Minorités spirituelles, le black-out de tous les médias français


Un fait politique majeur passé totalement sous silence par tous les médias. Cela paraît incroyable et pourtant, en France, pays des droits de l’homme, c’est possible.

PAR JEAN-LUC MARTIN-LAGARDETTE

Aucun article, aucune émission n’a donné ce fait brut: l’Assemblée parlementaire du Conseil de l’Europe (APCE), qui regroupe 47 pays, a rejeté la recommandation du rapport présenté par le député français Rudy Salles sur «la protection des mineurs face à l’influence sectaire». Déontologie, au secours!

Parce que cette information les dérange fortement, aucun parmi les médias français (du moins sur le web et à l’exception du site Ouvertures) ou presque (voir paragraphe suivant) n’a livré ce simple fait à ses concitoyens: le 10 avril 2014, la France a été stoppée dans sa volonté d’exporter à toute l’Europe sa politique envers les minorités spirituelles, qu’elle nomme «sectes» pour se justifier, et de créer un observatoire européen des minorités religieuses basé sur le modèle de la Miviludes (Mission interministérielle de vigilance et de lutte contre les dérives sectaires).

L’affaire a été très brièvement évoquée par le médiateur de France Inter dans une émission du 6 mai 2014. Jérôme Bouvier parle d’un «débat» fait par un journaliste de la radio avec seulement des «antisectes» patentés, une sérieuse entorse à la déontologie sur laquelle il n’a pas l’idée une seconde de l’interroger. Et il redonne la parole au seul journaliste qui peut ainsi tranquillement renouveler ses attaques et justifier son comportement discriminatoire «assumé». Le contradictoire avec les intéressés/accusés n’est toujours pas intégré à la déontologie de France Inter (du moins sur cette question). Dommage quand même, de la part d’un médiateur…

Le député français Rudy Salles avait été nommé rapporteur sur ce dossier à l’APCE. Le 3 mars dernier, il a rendu public son travail. Aussitôt, un monceau de lettres de protestations s’est abattu sur le bureau de la présidence et sur celui de la commission des questions juridiques et des droits de l’homme. Plus de 80 ONG nationales et internationales s’étaient en effet mobilisées pour alerter les parlementaires sur les dangers de cette approche discriminatoire. Et une pétition a rassemblé plus de 10 000 signatures.

Pour expliquer son échec, Rudy Salles a accusé toutes ces ONG d’être… des « sectes ». Parce que la scientologie ou l’association Cap LC, qui défend en France la liberté de conscience, figurent parmi les protestataires, son “argument” sera sans doute «compris» en France.

Mais les Sikhs de United Sikhs, l’Alliance évangélique européenne, l’ancien président de la Fédération protestante de France, les Hindouistes, le Groupe Helsinki de Moscou (groupe dissident pendant l’Union soviétique), l’Union des Conseils pour les juifs dans l’ancienne Union soviétique, le Synode fédéral des églises protestantes et évangéliques de Belgique, l’Initiative musulmane européenne pour la cohésion sociale (Emisco), parmi bien d’autres, n’apprécieront sans doute guère d’être catalogués comme «sectes» par les autorités françaises…

Ceci aura sans doute des suites politiques et diplomatiques. La presse française sera bien obligée, alors, de prendre quand même le train de… l’information.

En attendant, les Français, manipulés par leur presse, continueront de soutenir la politique arbitraire et discriminatoire de la représentation nationale et de la Miviludes qui les «protègent» des méchantes «sectes» que nos voisins européens gèrent d’une façon beaucoup plus pacifique… et démocratique.

Article paru dans Débredinoire.

Tags: , , , ,

Mentions légales - Autorenrechte

Les droits d'utilisation des textes sur www.lameduse.ch restent propriété des auteurs, à moins qu'il n'en soit fait mention autrement. Les textes ne peuvent pas être copiés ou utilisés à des fins commerciales sans l'assentiment des auteurs.

Die Autorenrechte an den Texten auf www.lameduse.ch liegen bei den Autoren, falls dies nicht anders vermerkt ist. Die Texte dûrfen ohne die ausdrûckliche Zustimmung der Autoren nicht kopiert oder fûr kommerzielle Zwecke gebraucht werden.