Lettre de Fribourg à un ami lecteur – L’affaire C… ou tous ces coups de pied au derrière qui se perdent


Avant de commencer à penser à rejoindre Lima, encore sous l’influence de l’hiver, qui peine en outre à entrer dans l’automne, je profite des rayons de soleil, ici. Le climat est encore acceptable à mes yeux. A mon corps, devrais-je dire.

PAR PIERRE ROTTET

Mais crois-moi, avec les premières froideurs et températures qui piquent en direction des moins dix, je déguerpis à leurs premières apparitions. Autrement, je file. Avec un écriteau sur ma boîte à lettres: parti pour cause de froid. En « éternage ». De retour au printemps. Je laisserai passer quelques flocons de neige. Histoire de voir s’ils ont toujours la même couleur, la même manière de flotter dans l’air avant de se poser.

Et puis, lorsque Fribourg se met sous la couette, que de mon balcon mon regard se porte en direction du bois, avec la réverbération des lumières du proche horizon, avec l’aide du ciel, celui d’où viennent les flocons, la nuit se met à prendre de drôles de couleurs. Avec l’ensemble de la gamme des tons pastels orangés, qui flirtent avec le blanc déposés sur les arbres.

Pour rien au monde je ne me passerais de ce spectacle. De ce carrousel de tâches blanches qui s’enhardissent à apporter de la douceur à mon regard. Un peu comme si mon être entendait capter ce moment en l’emmagasinant avec son enchantement et un peu de froid. Pour en faire provision afin de tempérer quelque peu mon été.

En attendant, comme toi, je suppose, j’observe ce monde vivre. Y compris la répétition d’une actu dominée par des personnages qui pourrissent le monde. Je sais que, comme moi, tu n’as pas de mots assez durs, assez forts. Cela m’évite d’en faire la liste. Et de me faire censurer…

Le problème, si tu permets, est que tout dangereux qu’il puisse être, le protagoniste de Pyongyang ne se prend par pour le maître et le gendarme du monde. Contrairement à l’autre, l’occupant de la Maison de moins en moins blanche. Enfin, c’est selon. Car à l’inverse, je pourrais tout aussi bien écrire plus blanche que jamais…

Ca c’est pour un premier point dans ce tour d’horizon. Tu as également pris connaissance de la mort d’un soldat français dans la zone siro irakienne. «Tué, a dit l’Elysée, dans l’accomplissement de sa mission pour la défense de notre pays». Dit en passant, je me demande bien ce qu’il f… là-bas, le pauvre. Mais c’est là mon point de vue. Bref, le truc, c’est que le pensionnaire de ce palais, M. Macron en l’occurrence, s’est envolé avec lyrisme pour affirmer, je cite «Je salue le sacrifice de ce soldat».

Tu veux dire que je cherche la petite bête, que je m’emploie… bref. T’es libre. Mais j’ai comme l’impression que toi aussi, et avec nous beaucoup d’autres personnes, pensons à la famille de cet homme. Je ne sais pas s’il avait des enfants, le défunt de je ne sais quelle cause, s’il avait une épouse. Ce que je sais, c’est qu’il avait assurément une famille. Des parents, des frères, des soeurs, des cousins, que sais-je. Tu vois les gosses du soldat aller en classe tout fier, confiant en des propos dans lesquels tout n’est pas bon: «Mon papa, ouais, y s’est sacrifié». Il sera alors bien assez tôt de verser des larmes pour leur disparu «sacrifié» de papa.

On change de pays. A Madrid, Rajoy, pas avare de mauvais calculs ou pour défendre les indéfendables du système, a sans doute dépassé sa ligne rouge, dans le bras de fer qui l’oppose avec la Catalogne. Je ne sais pas si le référendum du 1er octobre aura lieu. Ce que je sais, enfin, ce que je pense, c’est qu’il aura poussé dans les bras des indépendantistes ceux qui encore hésitaient. D’accord, ce ne serait pas pour me déplaire.

Le plus amusant, enfin, lorsque je dis amusant, est que Rajoy a trouvé son meilleur allié dans le quotidien dit de centre-gauche « El Pais ». Jamais de m’a vie, et elle a tendance à s’allonger, je n’ai vu, lu, observé un tel déploiement de désinformations de la part d’un canard. Ouvertement aveugle et « madritiste ». Décidément, le nationalisme et le manque de mémoire d’une partie de la société espagnole continue à se mettre un bandeau. A s’atrophier dans son amnésie historique.

Enfin, et je terminerai par là. Je sais que tu as d’autres choses à faire, comme par exemple analyser la montée de l’extrême-droite lors des dernières élections en Allemagne. Un sacré pied dangereux dans les plates-bandes du ronron allemand et européen. Reste que c’est d’un autre pied dont je désirais m’entretenir avec toi. Celui venu en droite ligne de la jambe du président du FC Sion dans le postérieur d’un bonhomme.

Qu’est-ce qu’on n’a pas tartiné à ce sujet. Le pompon, si tu me permets l’expression, revient à un quotidien de boulevard romand. Qui a consacré à ce geste certes peu sportif, quelques neuf pages, dans son édition du surlendemain. Neuf pages. Le quart de son édition du jour. Et si t’enlève les petites annonces de cul… Tu vois, pour une histoire de pied dans le derrière adressé à un bonhomme, je me dis qu’il y en a d’autres. Qui se perdent, ceux-là.

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