Force de Vie (29) – Vérité et simplicité

Quel enfant n’a pas menti dans sa jeunesse ? La simplicité du petit mensonge qui faisait rougir mais n’était qu’une parade à l’embarras du doigt imprimé dans le chocolat. Alors, si l’on était catho et devait aller à confesse, c’était pratique de sortir le mensonge comme un péché véniel (pardonnable) indubitable. Est-ce pour cela qu’il est devenu si commun dans le monde moderne, que ce soit en famille, en entreprise ou, surtout, dans le monde politique ?

Parmi les jeux de société peu connus, il y a ‘scrupules’ qui se joue entre couples amis. On tire une carte: vous êtes pressé et se présente une place handicapée, la prenez-vous pour les quelques minutes dont vous avez besoin? Bien sûr que non… jusqu’à ce que le conjoint ou un ami affirme l’inverse… et que l’assemblée vote : êtes-vous sincère ou pas ? Avec une majorité de ‘oui’, vous avez gagné ! Que faire des scrupules au quotidien, mentir ou pas ?

Errare humanum est… perseverare diabolicum

La culture judéo-chrétienne a développé un symptôme connu dans l’inconscient collectif, la culpabilité. Culpa, c’est la faute que l’on associe au terme ‘péché’, en hébreu, manquer sa cible, une petite diversion de l’objectif, avec tous les rebondissements que cela provoque ! Or, ça peut arriver à tout le monde mais on en a fait une épée de Damoclès moralisatrice et accablante. Bien évidemment, il y a des fautes graves à corriger mais errare humanum est…

… perseverare diabolicum : l’erreur est humaine, y persévérer est diabolique. Le mot diable veut bien dire ‘celui qui sépare’ à l’opposé du symbole qui unit, e.g. le drapeau de la nation ! Pas toujours facile de cacher la vérité, comme le chante Claudio Capéo. Le langage de la vérité est simple, disait Sénèque ! Alors, quel camp choisir, celui de la simplicité ou l’autre ? Une société n’est forte que lorsqu’elle met la vérité sous la grande lumière du soleil (E.Zola).

S’afficher immaculé à la galerie

Que ce soit l’enfant qui croise les doigts dans son dos quand il s’engage, que ce soit ce que l’on appelait le sourire Gibbs de la pub d’antan derrière lequel on cache son désarroi, que ce soit le « ça va ? ça va » échangé à la va-vite alors que l’on a rien à faire de l’état de l’autre… tout peut être faux. On manque de courage, on ne signe pas sa délation, on ne suit pas les préceptes basiques de l’écologie mais on s’affiche immaculé à la galerie de nos sociétés !

Le plus flagrant est l’utilisation des mots où nous avons préféré des périphrases à la simple réalité : blanc ou noir, non, homme de couleur ; femme de ménage, non, technicienne de surface… Jusqu’où poussera-t-on le ridicule ? Le problème est que la communication est devenu écrite, au détriment de l’oral et/ou présentiel : le théorème de Merabian place les mots en 3ème rang d’efficacité (7%), derrière le body language (55%) et l’intonation (38%).

Et puis, les TIC et les réseaux sociaux ont permis de remplacer la qualité par la quantité, l’esprit critique par l’infox, l’humilité par la prétention. Chacun y a de sa superbe et nous déblatère ses 4 vérités, sans souci de savoir si cela pourrait écorner une réputation ou détruire une vie. Il n’y a que la vérité qui blesse, dit-on, et toutes les vérités ne sont pas toujours bonnes à dire ; encore faut-il utiliser de son bon sens et tourner 7 fois sa langue.

Qu’est-ce que la vérité?

Si l’on commençait par le commencement, on demande à la famille de transmettre les bonnes valeurs de base et éduquer à la civilité du bonjour en société. On demande aux étudiants de respecter l’autorité des enseignants et leur propre avenir. On demande aux extrémistes de calmer leurs ardeurs plutôt que de haranguer les foules au conflit, mode de vie. On demande à chacun de prendre une initiative simple et concrète d’un juste milieu !

Le pessimisme est d’humeur, l’optimisme est de volonté ! Comme chantait Fleetwood Mac, tell me lies, sweet little lies, you can’t disguise: tu peux toujours essayer de me tromper, quelque part, c’est visible. Il y a quelques rencontres dans la vie où la vérité et la simplicité sont le meilleur manège du monde (Jean de La Bruyère). Mais qu’est-ce que la vérité ? Et André Gide conclura : croyez ceux qui cherchent la vérité, doutez de ceux qui la trouvent…

©Martin de Waziers

La force et la pérennité d’une société reposent sur la transparence, la justice et la vérité, refusant le mensonge et le secret. Illustration @Buboquote.com

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