Force de vie (14) – Apprendre et rêver pour s’élever, rêver pour progresser

Vivre, c’est apprendre, disait Konrad Lorenz, père de l’éthologie, science du comportement. S’il y a bien un homme à qui redonner ses lettres de noblesse, c’est bien lui car il dénonçait, suite à son Prix Nobel de physiologie ou médecine, partagé en 1973 avec ses partenaires, les 8 péchés capitaux de notre civilisation. Mises au ban, la dévastation de l’environnement, la rupture de la tradition et la contagion de l’endoctrinement ont fait des ravages sur 50 ans !

Expériences et connaissances cumulées sont la base de notre apprentissage qui s’enrichit avec les années. L’avènement de l’IA et de la voiture autonome sont 2 exemples de mise en commun, à échelle planétaire, de données qui permettent de résoudre les problèmes donc de faciliter la vie de chacun. L’apprentissage humain va bien au-delà de faits et gestes qui sont stockés dans le ciboulot et s’étend aux sentiments et aux émotions propres à l’homme.

L’âge de l’adolescence

Nous devons devenir forts, nous devons VIVRE, dit la chanson de Michel Berger qui nous rappelle de dépasser nos limites. De là à devenir un ‘sachant’, il faut se garder de l’orgueil et de la prétention car il reste toujours quelque chose à apprendre, un comportement à adapter. L’homme est un alignement dont l’ancrage terrestre est le véhicule, les fonctions cognitives et comportementales sont le pilote, et la connexion universelle le bon vent qui nous propulse.

C’est le Dr Dodson, pédopsychologue de renom, qui insiste sur les 7 premières années pour le développement via l’apprentissage du tout jeune enfant avec son corps. Cela est suivi, via le fameux âge de raison, par sa psychologie et les expériences sociales du genre de chacun. L’adolescence marque la 3ème période de 7 ans où l’on découvre, pas seulement la sexualité mais aussi la capacité d’élévation qui amène l’enfant à approfondir le sens à donner à la vie !

L’humilité de Mandela

Connais-toi toi-même et tu connaîtras l’univers et les dieux, indiquait l’oracle de Delphes, qui fût traduit différemment par la notion d’amour de soi, du prochain, de la divinité chez nombre grands maîtres. Nietzsche a résumé tout cela dans sa brillante formule : deviens qui tu es ! Victor Hugo précisait quelques décennies plus tôt : apprendre, c’est se retrouver. Attention, l’apprentissage doit prendre garde des fameux péchés capitaux et choisir entre info et intox.

La vie est loin d’être un long fleuve tranquille et je dois rappeler Mandela qui connaissait si bien l’épreuve dont il disait : je n’ai jamais perdu, ou j’ai gagné ou appris ! Quelle splendide humilité pour ce Prix Nobel de la Paix en 1993 ! Il y a ceux qui traversent la vie en marchant comme des zombies, passifs à l’envi qui rejettent l’appel de sens et ont adopté l’opposé de la théorie de l’absurde de Camus que le philosophe appelle le silence irrationnel du monde.

Et puis, il y a ceux qui utilisent et développent leurs outils de l’instinct de survie à l’intuition ou l’inspiration universelle en passant par les quatre quotients, logés dans la matière grise, de l’intellectuel au créatif à l’émotionnel et au sportif. Il ne faut pas oublier les 2 autres cerveaux que sont le cœur où logent les sentiments à commencer par l’amour et la sphère intestinale où se créent nos émotions qui nous font vibrer, dont la peur, la colère, la tristesse et la joie.

Apprendre afin de transmettre

Si le journal de bord s’écrit en chantant, nous avons nos partenaires pour échanger : de jeu comme enfant, professionnel plus tard, de vie, bien sûr, en intergénérationnel ou en couple. Nous avons nos maîtres dans les trois domaines du corps, de l’âme ou de l’esprit qui vont nous arranger la recherche de sens. Mais il ne faut pas oublier nos ennemis du quotidien qui nous dérangent dans la relation et nous entraînent à éviter la belligérance : aimons-les donc.

Le sens de la vie peut être d’écoute comme le Christ, d’acceptation comme Epictète, ou de paix comme François d’Assise. Mais, il est surtout d’apprendre, toujours apprendre afin de transmettre. Le grand économiste Paul Leroy-Beaulieu avait théorisé la triade de l’imitation qui mène à l’habitude puis à l’hérédité. Mais, il faut aussi savoir rêver nuit et jour, rêver pour s’élever, rêver pour progresser, savoir aller au bout de mes rêves… où la raison s’achève !

©Martin de Waziers

 Konrad Lorenz est père de la science des comportements qu’est l’éthologie. Photo DR

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3 commmentaires à “Force de vie (14) – Apprendre et rêver pour s’élever, rêver pour progresser”

  1. Alexandre Bidaud 10 novembre 2025 at 14:28 #

    Il aurait été souhaitable, en ce qui concerne Konrad Lorenz, de rappeler que ce fut un ardent nazi racialiste et eugéniste.

    « Du pur point de vue biologique de la race, c’est un désastre de voir les deux meilleurs peuples germaniques du monde se faire la guerre pendant que les races non-blanches, noire, jaune, juive et mélangées restent là en se frottant les mains « .

    Lettre de Lorenz à Heinroth, citée par Burkardt,
    Patterns of behaviour Konrad Lorenz, Nico Tinbergen and the Founding of Ethology, University of of Chicago Press, 2005, p. 276

    Oskar August Heinroth (1871 ÷ 1945)
    biologiste allemand

    « Par chance, leur élimination (des asociaux) est plus facile pour le médecin du peuple et moins dangereuse pour l’organisme de la collectivité que l’opération pratiquée par le chirurgien sur le corps d’un individu ».

