« Familles, je vous hais ! Foyers clos, portes refermées, possessions jalouses du bonheur » est une citation célèbre d’André Gide tirée des Nourritures terrestres (1897) ! Il dénonce le repli sur soi, l’hypocrisie et le conformisme des structures familiales traditionnelles qu’il juge étouffantes. Mais on pourrait aussi écrire « famille, je vous hais… je ne vous ai pas choisie » et je ne supporte pas le carcan dans lequel je suis. Pourtant, c’est le pilier de la société !
On pourrait en douter dans le monde actuel où elle est facilement déchirée par une rupture, qu’elle soit séparation, divorce, alors que si la famille initiale est déjà complexe, on fait face à la recomposition ! Pourtant, Yves Duteil nous chante les 20 ans, d’autres leurs 40 et plus, même si les années qui passent font des cadeaux d’anniversaire des enjeux majeurs ! Le plus beau cadeau n’est-il pas simplement de rempiler pour un an, yeux dans les yeux, à 2 ?
L’arrivée des pièces rapportées
L’enjeu est de taille car si la multiplication semblait facile aux époques passées, la natalité assurait nos pensions. L’arrivée des pièces rapportées est toujours un défi à surmonter car l’on sait que ce n’est pas toujours aisé de s’insérer dans un contexte établi et puis, il y a le travail des deux époux qui pèse de son poids dans l’équilibre. Alors, famille, où es-tu ? Que fais-tu ? Il est clé de consolider le noyau central, préserver les couples, protéger les enfants.
S’il semble inscrit dans les gênes de l’être humain de procréer, il reste toujours le choix de devenir référent plutôt que parent ; il n’y pas que le clergé de certaines religions… Vouloir participer des enjeux de l’intergénérationnel, d’une façon ou d’une autre, est un atout de choix dans l’engagement citoyen. Heureusement que nombre célibataires répondent au défi d’accompagner des jeunes délaissés ou pas, dans des activités de croissance nécessaire…
La notion de pardon
Tribu ou fraternité, c’est le vivre ensemble qui assure la cohésion de base de toute société, même sans le frère que l’on aurait voulu ou que l’on a perdu : écoutons Maxime Le Forestier. L’on sait à quel point c’est la relation humaine qui fait le bonheur du quotidien. N’est-ce pas comme cela que se sont créées les cousinades mais aussi les fêtes des voisins ? Il nous faut des opportunités de partage, 2 à 2, dans un amour qu’il soit amical ou inconditionnel !
Ce dernier, qui nous a été inculqué par quelque grand maître, doit se reposer sur l’amour de soi car c’est le levain nécessaire à la pâte commune. François d’Assise s’était insurgé sur les divisions qui régnaient au tournant du 12-13ème s. et proposait de se reposer sur les valeurs solides que sont la paix, l’amour et la joie ; au tournant actuel des 20-21ème s., nous revivons les mêmes tensions et devrions revenir à son enseignement qui inclut la notion de pardon !
Un thème qui est très porteur actuellement est celui de Communication Non Violente (CNV) qui consiste à rapporter le conflit au ressenti personnel plutôt qu’à l’accusation d’autrui. Cela demande de favoriser l’empathie, la bienveillance et la coopération. Pour que cela marche à grande échelle, il faut les pratiquer en famille et encourager le dialogue plutôt que le rejet que Jean-Jacques Goldman exprime si bien dans « Je marche seul », parenthèse ou sursis !
Une fraternité authentique
Le dialogue est fondamental car, en famille, les petits heurts peuvent tourner au pugilat, tout simplement parce que l’on n’a pas écouté l’autre et respecté son point de vue, sa position, son identité et sa vulnérabilité. Il faut savoir sortir de l’ombre dans toutes ses acceptions et user de toutes les dimensions de la lumière qui vient éclairer le terrain. Cela peut aussi être facilité par l’intervention de témoins externes, d’accompagnateurs, médiateurs ou arbitres !
Ni clan, ni patriarcat, mais une fraternité authentique, tel devrait être le vœu de tout dirigeant alors que les va-t-en-guerre font florès au niveau national et international. N’est-ce donc pas en faisant confiance au pilier du couple s’aimant à 2, dans des complémentarités reconnues de toute éternité, que l’on peut rêver d’un monde meilleur ? Mais l’on peut aussi relativiser, prendre du recul, respirer : il en faut peu, nous chantonne Balou dans le livre de la jungle !
* * Entrepreneur, expert en relation humaine à Bruxelles, Gruyères et Paris.



