X appartenant à ce dernier, ledit intervenant aurait suggéré à Grok de « frapper très fort avec un argot de ruelle totalement pourri ». La cible étant Mme Keller-Sutter, la cheffe du département de Justice et police a décidé de porter plainte pour injures, selon la presse dominicale. Dans la foulée, la justice bernoise a ouvert une enquête pénale et le cas pourrait faire jurisprudence, poursuit le Sonntagsblick.

DeepSeek, qui a réponse à tout, commente à notre attention:

Même si Grok est une IA, la responsabilité incombe à l’exploitant de la plateforme et éventuellement à la personne ayant sollicité la réponse insultante.

Deux enseignements peuvent être tirés de cet incident que l’on aurait envie de qualifier de vaudeville s’il ne reflétait pas une réalité qui ne fait pas rire du tout. Le premier a trait à la fiabilité de l’intelligence artificielle, ce « miracle » technologique que d’aucuns verraient bien accéder à la puissance suprême, en remplacement du créateur de l’univers. Son impact est tel qu’il s’est emparé des décisions du commun des mortels jusqu’à les rendre captifs comme la mouche dans la toile d’une araignée. Or le cas dont nous traitons ici revient à conclure qu’il faut au contraire s’en méfier comme de la peste. Le robot n’est qu’un vil exécutant, il n’hésite pas à tenir des propos orduriers quand cette réthorique émane d’un forban nullement soucieux du bien d’autrui. En répondant à la façon d’un goujat de la pire espèce, l’IA montre le fond de sa « pensée », ce qui revient à dire qu’il n’en a pas. Pour un DeepSeek formulant, dans le cas particulier, des affirmations censées – ce qui n’induit pas du tout une crédibilité constante, en l’absence du critère de la bonne foi qu’un robot, par définition, n’est pas tenu de respecter, s’agissant d’un « privilège humain » – , combien de Grok malfaisants?

Le deuxième enseignement est d’ordre sécuritaire. Comment se prémunir contre de telles dérives? DeepSeek n’a pas attendu la question pour anticiper sa solution:

Cette affaire, en somme, illustre bien le besoin urgent d’un cadre clair sur la responsabilité des plateformes d’IA et la protection de la dignité humaine en ligne.

Venant d’une IA chinoise analysant la pratique d’un avatar américain tout en étant juge et partie, l’avis ne manque pas de sel. Nous ne saurions lui donner tort, tellement il reflète le bon sens. Merci robot. Si ce n’est que pour en arriver à cette conclusion, nous n’avons pas besoin de toi.

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Un commentaire à “Le robot ordurier et la Conseillère fédérale”

  1. yves ecoffey 13 avril 2026 at 11:15 #

    Sans Blague!
    Certes, le Jura est libre et Grock a su l’honorer.
    Mais que dire de se laisser déshonorer?
    Le Conseil fédéral a mis six pieds sous terre à Davos en laissant humilier son président par un autre!
    Comme quoi nous n’avons pas le courage de nos valeurs.

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