Force de Vie (25) – Substance ou Style! Plus les décennies défilent, plus on a tourné le dos aux idées au profit de l’affichage

Si l’on vous dit ‘à fond la forme’, vous pensez naturellement santé et c’est bien sûr la phrase accroche d’un géant de la distribution dont l’enseigne fête son cinquantenaire… Mens sana in corpore sano : la forme à fond permet de mieux gérer le fond et ses formes. Ces 2 mots sont presque inséparables car complémentaires même si les dernières décennies se sont beaucoup plus concentrées sur le style plus que la substance, la galerie plus que l’intime.

Ne dit-on pas ‘you never get a 2nd chance to make a 1st impression’ (la 1ère impression est celle qui marque) ? On se fait souvent une idée trop superficielle lors de la 1ère entrevue et, cependant, on va se reposer dessus pour en tirer des conclusions hâtives sur la personne ! Victor Hugo disait, plus justement, ‘la forme c’est le fond qui remonte à la surface’, alliant les 2 dans un conditionnement relatif que l’on peut imaginer même si l’habit ne fait pas le moine.

Gaïa rarement mentionnée en priorité

Plus les décennies défilent, plus on a tourné le dos aux idées au profit de l’affichage, et cela se retrouve dans les campagnes électorales. S’il y avait une époque où l’on votait au faciès, on avait une identité politique marquée qui se reposait sur des valeurs fondamentales, des racines culturelles et historiques, parfois religieuses. Aujourd’hui, on parle climat, on affiche la couleur verte symbolique, mais on oublie que Gaïa est rarement mentionnée en priorité !

La substance a laissé place au style, aux grandes envolées lyriques dont le contenu résumé tient en trois mots : conflit, mode de vie. Les naïfs reprendront la prière de François d’Assise qui disait : fais de moi un instrument de paix ; s’il en est le patron international, nombre sont ceux qui veulent s’en inspirer et, cependant, les media se font l’écho en boucle de toutes les bonnes raisons de ne pas être d’accord, d’être choqué, attristé, opprimé, malheureux, etc.

L’adage de Boileau

Ce que l’on conçoit bien s’énonce clairement et les mots pour le dire arrivent aisément, cet adage de Boileau devrait être affiché sur les publicités, comme le ‘fumer tue’ que l’on voit ! Prenons un autre groupe de distribution dont les magasins nous illuminent des rayons du soleil, ils ont créé la collection ‘flora orchestra’ couleur de feu : on entend la Pastorale de Beethoven ou les 4 saisons de Vivaldi ! Cela nous renvoie au fond précieux de la nature…

L’essentiel n’est-il pas dans le fond, dans les sens que l’on veut donner aux choses et non dans l’habillage, mais la pensée émise, image renvoyée, émotion ressentie, comportement provoqué et intuition inspirée ? Mais à l’ère du numérique, des sollicitations continues et du 4ème singe penché sur son smartphone, a-t-on le temps et l’attention nécessaires à réfléchir plus loin que le but de son nez, collé à l’écran ? Ne parlons même pas de l’envolée de l’IA !

Il ne s’agit nullement d’envolée lyrique mais d’agrégats de données basiques que l’on a très intelligemment orchestrés à la vitesse de l’éclair et qui facilitent certaines tâches. Avant, des heures de manutention de vieux grimoires et d’échanges à force d’experts, permettaient de compiler un fond dont il fallait tirer la substantifique moëlle. Si l’IA nous fait la compilation et sait habiller la forme, elle n’a pas d’intelligence globale et nous renvoie un fond très pauvre.

Nul n’est censé…

S’il ne faut pas jeter le bébé avec l’eau du bain, faciliter la forme est considérable avantage. Lorsque Vatican II avait introduit la langue vernaculaire dans les rites, le vulgum pecus était en mesure de comprendre ce qui était dit, même s’il n’arrivait pas à percer le mystère. En facilitant la forme, on donne impression de mieux appartenir à la communauté mais on n’a pas réalisé le plus important, le fait que l’homme approfondisse sa foi par exégèse poussée.

Darwin nous a engagé à croire à l’évolution : pour la survie, il faut être adaptable et changer. Mais, attention, il y a les fondations que l’on ne peut détruire et, en terrassement, on parle de ‘fond de forme’, base totalement stabilisée qui permet d’assurer solidité d’édifice et pérennité d’ensemble. Ne dit-on pas : nul n’est censé ignorer la loi ? La loi représente un certain fond, les règles et la jurisprudence la forme qui en découle. Tout reste question d’un juste milieu

©Martin de Waziers

Une belle aube et, derrière, le feu, la chaleur et la lumière qui nous animent ! Photo@MdW

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Un commentaire à “Force de Vie (25) – Substance ou Style! Plus les décennies défilent, plus on a tourné le dos aux idées au profit de l’affichage”

  1. Edgar 10 février 2026 at 14:46 #

    Merci Martin pour ces constats justes qui devraient interpeller ceux qui pensent vraiment.
    J’ose ajouter une couche philosophique …
    Le lien entre substance et style est dynamique, dialectique, mais jamais égal : il est toujours hiérarchique ; c’est une relation subordonnée – similaire aux rapports entre Sujet et Objet. C’est la substance qui engendre et soutient la forme et son style ; ceux-ci ne font ensuite que révéler le sens, la qualité et la finalité de la substance et du contenu.
    Il n’existe pas de « juste milieu » : le rapport Substance–Style est invariablement hiérarchique. Tout dépend de la direction de cette subordination.
    Substance ou style ? Contenu ou forme ? Idées ou phénomènes ? C’est notre paradigme, que l’on soit conscient ou non, qui déterminera la réponse. Car c’est la projection qui crée la perception.

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