L’Afghanistan dans le miroir de ses médias, information, vous avez dit information ?


À chaque information se lèvent les clameurs des «anti» et des «pro». Logique caricaturale. Ce n’est ni un jeu, ni un véritable choix. Juste un tri. Le bon d’un côté et le mauvais de l’autre. Pas question de recyclage. Et après?

PAR SIMA DAKKUS RASSOUL 

Parmi les secousses de l’univers médiatique afghan, l’une des plus récentes consiste en des débats sur une information donnée par le « New York Times » le 3 avril dernier, concernant une attaque aérienne sur une position des talibans à Kondoz qui aurait fait de nombreuses victimes civiles, notamment aussi parmi les talibans en plus de leurs troupes. Les talibans qui ont le sens de la communication montrent des images de leurs familles en deuil.  Le grand journal américain avance que l’armée afghane aurait vendu des armes aux assaillants. Le gouvernement afghan dément. Résultat: un partout.

L’information est en première ligne sur la guerre qui se déroule dans le pays. Depuis que l’OTAN et les États-Unis sont en Afghanistan, à chaque fois que la situation se dégrade, les « alliés » accusent l’armée afghane voire jettent le doute sur le gouvernement. Attitudes étranges pour des partenaires. Cette tactique est efficace et bien rodée. Cela montre combien la chasse au fake news est insuffisante. Et comment les frontières entre information et propagande sont fragiles.

Prenons l’ordre du monde qui nous est imposé. La répartition entre les puissances qui jouent aux échecs l’avenir de l’humanité dans des stratégies concoctées à l’avance. Les conséquences pèsent sur les habitants de la planète d’un bout à l’autre et à très long terme.

L’Afghanistan en est un exemple par ses 40 ans de guerre, reconnue par les États-Unis comme leur plus longue guerre. Triste record.

La pauvreté croissante et l’état de guerre se donnent la main pour que la vie soit très difficile à Kaboul ou dans les provinces du pays soumises aux attaques de talibans et les forces de Daech. Les déplacements en ville sont devenus un défi quotidien dans la capitale. Quant à se rendre d’une province à l’autre, personne n’est à l’abri d’une attaque, prise d’otage ou pire.

Les médias – privés qui agissent en véritable service public – font circuler les nouvelles. La pression ne cesse d’augmenter. Les journalistes sont malmenés et dépouillés de leur matériel et de leur argent. Deux exemples récemment à Kaboul. Régulièrement, l’attitude à l’égard des médias fait état des dangers qu’ils courent. L’année 2017 a été particulièrement violente et meurtrière pour la profession dans le pays, selon l’ANA, association de journalistes afghans indépendants.

En partie,  la liberté d’expression en Afghanistan triomphe tous les jours. Ses obstacles naturels sont nombreux. Le gouvernement actuel porte une part considérable de responsabilité. D’une part, les informations ne sont pas délivrées aux journalistes qui doivent prendre à la lettre les porte-parole du gouvernement. Sur les plateaux, les contradicteurs amènent des informations que, sans eux, la population n’aurait pas. De plus en plus, dans les médias s’adressant aux Afghans, les porte-parole officiels, représentant les ministères ou autres administrations officielles ne répondent pas présents aux émissions. C’est une image fréquente qu’un siège reste vide lors d’un débat. Ce qui peut s’apparenter à une rétention de l’information de la part de ces responsables.

La situation est grave. On ne cesse de parler de paix, mais cela reste au stade des discours. Les réseaux appelés «cinquième colonne» semblent enracinés dans le gouvernement même. Ils sont constitués par des intéressés politiques et économiques non seulement en Afghanistan, mais dans la région et sur le plan international. La prise de conscience de ce danger global est elle-même repoussée à plus tard en raison de ces mêmes intérêts dont l’économie mondiale est porteuse.

Au souci de l’exactitude des informations il faudrait ajouter un regard analytique pauvre  – lui-même non informé de la profonde réalité du monde, au sens le plus large. En effet, tout ce qui arrive dans le monde a pour cause ou se répercute sur l’ensemble de la planète. Reculer devant la complexité de ce qu’on appelle la «globalisation» ne peut qu’avoir un coût humain exorbitant. En matière de conscience, d’éthique et de qualité de vie au sens premier du terme.

Un attentat constitue-t-il une nouvelle, où que ce soit, si l’on manque de contexte et de la compréhension de la situation au-delà des faits? L’une des tâches primordiales de l’information consisterait à aider à nous faire une idée réelle de l’état de notre monde.

Frêle navire que notre illusion sécuritaire. La question est abyssale. Le sens critique dans nos pays avancés se limite de plus en plus à une opération de dénonciation de ce qui est.

J’écoute souvent une émission intitulée «vers la solution» de Maiwand Tv, une télévision afghane, débat entre deux interlocuteurs questionnés par un ou une journaliste. On creuse en profondeur la gravité de la situation afghane. Les voies de sortie existent si les intérêts économico-stratégiques ne primaient pas. Si nous, ici, ne dormions pas sur nos deux oreilles en mettant en avant nos petits et grands maux au centre du monde. Si on recommençait à donner aux mots leur rôle concret de bâtisseurs de réalité.

Pendant ce temps, même le « Courrier international » publie un article sur une émission afghane de variété où un scandale cosmétique a éclaté et qui a touché le public. Le journaliste commence son article par la «situation chaotique» de l’Afghanistan. Sauf que le désordre n’est qu’apparent. La situation est d’une confusion sciemment stratégique. Que valent les mots s’ils ne recouvrent pas la connaissance de la réalité et du contexte? On serait amené dès lors à se poser la question: que signifie informer dans le monde tel qu’il se présente à nous?

 

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