Ambiguïtés covidiennes


PAR CHRISTIAN CAMPICHE

Pour s’être hasardé à prononcer des chiffres trop optimistes au chapitre des vaccinations, le brave ministre Berset s’est planté le doigt dans l’œil. D’ici à l’été, les Suisses seront immunisés contre le Covid dans leur toute grande majorité, escomptait-il au début de l’année. On est encore très loin de cet ambitieux objectif. En réalité, de moins en moins de Suisses se font inoculer la fameuse préparation utilisée pour lutter contre le Covid.

Pas fous ni masos, les Helvètes ! A force de lire et entendre que le pire est derrière elle, la population finit pas se dire qu’il n’y a plus de danger. Elle est impressionnée par les images de rassemblements sportifs que diffuse le service public. A l’euro de football, des dizaines de milliers de supporters fraternisent, rivalisant en effusions dans les stades. Dans les aéroports, se massent les vacanciers en partance. A vrai dire on ne comprend plus rien, car en même temps les églises, elles, imposent le masque et le sésame de la signature sur la liste de présence à des fidèles triés sur le volet.

Bref le bon Berset ne sait plus à quel saint se vouer. Dans la version numérique du « Blick », il jette l’opprobre sur les non-vaccinés. Attention, si le Covid revient, ils se trouveront en première ligne face au feu ennemi ! Faire peur pour inciter une large majorité des Suisses à se faire inoculer ne serait-ce qu’une dose ? Certains argueront que ce serait de bonne guerre dans un pays dont la croissance du PIB dépend de plus en plus de la santé des groupes pharmaceutiques. Vrai ou faux, l’attitude du ministre dénote en tout cas une vision simpliste de la réalité. D’autant que, vu le déficit de statistiques diffusées par Berne, compte tenu du manque de curiosité des médias, on ne parvient pas à trier le bon grain de l’ivraie. Des variants aux noms olympiens prêtent main forte au Covid. Lequel, du coup, ne fait pas de distinction, frappant où bon lui semble, également parmi les vaccinés. Au point que l’idée d’un troisième tour de vaccination, destiné avant tout aux aînés, est sérieusement envisagé. Avant un quatrième, un cinquième en 2022? Ubu, sauve-nous!

Le cauchemar au retour des vacances? A se demander pourquoi les gouvernements ne tirent pas les leçons de 2020. Pourquoi le Conseil fédéral ne fait-il pas preuve de cohérence en interdisant les manifestations publiques ? De deux choses l’une. Ou bien le Covid est véritablement une maladie potentiellement mortelle et le combat pour l’éradiquer ne souffre d’aucun relâchement. Ou bien le pouvoir de nuisance de la méchante couronne est monté en épingle par de rusés docteurs Knock, davantage soucieux du bien-être de leur porte-monnaie que de celui de leurs patients.

Comme on aimerait encore donner un minimum de crédit aux dirigeants de ce monde, nous ne retiendrons que la première option. Ce qui nous conduit à nous demander pourquoi la prudence n’est plus de mise. Tant que le virus sévit, tant que la vie de milliers de personnes est en jeu, la permissivité confine à une faute très grave, voire au crime contre l’humanité. Les organisateurs de grands rassemblements sportifs ou musicaux et les tours opérateurs devront répondre devant les tribunaux du délit de négligence, quand il ne s’agit pas d’enrichissement illicite, tout simplement.

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2 Responses to “Ambiguïtés covidiennes”

  1. Schindler 15 juillet 2021 at 15:03 #

    Les vaccins sont la seule mesure pour éviter de nouvelles contraintes : fermeture, masque, limitations, couvre-feu. Mais, à chaque fois que le CF propose la vaccination, les anti-va et les hérauts des libertés individuelles descendent dans la rue.

  2. Philippe Zutter 20 juillet 2021 at 20:09 #

    Si les Suisses ne sont pas encore, dans leur très grande majorité, immunisés contre le covid comme Alain Berset le souhaitait ce n’est pas sa faute. Le ministre de la santé s’est simplement trompé dans ses évaluations. Ce n ‘est pas facile d’exercer de telles fonctions aujourd’hui, surtout qu’un homme politique est tributaire des avis d’experts scientifiques qui parfois aussi pédalent dans la choucroute..
    Le vaccin n’est certes pas la panacée universelle, mais il constitue, à coup sûr, un réducteur d’incertitudes. Et aujourd’hui, on ne dispose pas de meilleur outil que celui-ci aussi imparfait soit-il. C’est pourquoi, il ne sert à rien de tirer sur le pianiste en l’occurrence sur le conseiller fédéral Alain Berset qui a raison d’inciter les Suisses à se faire inoculer la substance soluble encore perfectible.

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