Lettre de Lima à un ami lecteur – Pardon de revenir, une fois encore, sur la Catalogne


Permets, mon cher, de revenir, une fois encore, sur la Catalogne.

D’abord parce que, politiquement, l’Espagne attendait de voir les indépendantistes écrasés le 21 décembre. On sait ce qu’il est advenu de cette prédiction. Deux jours après, l’Espagne, enfin, Madrid surtout, attendait de voir Barcelone tomber face au Real. La déculottée pour Madrid s’est poursuivie.

Plaisanterie à part, quoique… j’ai quand même un scoop à ton intention. Avec ce qui n’a pas été dit, ou pas voulu être dit dans les commentaires, surtout pas par Madrid. Dans la presse, partout, on a mis en exergue une sorte de « match nul » entre indépendantistes et unionistes. Une aberration. Voici pourquoi. On a certes relevé la majorité au Parlement des indépendantistes, avec 70 sièges, mais aussi et surtout pour dire qu’avec 47,6% les indépendantistes étaient evancés en nombre de suffrages par lesdits unionistes, avec 52% et des poussières.

Ce qui fait dire aux « observateurs », avec le sens de la nuance inexpressive qui est le leur, que personne n’a gagné, puisque les uns gagnent en nombre de sièges, alors que les autres remportent la joute en termes de pourcentage. De voix.

Ce qui est faux. Archi-faux. Et je m’insurge. Car – ce calcul, sans doute l’as-tu fait également, toi, mais pas la presse, par paresse ou par ignorance, ou pire… par complaisance. Si tu soustrais en effet les scores de CatCom.Podemos, crédité de plus de 7% (8 sièges), tu n’obtiens plus pour les réels unionistes qu’un faible 45%. Autrement dit, ils sont défaits aux aussi sur ce plan-là.

Tu me diras avec raison que la liste Catalogne en Commun-Podem, composée du parti de la mairesse de Barcelone, Ada Colau, et de la jeune formation d’extrême gauche Podemos, n’est pas indépendantiste, mais encore moins unioniste, puisqu’elle soutient l’idée d’un référendum sur l’indépendance de la Catalogne. CQFD. Mais qui ne l’a pas été… Est-ce vraiment pour te surprendre?

Un peu de décence, que diable. Placer sous le vocable d’unionistes Cuidadanos, PP et PSOE, ces partis interchangeables, soit. Pas de problème. C’est même, dirais-je, logique. Mais de là à placer dans le même panier Catalogne en Commun-Podem, un groupement qui est aussi éloigné de ces trois formations que Rajoy l’est de la réalité, c’est tout de même un comble. Un peu gros.

Enfin, une touche amusante pour terminer. Histoire de me demander comment un lecteur du quotidien français « Le Monde » et du journal de Madrid « El Pais » fait pour s’y retrouver. Le premier titrait en ce vendredi « Rajoy refuse le dialogue ». Le second, le même jour, « Rajoy descarta convocar elecciones y ofrece dialogo al nuevo gobierno catalan ». Dit en français, Rajoy écarte la convocation de nouvelles élections et offre le dialogue avec le nouveau gouvernement catalan. Marrant, non?

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5 Responses to “Lettre de Lima à un ami lecteur – Pardon de revenir, une fois encore, sur la Catalogne”

  1. Albert Ebasque
    Lecerf 24 décembre 2017 at 01:03 #

    On peut appliquer le même raisonnement de l’autre côté de l’échiquier avec la CUP qui a obtenu quatre sièges. Certes independantistes, les représentants de cette formation anticapitaliste ne sont pas compatibles avec des partis de gestion et de gouvernement. Et c’est bien tout le problème de la Catalogne et de Madrid : il sera très difficile de trouver les bonnes alliances dans les semaines à venir.

