Où sont-ils passés, les poètes ?


PAR GILLES SEBAN, à Dieppe
(article paru dans Franc-Parler numérique)

Si l’on doit se préoccuper de la faim dans le monde et de la misère qui jonche les trottoirs de nos cités. Si l’on doit s’inquiéter du sort des victimes des guerres et de la barbarie. Si l’on doit s’interroger sur le devenir de la planète quant au dérèglement climatique et à ses conséquences. L’on peut plus légèrement certes et sans nulle gravité se demander : où sont passés les poètes ?

Le poète de la Modernité rejoint le ménestrel et le troubadour des temps anciens.
Dessin de Yann Le Houelleur

Car la poésie a depuis longtemps déserté l’espace public pour se cantonner à des salons, à Paris et ailleurs, littéraires ou même d’autres lieux plus ou moins dédiés ou appropriés. Il fut un temps où les Rimbaud, les Verlaine, les Apollinaire, les Baudelaire, les de Nerval et bien d’autres avaient leurs rayons dans les librairies. Ils avaient aussi un espace garanti dans les gazettes régionales ou dans les bulletins municipaux. Cerise sur le gâteau : des chroniques littéraires émanant de ces esprits se déployaient dans journaux à fort tirage.

Vivre d’expédients

Que dire des poètes d’aujourd’hui? Nos chanteurs populaires sont-ils les poètes des temps modernes? A moins que les poètes de notre époque n’aillent se nicher dans les greniers de Montmartre, en mal d’inspiration. Selon la légende, ils passent le plus clair de leur temps à scruter la déferlante des touristes, à vivre d’expédients, dans le meilleur des cas à vivoter de petits boulots, à n’avoir pas beaucoup d’espoir pour leur avenir. La poésie a toujours connu la clandestinité tout en maintenant des portes ouvertes sur le monde. Mais la poésie ne s’est jamais vraiment trop bien vendue, à l’exception des auteurs les plus connus mentionnés précisément et depuis si longtemps disparus. De nos jours, la poésie doit se mettre en musique pour exister.

Emules dans les cités

Le Printemps des poètes est un pur produit des médias, une banderole folklorique pour des has been déconnectés du monde réel ou encore un véritable gadget pour les bobos des grandes villes. Il n’attire que trop peu de curieux et badauds.

Paris, Métro Maubert. Dessin Yann Le Houelleur


Aujourd’hui, les auteurs, parfois également compositeurs et interprètes, le savent pertinemment. Et il y a des talents dans tous les genres. Les Rappeurs, avec, en tête d’affiche Ninho, Nekfeu, SCH, Soprano, MC Solar et tant d’autres, font des émules dans les cités, sur les antennes et à la télévision. Mais sur les réseaux sociaux fleurissent de jeunes prodiges du verbe mécanisé, cadencés à la va vite en suivant ce que l’on désigne par le flot. La poésie a déserté la communale, le collège et le lycée pour ne trouver refuge que dans les classes de maternelles avec, en exergue, les trois ou quatre fables de La Fontaine les plus connues, et, sinon, parmi l’élite des étudiants en Lettres. On ne connait pas (ou plus vraiment) les grands poètes. On ne récite plus de la poésie à l’école.

Même si le cercle des poètes s’est élargi sans tout à fait pour autant disparaitre.

Le ménestrel et le troubadour

Car, pour toucher le grand public, aujourd’hui, il ne suffit pas d’avoir du texte. Il importe surtout d’avoir une Voix. Car si les mots ont leur importance, c’est la voix qui pousse les mots pour qu’ils soient entendus et écoutés. Le poète de la Modernité rejoint le ménestrel et le troubadour des temps anciens. Il va charmer avec ses mots. Il séduira avec sa voix. Nous sommes tous devenus des Ulysse en puissance en mal de séduction vocale. Le chant des sirènes, croyez-moi, a de beaux jours devant lui.

Le chant des sirènes, croyez-moi, a de beaux jours devant lui. Dessin de Yann Le Houelleur.




Franc-Parler fête ses cinq ans avec panache


L’ article «Où sont passés les poètes?» émane de Franc-Parler, un journal numérique élaboré dans la proche banlieue parisienne. Ce média atypique célèbre les cinq ans d’une existence fertile en rencontres surprenantes. Le dessein de « F.-P.» est de parler de citoyens pour la plupart peu connus mais qui ont à cœur d’évoquer leurs aspirations, leur rêves, leurs attentes. Les contributeurs du journal dressent le portrait de ces anonymes et ils relatent leur trajectoire par le biais de mini-essais, de textes poétiques, d’entretiens.

Mais au fait, qui est Yann Le Houelleur, la cheville ouvrière de Franc-Parler ?  Ce sexagénaire qui investit une copieuse partie de son temps dans la mise en page de Franc-Parler, est un artiste tout aussi non conformiste, qui dessine dans les rues de Paris. Il lui arrive de vendre certaines de ses « œuvres » (un mot dont il a horreur) à des touristes comme à des riverains. Auparavant, il a été journaliste au Brésil, officiellement correspondant de médias francophones. A São Paulo, il dirigeait et il élaborait un mensuel bilingue (français et portugais), en partenariat avec l’Alliance française. En 2007, il a dû rentrer en catastrophe en France, avant de repartir au Brésil pendant quelques mois, en 2008 et 2009, à l’occasion de l’Année de la France au Brésil.

Dans sa formule actuelle, Franc-Parler est transmis à ses abonnés et lecteurs selon une formule originale : des PDF et des pages en mode JPG.

Pas étonnant, donc, que les articles de Franc-Parler soient accompagnés de dessins faits pour la plupart à Paris et en proche banlieue au gré des saisons.

L’auteur de l’article que la Méduse est heureuse de vous offrir, Gilles Seban, est un psychiatre à la retraite qui a abandonné son appartement parisien pour vivre au bord de la mer, dans la ville normande de Dieppe. A propos des 5 ans de Franc-Parler il a écrit : « Ma contribution à Franc-Parler m’offre des satisfactions éditoriales tout en consolidant mes motivations pour l’écriture. Grâce à l’ouverture d’esprit de Franc-Parler et de son fondateur Yann, j’ai une plus grande liberté de choix quant aux sujets traités, ce qui est un véritable réconfort pour moi. » Réd.

Cheville ouvrière de Franc-Parler, Yann Le Houelleur est un artiste non conformiste, qui dessine dans les rues de Paris. Photo DR

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Un commentaire à “Où sont-ils passés, les poètes ?”

  1. Denyse Hay 21 avril 2025 at 08:00 #

    Magnifique de nous mettre en lien avec cet article! Merci

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