Et après?


A fin 2015, j’ai exprimé, dans un article pour la Méduse, mon fort sentiment que le type de société totalitaire dans lequel nous vivons et que subissent la plupart des humains en était arrivé à un point de rupture.

PAR BERNARD WALTER

J’avais aligné un certain nombre d’éléments à l’appui de mon propos, et ma conclusion était que 2015 marquait un tournant de l’histoire moderne, dans le sens d’un inévitable changement qui était en train de se produire. Il n’y a plus rien à attendre de ceux qui détiennent encore tous les pouvoirs. Ils font déjà partie du passé. Le changement ne peut venir – et ne viendra – que d’en-bas.

J’avais pour idée, en ce début d’année 2016, de rassembler, comme un botaniste cherche ses herbes, les indices que me fournirait l’actualité pour renforcer mon propos. Et puis finalement, tout ce qui est en train de se passer indique tellement cette tendance que chacun peut se faire ses observations et réflexions.

Toutefois, ce dernier samedi, j’ai été impressionné par la convergence des différents éléments présentés lors d’une même séance de nouvelles. Sans que cela porte atteinte au débit de paroles imperturbable des fonctionnaires préposés aux nouvelles dont le rôle est de faire croire que tout est normal, qu’on peut continuer de circuler, qu’il n’y a rien à voir, la grosse machine d’argent à broyer le monde peut continuer à ronronner.

Eh bien donc non! Ça déborde de partout, le système est dépassé. Les trois images du jour montraient chacune que, tel un cancer qui se répand partout, plus rien n’est contrôlable. Le système de gouvernance militaro-politico-financier poursuit sa fuite en avant et perd de plus en plus le contrôle.

La première de ces trois images, c’était, évidemment, celle des réfugiés aux portes de l’Europe. Et des démantèlements des camps de concentration en France et en Belgique. Ce que nous montrent les médias, ce sont des gens «du Sud» qui vivent dans des conditions exécrables dans des camps, et le long des frontières de l’Europe. Ces gens venus d’ailleurs sont présentés comme des «migrants», ce qui est à peu près synonyme de «voyageurs». Et pourtant non, ce ne sont pas des migrants, ce sont des réfugiés.

Les médias nous disent que «les gouvernements européens cherchent une solution».

Ces gouvernements discutent de quotas. Ou font des distinctions entre «vrais» et  «faux» réfugiés. Ou font des discours: «Ne venez pas chez nous…» Ou encore ils traquent les passeurs, ainsi que les embarquements de réfugiés. Mais rien à faire, rien n’arrête cette marée humaine, ni les souffrances ni la mort.

Alors quand plus rien n’est possible, on construit des murs de barbelés. Et après?

Deuxième image, très symbolique et inattendue: les ordures à Beyrouth. Une montagne d’ordures, en ville, au bord de la mer, et dans différents sites au Liban. Le gouvernement ne fait rien, depuis des mois, ça continue, ça s’accumule. Et pendant ce temps, les fleuves d’ordures que sont les billets de banque des profiteurs du monde continuent de couler à flot. Deux montagnes d’ordures qui se cotoyent sans jamais se toucher. Et après?

Troisième image, tout aussi inattendue et d’une totale nouveauté: la campagne électorale en état d’émeute à Chicago. Cette campagne ne ressemble déjà à rien d’autre, il n’y a plus de pronostic possible, les deux camps, démocrates et républicains sont en état de division totale, les «vrais» démocrates, type social-démocrate, tendance gauche humaniste, sont horrifiés par Mme Clinton, cette va-t-en-guerre qu’ils appellent Killary, les républicains traditionnels sont catastrophés par Trump, personnage totalement incontrôlable et imprévisible au cas où il serait élu. Et voilà que Trump se trouve pris dans une émeute où plus personne n’a de prise de parole, plus d’argument, il n’y a plus que des invectives, c’est une guerre sans visage, une campagne où même toutes les traditionnelles manipulations et tromperies et trompe-l’oeil et discours démagogiques et effets de manche et jonglage entre haine et sentimentalisme, tout cela a disparu et a fait place à une ambiance de cassée de gueule dans une cour d’école de misère. Trump qui n’a qu’un slogan et qu’une politique : Win, win, win – je gagne je gagne je gagne, voilà que son pauvre cerveau ne s’y retrouve plus. Images hautement symboliques elles aussi, ces images de tornade sur la campagne de Trump. Et après?

Plus près de chez nous, aux mêmes sessions de nouvelles, la France! Socialiste, la France! Avec une loi sur le travail au goût de pure droite, morte avant d’être née. Et une agriculture moribonde, où l’on dirait que les tracteurs ne servent plus qu’à bloquer les routes. Et cet aéroport qui témoigne du non sens le plus absolu de la fuite en avant généralisée du système. Comme les ordures de Beyrouth s’accumulent, s’accumulent les avions et les aéroports. Et après?

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2 Responses to “Et après?”

  1. Bernard Walter 17 mars 2016 at 09:14 #

    L’aéroport dont je parle, c’est donc l’aéroport de Notre-Dame des-Landes, à proximité de Nantes.

  2. Heizmann 18 mars 2016 at 08:45 #

    Un monde frappé du syndrome de Diogène..,
    Toute la question est maintenant d’attendre par où et quand, cet immense dépôt d’immondices militairo-politico-financières va-t-il s’embraser…

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