Règles du jeu


«La campagne politique la plus chère de l’histoire suisse», qu’ils disent. Au fait, vous avez déjà vu une campagne électorale moins chère que la précédente? Plus intéressant: on n’a jamais autant parlé de l’argent des partis.

Jamais autant dénoncé l’opacité des financements politiques en Suisse. C’est pourtant une réalité qui pèse depuis des décennies sur les résultats. Comment comprendre que la télé officielle, au premier chef, mais les ténors de la presse écrite aussi, mettent maintenant la question en tête des préoccupations? Comme s’il y avait un mot d’ordre en haut lieu, ce que l’on serait bien en peine d’établir, mais que l’on pourrait en revanche expliquer. Car les observateurs de l’OSCE (Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe) qui vérifient la régularité des pratiques démocratiques des Etats membres, n’ont pas caché qu’il s’intéressaient, en Suisse, au financement des partis politiques, un problème sur lequel ils avaient déjà mis le doigt en 2007. Or rien ou presque n’a été fait, durant la législature écoulée, en vue de guérir ces tares du fonctionnement institutionnel suisse, à la différence de nombreux Etats européens qui ont édicté des règlementations parfois strictes.

Il est à prévoir que cette mauvaise volonté soit stigmatisée dans le rapport que ces observateurs doivent déposer dans deux mois. Leur démarche s’ajoute à celle du GRECO, organisme contre la corruption, qui a déjà remis un rapport sur le sujet au Conseil fédéral, lequel a préféré ne pas le publier avant les élections… Ce devrait tout de même être le cas fin novembre.

On comprend mieux que ce problème ne puisse être éludé plus longtemps. L’opacité financière des pratiques politiques entache la réputation de cette démocratie qui a l’outrecuidance de se prétendre exemplaire, alors qu’elle ne l’a jamais été, et que les “Landsgemeinden, irrespectueuses du secret des votes, n’ont pas encore été totalement éradiquées. C’aura été le mérite de la SSR (radio-TV suisse) d’avoir commandé une étude d’évaluation des dépenses publicitaires suisses, qui atteste de moyens financiers très inégaux selon les formations politiques, sans équivalence à leur représentativité ni à leur base militante.

L’argent peut servir à acheter des voix directement, l’histoire suisse en a produit des exemples. Il est de toutes façons le nerf de la guerre, et l’origine des fonds mis à disposition des formations est un élément clé de leur autonomie. Or le secret reste la règle. C’est tout de même énorme, dans ce pays, que l’on envisage sans état d’âme des atteintes graves aux droits des personnes telles que la levée du secret médical au profit des assurances maladie, tout en se montrant incapable de réglementer sérieusement les moteurs financiers du fonctionnement démocratique, et leur indispensable transparence.

Cela signifie qu’aujourd’hui encore, les règles du jeu politique sont biaisées. La mise en chantier d’une législationdans ce domaine doit être considérée comme urgente au plan fédéral, si l’on veut que le dispositif y soit applicable dans quatre ans. Pour qu’elle ait été posée à bon escient par les médias au cours de cette campagne électorale, la question du financement des partis ne doit pas en être une conclusion, mais devenir une priorité de la législature qui s’annonce.

Article paru dans “Courant d’Idées

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