Le Serpent libre


PAR NADINE CRAUSAZ

Serge Sobrajh alias « le Serpent », va être relâché, après 19 ans de détention, pour des raisons de santé. La Cour Suprême du Népal a en effet ordonné la libération du tueur en série français, responsable de plusieurs meurtres à travers l’Asie dans les années 1970. Son histoire avait inspiré une série sur Netflix avec Tahar Rahim dans le rôle de Sobhraj, 78 ans, Emprisonné dans la république himalayenne depuis 2003, il va être extradé vers la France.

Serge Sobrajh, dit le Serpent. Photo DR

En quoi cette nouvelle peut intéresser la Suisse ? Les nombreux touristes suisses et particulièrement les Romands qui ont séjourné dans l’hôtel Jardin Bungalows sur la plage de Patong, à Phuket, ne le savent peut-être pas. Mais ils y ont côtoyé la gérante, Nadine Gires, une des protagonistes de cette histoire terrifiante qui avait grandement contribué à l’arrestation du psychopathe et ses complices, la Canadienne Marie-Andrée Leclerc et Ajay Chowdhury.

Est-ce que la Française qui vit toujours en Thaïlande ou elle gère le complexe hôtelier le Bamboo Resort, à Khanom, craint désormais cette libération ? A en croire les autorités, le Serpent est en très mauvaise condition physique et son état nécessite une opération du cœur. Dans ces circonstances, il parait peu probable qu’il puisse rallier la Thaïlande pour planifier une vengeance.

The Serpent a mis en vedette l’acteur français Tahar Rahim, 39 ans, et l’actrice britannique Jenna Coleman, 34 ans, dans les rôles principaux. Un Tahar Rahim, au sommet de son art, y campe le tueur en série avec un réalisme saisissant. Quand les journalistes lui ont demandé : «Comment avez-vous su que vous teniez le personnage ? Il a lâché : « Quand Nadine est venue sur le plateau, à Londres, elle était assez directe et faisait des commentaires. Je l’ai un peu évité, car je ne voulais pas trop me faire influencer. Mais elle a dit à mes collègues: « Quand je l’ai vu, j’ai ressenti exactement ce que j’avais ressenti quand j’ai découvert qui il était vraiment», Cela m’a donné confiance en moi», a commenté l’acteur français.

Nadine Gires a séjourné une semaine à Londres pour répondre aux questions des scénaristes : « Ils voulaient connaître tous les détails, l’atmosphère à Bangkok à l’époque, etc. Au fur et à mesure que le script avançait, ils m’on ensuite fait parvenir les épisodes pour que je les commente. Pour le tournage, ma présence n’était pas requise, mais j’ai quand même demandé à pouvoir assister à une journée à Bangkok. Presque toute la série a été tournée en Thaïlande, même les scènes du Népal, Hong Kong etc. Les derniers épisodes censés se passer en France ont été tournés en Angleterre, à cause du Coronavirus. Nadine valide le choix de Tahar Rahim pour camper Charles Sobrahj et Mathilde Warnier pour jouer son propre rôle : « Je trouve en revanche dommage le choix de Jenna Coleman pour interpréter le personnage de Marie-Andrée Leclerc. Même si la ressemblance physique est frappante, Jenna est trop sophistiquée. De plus, c’est une anglophone, ils auraient dû porter leur choix sur une Québécoise».

Charles Dobhraj était un escroc français, beau parleur, qui se faisait passer pour un marchand de pierres précieuses. Entre 1975 et 1976, il a attiré de nombreux routards dans son appartement de Bangkok. Il les droguait, leur volait leurs biens et leurs passeports pour se forger de nouvelles identités et les éliminait.

Courage et détermination

Originaire de Normandie, Nadine et son mari Rémi avaient emménagé en 1975 dans un appartement situé en dessous de celui loué par Sobhraj, à Kanit House, dans la capitale thaïlandaise. Nadine se souvient : «Il n’y avait pas beaucoup de Français en Thaïlande, alors nous étions heureux de nous rencontrer. Nous buvions du Coca-Cola et de la bière, nous parlions de la vie et nous semblions avoir beaucoup de choses en commun.». Le mari de Nadine était chef cuisinier et elle passait alors beaucoup de temps chez elle. Elle côtoyait souvent son voisin Charles et sa compagne: « Je dois avouer que lorsque nous nous sommes rencontrés la première fois, dans l’escalier de notre immeuble, je n’imaginais pas avoir à faire à un pareil monstre. Il avait du charme».

