Paludisme, obstruction autiste contre l’artemisia annua


L’OMS (Organisation mondiale de la santé)  a, en 2018, ouvert une petite porte à de nouvelles discussions sur l’utilisation de l’artemisia, une plante qui, depuis 1’500 ans, a sauvé des vies. Elle a toutefois rejeté son utilisation naturelle, une obstination qui va dans le sens de l’industrie pharmaceutique et sème un doute sur l’impartialité de l’organisation.

Le paludisme est aujourd’hui considéré comme la première cause de mortalité dans le monde. Un vaccin est actuellement à l’étude, mais rien n’est encore concrétisé. Depuis longtemps, l’artemisia est utilisée en Chine contre cette maladie, et des plantations sont en train de se développer en Afrique à grande échelle, ce qui pourrait être un signe positif contre la progression de cette maladie si l’OMS ne persistait à ne reconnaître que les seuls médicaments proposés par les laboratoires pharmaceutiques que sont, par exemple, le Lariam (Roche) ou la Malarone (Vidal).

Plus réputé pour ses effets indésirables que pour sa protection contre le paludisme, le Lariam, par exemple, est accusé de causer des séquelles à long terme à certains patients. La liste des effets indésirables d’ordre neuropsychiatriques, couplés aux vertiges, nausées et diarrhées, ont même poussé les autorités sanitaires à appeler à la vigilance des médecins et des patients au cours des dernières années. Pourtant, de nouvelles victimes continuent à se signaler. Le récent témoignage du chanteur Stromae est poignant. Le chanteur est actuellement  en pause de carrière après les débuts de son traitement au Lariam il y a deux ans, après un séjour au Rwanda, pays où périt son père. Il dit encore souffrir de crises d’angoisse liées à la prise du médicament. « Il m’est arrivé de devoir retourner aux urgences à l’hôpital.» Stromae a même envisagé le suicide. 

Le réalisateur Bernard Crutzen décrit dans son documentaire les vertus de l’artemisia annua, une plante aux vertus thérapeutiques, efficace dans le traitement du paludisme, et souligne que de plus en plus de scientifiques et de médecins (surtout ceux qui sont sur le terrain) souhaitent officialiser l’utilisation de cette plante à l’état naturel. Oui mais voilà : elle ne fait pas marcher le commerce et son utilisation est à la portée de centaines de millions de personnes qui peuvent l’acheter à des prix dérisoires. Ceux qui plaident pour une alternative naturelle avec l’artemisia annua, font donc face à une vive résistance, tant de la part de l’OMS que de l’industrie pharmaceutique, et pourtant, chaque année, 500 000 personnes continuent de mourir de la malaria, principalement des enfants. Mais évidemment, les laboratoires Roche ont livrés du Lariam à 40 millions de personnes à titre préventif depuis 1984. Imaginez le bénéfice !

« L’artemisia a toute sa place dans la lutte contre le paludisme », juge au contraire le Dr Jérôme Munyangi, en République Démocratique du Congo. Il en veut pour preuve les résultats spectaculaires de l’étude clinique qu’il a conduite en 2015 sur 1 000 patients. La plante a été testée comme une molécule de l’industrie pharmaceutique, dans un essai randomisé en double aveugle. Après vingt-huit jours, 99,5 % des patients qui ont pris les tisanes d’«artemisia annua » et « afra » (la variété africaine) ont guéri. Aucun effet secondaire n’a été observé et la température des patients a plus rapidement chuté qu’avec un médicament.

L’OMS persiste à déconseiller l’utilisation de la plante face à de nombreux acteurs de terrain persuadés de son efficacité. L’un de ses arguments est paradoxal : celui qui renforcerait  la résistance du parasite plasmodium, responsable du paludisme. Or, comme on le sait, les médicaments comme, par exemple, la Nivaquine ont eu exactement le même effet et il n’est pas impossible qu’il en soit bientôt de même avec le Lariam ou la Malarone. En fait, c’est à l’utilisation de l’artemisia sous sa forme naturelle que l’organisation est opposée voulant lui substituer, au début des années 2000, celle des  combinaisons thérapeutiques à base d’artémisinine (CTA), qui associent l’artémisinine (aujourd’hui de synthèse) à une autre molécule, de type amodiaquine ou méfloquin. Donc, elle n’a pas complètement mis de côté la plante, mais l’inclure dans ses bonnes grâces, celle-ci devrait être sous forme de médicaments, bien entendu mis à disposition dans les pharmacies du monde entier, dans les hôpitaux et dans les permanences médicales, bien entendu produits par l’industrie pharmaceutique.

Le bouclier du monde économique contre toute forme d’alternative qui ne soit pas commerciale n’est pas une nouveauté. Fort heureusement, les plantations d’artemisia se développent et les petits sachets verts continuent, contre vents et marées, à faire leurs effets avec succès sous le regard attentif d’un jeune ingénieur agronome belge, Pierre Van Damme, responsable des 18 succursales de la «Maison de l’artemisia»  et l’association « More for less » au Sénégal. Soeur Françoise Cissé, qui dirige la Maternité de la Miséricorde de Thiès, est une de ses plus fidèles clientes. «J’aime et je crois aux plantes médicinales. J’ai commencé à prendre l’artemisia et, depuis, je n’ai plus jamais le palu». Il faut constater que la plante est très facile à faire pousser, peu chère et sans effet secondaire : l’idéal dans un pays du tiers monde dont les habitants n’ont pas les moyens de se payer l’allopathie occidentale. Bien sûr, elle ne rapporte rien à ceux qui profitent du système de santé et c’est bien ce qui dérange. « Les gouvernements eux-mêmes touchent de gros subsides des labos sous forme de taxes d’importation. Pas de quoi encourager les locaux à cultiver l’artemisia ! », dénonce Lucile Cornet-Vernet, la Jeanne d’Arc de la défense de l’artemisia dans un documentaire diffusé par la chaîne de télévision France Ô. L’existence même de cette tisane et sa diffusion rapide remettent en question la vision selon laquelle les traitements médicamenteux conventionnels sont la meilleure et la seule façon de résoudre le problème de santé en Afrique. Les experts de l’aide humanitaire parlent beaucoup de solutions durables, et quoi de plus durable qu’un médicament qui pousse sur un arbuste? Que vont donc faire les gouvernements appuyés par les laboratoires pharmaceutiques ? Envoyer l’armée ?

Gérard Blanc  / Je Pars

Sources : RTBF/ Nouvelobs/La Dépêche/Paris Match /Marianne

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