    Affirmation de Lorenz citée dans l’ouvrage de Benno Müller-Hll, Science nazie Science de mort. La ségrégation des Juifs, des Tsiganes et des malades mentaux de 1933 à 1945.
    Éditions Odile Jacob 1989, p. 202

    Non seulement Konrad Lorenz persiste, jusqu’en 1973, dans l’idéologie nazie au travers de ces deux citations, mais encore dans son livre ‘Les huit péchés capitaux de notre civilisation’ (1973).

    Jusqu’à la proposition d’octroi du Prix Nobel qui fut effective en 1973, son passé fut ‘savamment’ occulté.

    Il a adhéré au parti nazi immédiatement après l’annexion de l’Autriche en 1938 ; un extrait de sa demande d’adhésion au parti : « Comme penseur et scientifique, j’ai naturellement toujours été national-socialiste » -, et sa collaboration avec celui-ci fut étroite à la chaire de Könisberg et à l’Institut qui lui fut attribué en 1940.

    De tout cela, il s’est dédouané piteusement, comme nombre de scientifiques opportunistes et amoraux de cette période..

    Je fus quasiment toute l’année de 1972 en Allemagne.
    Non seulement, ce fut le début de l’Ostpolitik de Willy Brandt, mais aussi l’accélération de l’exhumation de dossiers nauséeux ‘oubliés’ d’anciens collaborateurs nazis – et pas des moindres !

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      Martin de Waziers 10 novembre 2025 at 15:29 #

      Merci pour ce rappel, cher Monsieur !
      Cependant, malgré les frasques nauséabondes des uns et des autres, il faut, quand même, se souvenir de leurs apports à l’humanité.
      Ma vision reste la même et je veux rendre hommage à l’homme qui nous a prophétisé le désatre dans lequel nous sommes aujourd’hui.
      Il est trop facile de descendre quelqu’un sous prétexte qu’il a suivi un mouvement ‘politiquement correct’, désolé de le dire, à l’époque…
      Il est beaucoup trop facile… mais ‘politiquement correct’ de rejoindre le camp des chasseurs de sorcières, 90 ans après leurs atrocités !
      Pardon d’abord, souvenir absolument afin de ne pas risquer de rentrer à nouveau dans un autre génocide, donc pas d’oubli… pardon ?
      Evolution de comportement, grâce à cet éthologie que Konrad Lorenz a mis en avant pour nous permettre de mieux nous comprendre !
      Pace e bene sera ma salutation, MW

  2. Alexandre Bidaud 10 novembre 2025 at 18:47 #

    Réplique

    Les oies ‘blanches’ – ces fantastiques lanceuses d’alerte – ne sauveront pas l’éthologue Konrad Lorenz !!!

    En 1943, IL PARTICIPE à Poznan, dans l’ouest de la Pologne, à un programme IMPLIQUANT DES EXPERTISES RACIALES pour LA SÉLECTION de Polonais et de Polonais d’ascendance allemande.

    « Biologists under Hitler », Ute Deichmann
    1996, Harvard University Press, pp. 195’1997

    Le Monde du 11 décembrei 1973

    Le professeur Konrad Lorenz, qui reçoit le prix Nobel de physiologie et de médecine ce lundi 10 novembre, à Stockolm, a déclaré dimanche, au cours d’une conférence de presse dans la capitale suédoise, qu’il regrettait profondément « d’avoir même pu penser que la doctrine nazie pouvait être honnête. Cette doctrine est fausse », a affirmé avec force le savant, appuyé par le professeur Nikolaas Tinbergen, qui partage avec lui le prix Nobel cette année, en compagnie du professeur Karl von Frisch.

    Avant de se rendre à Stockolm, le professeur Lorenz avait adressé aux journaux et aux agences de presse à Vienne une note leur demandant de faire preuve de comprehension pour les remarques qu’il avait écrites en 1940, approuvant l’élimination des personnes « moralement inférieures ».

    Dans cette note, le professeur Lorenz déclarait notamment : »Tout en comprenant pleinement les critiques, je dois déclarer nettement que mes arguments de l’époque ont été mal compris, et dans un certain sens très mal interprétés. Lorsque je considère les changements génétiques résultant de la domestication, qui sont, même aujourd’hui, extrêmement dangereux, je regrette profondément, avec le recul du temps, d’avoir employé la terminologie de l’époque, qui est ensuite devenue un instrument pour des buts si horribles. Un certain nombre d’autres savants autrichiens don’t la réputation est élevée, ont, comme moi, cru un bref moment que du bon pourrait sortir du national-socialisme, mais rapidement, avec le même effort que moi, ils lui ont tourné le dos. »

    « Quiconque m’accuse de souvenir cette idéologie, ajoutait en conclusion le professeur Lorenz, devrait lire mes ouvrages.Pendant toute ma vie, toute ma recherche scientifique a servi le but certainement humanitaire d’une meilleure connaissance de l’homme. »

    Voilà un homme qui ,non seulement, n’a JAMAIS assumé ses actes, et n’a JAMAIS renié ses théories fumeuses, se défilant, en se camouflant lamentablement derrière d’autres confrères.

    i24NEWS. 28 décembre 2015

    Le biologiste autrichien Konrad Lorenz, prix Nobel de médecine 1973 pour ses travaux sur les comportements, a été déchu de son titre de « docteur honoris causa » de l’université de Salzbourg, en raison de son passé nazi, annoncé cette institution jeudi.

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