Kaiseraugst, Larzac, Mormont…


PAR CHRISTIAN CAMPICHE

L’expulsion des zadistes de la colline du Mormont rassure sans doute celles et ceux qui se drapent dans leurs certitudes face aux ordres des pouvoirs établis, eux-même soumis à la dictature d’une débauche de constructions mâtinées de béton. Mais tout reste encore à écrire sur cette résistance, à ce jour unique en Suisse, face au rouleau compresseur de la croissance débridée. Quelles seront les suites psychologiques dans les rangs d’activistes soudain désoeuvrés, dépourvus de projet solidaire et mobilisateur? Ces mêmes personnes subiront-elles des discriminations à l’embauche, voire tout simplement des rétorsions juridiques? Qu’adviendra-t-il par exemple de la plainte pour violation de propriété déposée par Holcim en novembre dernier? 

L’intervention policière au Mormont marque la fin brutale d’une idée communautaire nourrie aux mamelles du romantisme et du mythe de la pureté originelle. Réminiscences des grandes épopées contestataires des années 60 et 70, les hippies, Kaisergaust, le Larzac, où le combat n’était pas différent. On s’opposait à la société de consommation, le nucléaire… Qu’ont fait de leurs rêves les contestataires d’alors, aujourd’hui des septuagénaires guettés par la vaccination?

Calife à la place du calife. Combien de faux idéalistes ont profité de l’écroulement des anciennes valeurs pour prendre le pouvoir en gagnant, tant qu’à faire, beaucoup d’argent. D’autres, s’ils n’ont jamais vraiment renié leur engagement, n’en sont pas moins rentrés dans le rang. Il le fallait bien si l’on voulait manger et nourrir sa famille… Une minorité, infime, a continué la lutte à un niveau concret, écrivant des chansons ou des livres dans une quête mélancolique d’absolu. 

Dans un monde où meurent les jolis cafés mais où cartonne la spéculation immobilière, les repères susceptibles de redonner de l’espoir à la génération de Greta Thunberg ne courent pas les rues. Poutine, Macron, Merkel, les chefs d’Etat qui jouent des muscles, masqués devant les caméras, ne sont rien d’autre que des marionnettes au service du lobby de l’armement. Conditionné par les slogans publicitaires que relaient les médias grand public, le bon peuple joue leur jeu, préférant penser à autre chose, les vacances, les voyages low-cost, reprendre le cours de la fuite en avant, interrompu par les confinements successifs. Les laquais de Leurs Excellences encouragent cette insouciance collective. Tel journal dominical ne donne-t-il pas tous les trucs pour surmonter les écueils que les mesures sanitaires placent sur la route des touristes?

Les avions recommencent à strier le ciel. Vides ou pleins? Qu’importe, ils survolent des territoires dont les habitants ne savent plus à quel saint vaccin se vouer. Comment expliquer à une population privée de nombreuses libertés que l’espace aérien est accessible aux malins sans scrupules, à celles et ceux qui savent contourner l’interdit? Pour se rendre à Berne et tenter de convaincre son homologue helvétique d’acheter l’avion de chasse Rafale, la ministre de la défense française n’a pas eu besoin de passeport vaccinal…

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3 Responses to “Kaiseraugst, Larzac, Mormont…”

  1. claude ossola 1 avril 2021 at 12:12 #

    Excellent vous avez mis les mots sur mon ressenti et mon état d »esprit du moment qui dure et perdure, merci
    Claude

  2. Yannick Le Houelleur Yann 1 avril 2021 at 13:24 #

    Je suis une sorte de collaborateur aux humeurs irrégulières d’Infoméduse parce que certains jours, on se réveille avec l’envie de tordre le cou au premier bonimenteur venu et certains autres on se dit que cela n’en vaut pas la peine.
    Voici bien le grand danger qui nous guettait à l’épreuve de la Covid : une opportunité de nous poser quelques questions sur l’avenir du monde et la possibilité de rectifier le tir, autrement dit arrêter de nous comporter comme des citoyens capricieux, désirant nous offrir une petite consolation lorsque surgit la moindre contrariété. Au départ, j’y croyais : les citoyens, en nombre suffisant, interpréteraient cette crise sanitaire comme un dérèglement plus que passager nous incitant à vivre plus humblement avec un cœur plus grand ouvert et un portemonnaie moins sollicité. Maintenant, le mot d’ordre est le suivant : « Faites vous injecter dans les veines tout et n’importe quoi même pour que l’économie puisse repartir, les avions se remettre à cracher leur kérosène dans un ciel toujours plus encombré… de particules et recommencer à vivre à crédit, parce que vos rêves valent bien quelques appels, de temps à autre, du gérant de votre banque vous demandant de vous montrer un peu plus sages…
    La mégalomanie, l’hypocrisie, la forfaiture reprennent leurs droits. Nous sommes plus que jamais confrontés à un chantage. Nous étions des consommateurs impénitents. Nous devons rester des « cons », en tout cas.
    Vous avez très bien résumé la situation : c’est un retour à l’inconscience que nous allons revivre. Avec bien sûr quelques tolérances à certaines libertés sournoisement rognées pendant cette période confuse où les images de services d’urgence en hôpital servaient, flottaison de seringues par-dessus un océan d’étouffements et de convulsions, à masquer un « autre monde », et non point « un nouveau monde » que les lobbyings les plus infects nous mitonnaient. Avec, plus que jamais, la politique du bâton et de la carotte.
    Bravo, Christian Campiche, pour avoir vu « le point capital » de cette crise.
    Avec l’assurance de mon respect pour un journaliste aussi éclairé.

  3. Marie-Françoise Rochat 8 avril 2021 at 08:15 #

    Merci, Christian Campiche, je soutiens tous ces gens qui se battent pour notre paysage. Je connais bien cette colline pour m’y être souvent promenée. La flore y est exceptionnelle.

    Malheureusement, dans notre pays, les politiciens sont des ignares qui ne voient pas plus loin que leurs salaires et les prochaines élections. Dans quelques années, on se rendra compte que ces « écolos » avaient raison. Je rappelle ce que disaient nos radicaux et libéraux en parlant des écologistes :  » Il faut espérer qu’il restera des arbres pour les pendre! » . Maintenant, Dieu merci, ils sont battus par ces naifs qu’ils voulaient pendre.

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