Elle et Rémi ont formé, avec le diplomate belge Paul Siemons et le hollandais Herman Knippenberg, un quatuor d’enquêteurs hors pair pour venir à bout du tueur. «Dès que les premiers signes que quelque chose ne tournait pas rond et quand nous avons eu la certitude de ce qu’il faisait à ces gens, nous avons décidé d’agir pour mettre fin à ce cauchemar, c’était une évidence». Le courage et la détermination de Nadine et de son mari ont permis de sauver des vies. Et les leurs ? « Je ne craignais pas trop pour ma vie et celle de mon mari. Je ne pense pas que Sobhraj ait envisage de nous éliminer. D’abord parce qu’il a eu confiance en nous jusqu’au bout, avant son arrestation en Inde».

Au fil des épisodes, le sang se glace en découvrant les risques pris par la Française pour piéger le tueur. Ces séquences pour empêcher son voisin de nuire davantage constituent les scènes les plus éprouvantes, avec celles bien-sûr des crimes des jeunes routards: « Les réalisateurs ont un peu exagéré et aggravé certaines situations pour plus de suspense ! Des journaux ont écrit que je dormais avec avec une batte de baseball sous le lit, mais c’est faux. Le journaliste du Mirror qui a pondu cela a fait une extrapolation. J’ai eu effectivement une batte de base ball, mais c’était quand je me suis retrouvée à vivre seule à Phuket. Par rapport au Serpent, je n’ai jamais vraiment fait de cauchemars, mais j’avoue avoir eu du mal à dormir pendant un bon moment. »

Avant l’arrestation en Inde et la condamnation à vie de Sobhraj, Nadine et son mari sont partis pour la France : « Ce n’est que 12 ans après notre rencontre avec Charles Sobhraj que nous sommes retournés en Thaïlande pour des vacances et on s’est dit que nous n’aurions jamais dû partir de ce pays ! Nous avions retrouvé le charme de la Thaïlande, mais sans l’assassin et les histoires autour ! Ils sont divorcés depuis 2005 et chacun a pris sa route dans leur pays d’adoption…

Nadine Gires (au centre) avec les acteurs de la série. Photo DR

Du papet vaudois et de la tresse

Nadine a longtemps accueilli ses clients suisses  au Jardin Bungalow, à Patong. Il y a huit ans, elle a mis le cap sur Khanom, ville balnéaire de la côte est, juste en face de Kho Samui. «J’y ai retrouvé la même ambiance, la même mentalité et gentillesse des habitants que ce que j’ai connu à Bangkok il y a 45 ans.» Elle gère désormais le Bamboo Resort où les touristes suisses sont toujours les bienvenus.

« Pour mes clients, mon passé et celui de mon mari venait dans la conversation quand ils nous demandaient pourquoi nous étions installés en Thaïlande. Nous leur disions que nous avions fait un premier séjour et que nous étions partis à cause de notre voisin assassin. Nous sommes revenus en Thaïlande, d’abord pour la qualité de la vie, mais aussi parce que ce serait le dernier endroit ou Sobhraj viendrait quand il serait libéré».

Au fil des années, Nadine a tissé des liens amicaux avec les nombreux touristes helvétiques de passage dans son établissement: «Ce sont eux qui sont venus a nous ! Le bouche à oreille fonctionne bien. Beaucoup d’entre eux sont devenus de fidèles amis. Oui, ils amènent du fromage, des chocolats, de l’abricotine et toutes sortes de bonnes choses. Un couple d’habitués nous nous a même cuisiné du papet vaudois et confectionné une tresse.»

Terrible souvenir du tsunami

Nadine Gires a connu un destin hors du commun en Thaïlande, puisqu’elle a aussi vécu le tragique Tsunami de 2004 : « N’étant pas en bord de mer, le Jardin Bungalows n’en avait pas souffert matériellement. Mais cela a été une dure épreuve psychologique, tant pour moi que pour tous ceux qui étaient présents.» N.C.

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