La santé ne mérite pas une investigation? Allons donc!


D’accord, le développement durable, s’il est très à la mode, demeure un concept touffu. Et son modèle concurrent plus radical, la décroissance soutenable, n’est pas moins abstrait. Mais ces deux projets pour le monde participent malgré tout d’une dialectique bien réelle qui est une remise en question du rôle de l’économie. Même Davos – soudainement transformé en plate-forme humaniste – s’en fait désormais l’écho, c’est tout dire: débridée, la croissance économique nuit au genre humain car elle met en péril son habitat naturel, la Terre.

Samedi 29 janvier 2005, sous l’égide du laboratoire d’idées Geduc créé par le jeune biologiste Alexandre Dufresne, s’est tenu à Genève un forum national destiné à lancer la décennie de l’éducation en vue d’un développement durable. Il a attiré de nombreux enseignants mais aussi un public attentif et critique, ainsi que le soussigné a pu le constater lors d’un débat auquel il a participé en tant que représentant de la presse écrite. Thème: «La responsabilité des médias dans une perspective de développement durable.»

Le moins que l’on puisse dire est que le métier de journaliste en a pris plein le clavier. «Les médias, parce qu’ils évoluent au sein du modèle dominant, ne sont pas à la hauteur», a lancé le biologiste Jacques Mirenowicz, responsable de «LaRevueDurable». «Ils contribuent massivement au développement non durable», a surenchéri Suren Erkman, fondateur et directeur de l’Institut pour la communication et l’analyse des sciences et des technologies (ICAST).

Face à ces attaques, les participants provenant de la presse audio-visuelle ont semblé déconcertés, comme s’ils débarquaient sur une autre planète. De fait leurs réponses trahissaient une certaine méconnaissance du sujet. Pourtant le développement durable, les médias en parlent déjà sans le savoir. Parce que les valeurs qu’il sous-tend reviennent en fin de compte à des enjeux de santé, on peut même affirmer qu’il intéresse tout le monde sans exception. Radio et télévision n’ont-elles pas chacune des émissions consacrées au contrôle que les consommateurs exercent sur les produits commercialisés?

Le problème se situe plutôt au niveau du suivi. Quand survient une catastrophe, les médias en font la une pendant quelques jours puis l’oubli s’installe. Qui écrit encore sur le Prestige ou la pollution au cyanure de la rivière Tisza? A-t-on enquêté sur les responsabilités, s’est-on demandé si les fautifs avaient été vraiment punis? Les gouvernements ont-ils tiré les leçons, ont-ils pris les mesures afin que de tels événements ne surviennent plus? Et les entreprises? De grandes lacunes existent également dans le traitement des problèmes de société tels que les OGM, les déchets nucléaires, le smog dans les villes, voire l’utilité sociale des JO.

Pour se disculper, les médias avancent leur incompétence dans le domaine scientifique. «On impute au réchauffement planétaire le recul des glaciers, la canicule meurtrière du mois d’août, mais comment savoir s’il ne s’agit pas de récupérations faciles?», argumente le patron de la Radio romande Gérard Tschopp.

Etonnants scupules. D’habitude prompts à dégainer sur le premier scandale politique, les fauteurs de guerres ou d’insurrections, les enquêteurs et reporters font les mijaurées dès qu’on leur parle de pandémies ou de pollutions. Comme si cela ne les concernait pas. Comme si la santé ne méritait pas une investigation. Alors qu’elle offrirait au contraire une réserve inépuisable de sujets plus brûlants les uns que les autres.

(1)Article publié dans “La Liberté” du 1er février 2005

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