UE , vers le fédéralisme pour être plus efficaces


Le résultat du référendum britannique du 23 juin 2016 oblige les responsables européens à mener une profonde réflexion sur la mécanique de fonctionnement des institutions.

PAR ALBERT EBASQUE

Car au fil du temps, ces dernières se sont complexifiées et l’homme de la rue a de plus en plus de mal à comprendre le rôle et la place de Bruxelles dans sa vie de tous les jours. C’est d’ailleurs sur ce thème assez prisé chez les populistes que les partisans du Brexit ont largement surfé au cours d’une campagne dont le niveau général ne fut pas à la mesure de l’enjeu: à bas ces technocrates non élus et leurs directives contraignantes.

Mais quelle Europe voulons-nous? Le curseur se déplace entre deux bornes: d’un côté les partisans d’un fédéralisme laissant peu de marges de manœuvre à chaque Etat-membre. De l’autre, les souverainistes refusant toute tutelle venant de l’extérieur afin de conserver un pouvoir de décision sur la plupart des sujets. Entre ces deux bornes, une ligne de crête qui est à peu près celle que nous connaissons depuis maintenant plusieurs années mais qui, manifestement, est sujette à critiques.

L’Union Européenne est un ensemble politique sans équivalent dans le monde. Vingt-huit pays en font partie à ce jour, ce qui représente un marché de plus de 500 millions d’individus et un PIB de l’ordre de 14 000 milliards d’euros qui, depuis 2014, dépasse légèrement celui des Etats-Unis d’Amérique. Regroupant seulement 7% de la population du globe, son commerce équivaut à 20% du total mondial. Cependant, ce vaste ensemble ne présente pas toutes les caractéristiques de l’homogénéité puisque les pays du Sud disposent d’un revenu par habitant très inférieur à ceux du Nord. Par ailleurs, l’Union Européenne est composée de pays aux cultures et aux langues différentes qui tendent à complexifier les mécanismes de partenariat et de coopération. Mais «In varietate concordia» étant la devise de l´UE, il faut savoir assumer et piloter cette diversité. Enfin, les institutions fonctionnant avec la règle du vote à l’unanimité, il est certain que la gestion de cet ensemble à vingt-huit ou bientôt à vingt-sept ne peut s’affranchir de lenteurs, de lourdeurs, voire de blocages sur certains grands sujets d’intérêt commun ainsi que nous le constatons avec la crise des réfugiés du Proche-Orient.

Et pourtant, il faut impérativement donner un nouveau souffle à cette Union qui a pour principal avantage d’obliger les pays à coopérer sur un socle d´intérêts communs, ce qui nous a permis de vivre ces soixante-dix dernières années dans la paix la plus totale… même si les questions de sécurité sont toujours actuelles. Il nous faut à la fois simplifier les institutions et aller dans le sens d’une plus grande convergence des politiques publiques. Sur ce second point, on pourrait envisager une Europe à deux vitesses où chaque groupe de pays aurait ses propres règles de convergence en fonction de la richesse nationale. Il semble en effet difficile d’imposer les mêmes contraintes budgétaires à des pays de de structures économiques et niveaux de développement différents. Le Fonds de Solidarité de 500 milliards d’euros sur cinq ans pourrait alors jouer pleinement son rôle de soutien au développement pour les pays les plus faibles. Quant aux institutions, allons vers plus de simplification aussi bien au niveau du Parlement que de la Commission ou bien du Conseil Européen. Les fameuses Directives mériteraient plus de souplesse dans leur application et une réflexion doit s’engager sur ce fameux vote à l’unanimité qui est souvent source de blocages et de lourdeurs parlementaires.

Et puis soyons clairs: le fédéralisme ferait perdre du pouvoir à chacun mais donnerait davantage d’efficacité à l’ensemble. Nous devons donc progresser vers davantage d’intégration dans des domaines stratégiques comme la Sécurité, l’Education, la Santé, la Fiscalité et l’Investissement productif. Et c’est avec une meilleure coordination des politiques publiques et une simplification de la mécanique décisionnelle que nous aurons des effets sur ce que nous attendons tous depuis si longtemps: la croissance et ses effets positifs sur l’emploi. Ceci étant dit, quelles que soient les réformes à mettre en place il faudra savoir gérer dans la complexité car seuls les partis populistes peuvent laisser croire qu’il y a des solutions simples pour gouverner une entité aussi vaste et aussi diverse.

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