  2. Francois Meylan
    François Meylan 25 décembre 2017 at 22:20 #

    Il est bien difficile de se forger une image et encore bien moins une opinion sur les derniers propos relatés par Monsieur Rottet. Peut-être, devrait-il se rendre en Catalogne ou encore y vivre un certain temps – ce que j’ai personnellement fait – pour rendre compte de manière plus fine et surtout plus impartiale de la situation véritable sur place.
    Mais encore, devrions-nous rappeler un indicateur qui ne trompe pas. Toutes ces multinationales qui ont déserté la région récemment. Et de préciser encore et encore que du côté indépendantiste on trouve tout et son contraire. Un pot-pourri avec lequel il s’avère déjà impossible de gouverner de façon constructive.

  3. Bernard Walter 26 décembre 2017 at 17:46 #

    On se croirait en pleine bataille électorale. M. Rottet dit ce qu’il pense. M. Meylan, qui semble très sûr de son savoir, dit ce qu’il pense. Mais quand même: laisser entendre, comme le fait M. Meylan, que “j’y étais donc je sais”, c’est une manière d’argumenter qui n’a rien à voir avec être “impartial” ou pas. Et puis supposer que le départ de multinationales sous d’autres cieux est un baromètre de vérité est peu scientifique.
    Il ne reste plus à chacun qu’à choisir son camp. Selon ce qu’il sait ou croit savoir, selon ses engagements politiques et sociaux, selon son intuition (parce que nous ne vivons pas tous en Catalogne), parfois aussi selon sa plus ou moins grande soumission à l’ordre établi du moment. (Quant à moi, je choisis le camp de M. Rottet, et j’ai mes bonnes raisons qui sont les miennes).

  4. Francois Meylan
    François Meylan 27 décembre 2017 at 11:50 #

    Monsieur Walter, vous l’ecrivez malheureusement ! Il y a à présent deux camps. Ce qui est dramatique. Quand le premier coup de feu sera tiré il sera trop tard. Et la situation catalane risque de nous amener à un conflit armé. Dans lequel un voisin tue son voisin. Un frère ne parle plus à son frère etc et etc. Parceque vous semblez occulter une chose primordiale : nous n’avons pas affaire à un combat entre Madrid, l’incarnation du méchant capitaliste, et le gentil humaniste catalan. Mais à des Catalans contre d’autres Catalans… Et pour en connaître personnellement dans les deux camps, je vous assure qu’il n’y en a pas un qui est plus légitime que l’autre. Si ce n’est celui qui se confinera dans la légalité et sur un chemin pacifique.
    Je vous souhaite un bon nouvel An.

  5. Bernard Walter 27 décembre 2017 at 18:07 #

    Je vous remercie de votre réponse, Monsieur Meylan, et je vous adresse moi aussi mes voeux pour l’année à venir.
    Partout dans le monde, on retrouve ces “deux camps”, et s’ils ne savent pas se parler, c’est souvent la guerre. Sous des formes souvent anodines et parfois sauvages. (Ceci dit, et pour vous répondre, c’est quand même Madrid le pas méchant qui est allé à Barcelone casser la gueule aux indépendantistes pas gentils le 1er octobre passé.)
    La situation actuelle en Espagne semble critique. Ce que j’ai pu remarquer, et ce jusque dans nos médias, c’est que dans la guerre des idées -c’est le stade où nous en sommes actuellement-, la courtoisie est le plus souvent le fait des pro-indépendantistes.
    Les “deux camps” chez nous en Europe, on les a eus en 14-18 et en 39-45.
    Mais d’une façon plus générale, ces “deux camps” on les retrouve immanquablement sous la forme globale d’une guerre des riches contre les pauvres. C’est là qu’en est actuellement la Planète des Hommes. Et tant qu’on en restera à ce stade sous-évolué, les “deux camps” se retrouveront toujours l’un en face de l’autre. C’est pour cela que les hommes du camp dominant ont constitué des stocks d’armes capables de vingt fois se détruire. Eux et leur habitat. Et ces maîtres du monde en sont fiers !!!!!

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